Combien d’argent le gouvernement Trudeau a-t-il redonné à la classe moyenne ? Environ 3,5 milliards de dollars par an, selon une nouvelle étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. Environ 88 % de cette somme est allée aux familles de la classe moyenne.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Plus de 3,76 milliards par an

C’est le montant additionnel investi par Ottawa pour les baisses d’impôt et l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) décidées par le gouvernement Trudeau. L’ACE a coûté 21,23 milliards en 2018, mais Ottawa avait aboli l’ancienne allocation familiale et d’autres mesures fiscales du gouvernement Harper pour économiser 18,81 milliards par an.

2 milliards des plus riches aux plus pauvres

Le pari du gouvernement Trudeau : hausser l’impôt des plus riches pour redonner à la classe moyenne. Ce qui est arrivé en réalité ? Les Canadiens aux revenus élevés (+ 150 % du revenu médian) ont ainsi vu leurs revenus après impôt diminuer de 1,86 milliard en 2018, alors que les Canadiens à faible revenu (jusqu’à 75 % du revenu médian) ont obtenu 2,16 milliards de plus. En clair, on a transféré 2 milliards des ménages les plus riches vers les ménages les moins riches. Les ménages de la classe moyenne (de 75 % à 150 % du revenu médian), eux, ont eu 3,46 milliards par an de plus – soit l’essentiel du nouvel argent investi par le gouvernement fédéral.

Les perdants : les revenus très élevés

En fait, la seule catégorie de gens qui ont perdu de l’argent avec les changements du gouvernement Trudeau est les ménages gagnant plus de 250 % du revenu médian (par exemple, 105 000 $ après impôt pour une personne seule). « Le gouvernement a augmenté l’impôt des revenus très, très élevés. Tous les autres ont été des bénéficiaires. Le gouvernement a ratissé beaucoup plus large que la classe moyenne, il a donné aux ménages à faible revenu et à des gens à revenu élevé », dit le professeur Luc Godbout, chercheur principal à la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université Sherbrooke et coauteur de l’étude avec Julie St-Cerny-Gosselin.

Un (très gros) accent sur les familles

Le gouvernement Trudeau a concentré son aide pour les familles. Parmi les familles monoparentales, 100 % des ménages à faible revenu ont amélioré leur situation financière grâce à ces mesures (gain moyen : 1590 $ par an), tout comme 100 % des ménages de la classe moyenne (gain moyen : 2309 $). Sans compter que 72 % des familles à revenu élevé ont aussi eu un gain (gain moyen : 1395 $). Parmi les couples avec enfants, 100 % des ménages à faible revenu (gain moyen : 2850 $ par an), 89 % des ménages de la classe moyenne (gain moyen : 1801 $) et 43 % des ménages à revenu élevé (gain moyen : 870 $) ont amélioré leur sort, tandis que 11 % des ménages de la classe moyenne (perte moyenne : 572 $) et 57 % des ménages à revenu élevé (perte moyenne : 3591 $) ont perdu de l’argent.

Personnes vivant seules

Parmi les personnes vivant seules, 96 % des ménages à faible revenu n’ont pas vu de différence, alors que 4 % des ménages à faible revenu ont perdu de l’argent (perte moyenne : 124 $ par an). Pour les ménages de la classe moyenne, 49 % ont fait un gain (176 $), ça n’a rien changé pour 46 % d’entre eux, et 6 % d’entre eux ont perdu de l’argent (perte moyenne : 144 $). Environ 93 % des ménages à revenu élevé ont fait un gain avec ces nouvelles mesures (551 $), et 7 % d’entre eux ont perdu de l’argent (perte moyenne : 7645 $). Parmi les couples sans enfants, les mesures d’Ottawa n’ont rien changé pour 97 % des ménages à faible revenu et pour 60 % des ménages de la classe moyenne. Par contre, 36 % des ménages de la classe moyenne (gain moyen : 185 $ par an) et 91 % des ménages à revenu élevé ont fait des gains (gain moyen : 650 $).

Grande incidence sur les familles à faible revenu

Là où les mesures d’Ottawa ont eu le plus d’incidence ? Chez les couples avec enfants à faible revenu, qui ont vu leurs revenus augmenter de 6,45 %. Les couples avec enfants dans la classe moyenne ont eu une hausse de 2,43 % de leur revenu disponible (après impôt) grâce aux mesures, alors que les couples avec enfants à revenu élevé ont eu une baisse de 0,46 %. « Il y a eu une volonté de sortir quantité de personnes et d’enfants de la pauvreté, dit le professeur Godbout. Les gens qui n’avaient pas d’enfants ont parfois eu des variations de revenu favorables, mais de façon moins importante que les familles. »

Et maintenant ?

En campagne électorale, le gouvernement Trudeau a promis une baisse d’impôt à tous les contribuables gagnant moins de 150 000 $ par an en haussant leur montant personnel de base (le revenu sur lequel ils ne paient pas d’impôt) de 13 000 $ à 15 000 $. Il y aura aussi d’autres mesures pour les familles, mais l’aide fiscale du prochain mandat du gouvernement Trudeau sera davantage répartie entre les familles et les personnes sans enfant.

Revenus médians après impôt

41 911 $ pour une personne seule
59 271 $ pour un couple sans enfants
59 271 $ pour une famille monoparentale avec un enfant
72 592 $ pour un couple avec un enfant
83 822 $ pour un couple avec deux enfants