(Montréal) Après avoir revu leurs habitudes de consommation en profondeur, troqué les objets jetables pour leur version réutilisable et s’être mis assidûment au compost et au recyclage, les adeptes du mode de vie « zéro déchet » s’attaquent à des formes de pollution plus subtiles, parfois jusque dans leur portefeuille.

Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

Des dizaines de participants du Festival Zéro Déchet, au Marché Bonsecours, à Montréal, samedi, se sont demandé comment cesser de financer par inadvertance des pratiques contraires à leurs principes par le biais, par exemple, de placements dans le secteur des énergies fossiles.

En matière d’épargne, le rendement est loin d’être la seule préoccupation de Marie-Caroline et de Christophe Kaestli, qui veulent planifier leur retraite tout en restant fidèle à leurs valeurs.

« On est partagés entre nos ambitions éthiques et nos besoins économiques. C’est une balance à faire et on aimerait ne pas avoir à choisir », explique Marie-Caroline, 56 ans.

Rosalie Vendette, experte en finance durable, affirme que des produits financiers ont été créés justement pour répondre à de tels soucis. Mais il y a un hic : aucune certification n’en garantit pour l’instant la conformité au Canada.

« Il faut faire ses devoirs et creuser », a-t-elle lancé lors de la conférence sur la finance écoresponsable tenue dans le cadre du festival.

Sans compter que les conseillers financiers ne sont pas toujours au fait de l’offre de ce secteur, pourtant « en plein essor » selon Frank Coggins, professeur de finance à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke.

M. Coggins anticipe une multiplication des « fonds thématiques », axés par exemple sur la protection de la biodiversité ou encore la gestion de l’eau, et il encourage les particuliers à se montrer exigeants envers leurs institutions financières.

Mme Vendette et M. Coggins s’entendent pour dire que les investissements écoresponsables ne s’adressent pas qu’aux « granos » les plus endurcis, qui seraient prêts à accepter des taux moins avantageux.

« Il y a encore cette perception que les rendements vont en pâtir. C’est un mythe », affirme sans détour celle qui était auparavant conseillère principale en investissement socialement responsable au Mouvement Desjardins.

« C’est aux conseillers et aux planificateurs financiers que revient la responsabilité de commencer à offrir ces produits et à avoir ces conversations. À partir de ce moment-là, c’est phénoménal l’intérêt que ça suscite », soutient-elle.

Aux yeux de Mme Vendette, il faut non seulement rassurer les citoyens sur le bon rendement des investissements responsables, mais aussi leur faire comprendre qu’ils paieront tôt ou tard le prix d’investissements « irresponsables ».

« Ça va vous servir à quoi d’avoir une bonne épargne à votre retraite, si vous n’avez plus d’air de qualité à respirer, plus d’eau douce en abondance et que les communautés dans lesquelles vous allez prendre votre retraite sont rendues non sécuritaires compte tenu des inégalités sociales ? »