Gestion de crise, enjeux de sécurité, nouvelles technologies, numéro d’assurance sociale : trois anciens présidents de Desjardins reviennent sur la fuite de données qui secoue la coopérative depuis trois semaines. Deux d’entre eux sont parmi les membres touchés.

Thomas Dufour Thomas Dufour
La Presse

Alban D’Amours a dirigé Desjardins de 2000 à 2008. Il fait partie des 3 millions de personnes victimes du vol de données. « Oui, je suis dans la fuite, mais je ne suis pas inquiet du tout, affirme M. D’Amours. Je me dis que Desjardins va prendre les mesures nécessaires pour nous protéger. »

L’ancien PDG est rassuré par la promesse de Desjardins de rembourser les membres en cas de pertes financières liées à la fuite. « Cette promesse est très forte. Je suis en pleine confiance. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Alban D’Amours a dirigé Desjardins de 2000 à 2008.

Ce n’est pas la première tempête que traverse la coopérative, selon M. D’Amours. En 2008, l’ancien président avait dû gérer la crise financière et « réagir très rapidement ». L’homme d’affaires est fier de dire que les membres de Desjardins n’ont pas perdu d’argent grâce à cette gestion.

Monique Leroux lui a succédé en 2008. C’est elle qui a vécu la fin de la tempête. « C’était une crise différente, mais aussi importante [que celle de la fuite de données]. En 2008, ça venait de l’externe », affirme Mme Leroux.

Elle explique qu’aucune entreprise n’est à l’abri d’une fuite venant de l’intérieur.

Il y a toujours la possibilité qu’il y ait de la fraude interne par des employés. La bonne nouvelle, c’est que la plupart du temps, on tombe sur des gens intègres.

Monique Leroux, présidente de Desjardins de 2008 à 2016

Mme Leroux croit que les entreprises doivent être de plus en plus vigilantes face aux risques de cyberattaques et de fuites de données. « Certains pays sont spécialisés dans les cyberattaques. Ils sont de plus en plus sophistiqués pour avoir des accès aux données. »

« Désuet », le numéro d’assurance sociale

Alban D’Amours souhaiterait voir disparaître le numéro d’assurances, qui est « désuet », selon lui. « Il est grand temps qu’on se dote d’outils modernes », dit-il. Il suggère que le Canada s’inspire de pays qui fonctionnent avec des cartes d’identité, plutôt qu’avec un numéro.

Monique Leroux abonde aussi dans ce sens. « C’est dépassé, dit-elle. La technologie a avancé, mais on a gardé le numéro d’assurance sociale presque à l’âge de pierre. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Monique Leroux, a été à la tête de Desjardins de 2008 à 2016.

L’ancienne PDG croit que les entreprises financières devraient se regrouper afin de réfléchir à une façon de mieux protéger les données personnelles. « Mon message pour les institutions financières au Canada, ce serait de créer une coalition et de prendre le leadership avec le gouvernement canadien et québécois », affirme la femme d’affaires.

Claude Béland victime d’un vol d’identité

Claude Béland, président de Desjardins de 1987 à 2000, a été victime du vol de données, selon des informations de Radio-Canada. L’homme s’est aussi fait voler son identité. 

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Claude Béland, président de Desjardins de 1987 à 2000

L’ancien PDG affirme avoir reçu des lettres de trois entreprises avec qui il n’a jamais fait affaire. Ces dernières affirment que M. Béland leur doit de l’argent. « J’ai reçu des lettres d’entreprises que je ne connais pas qui prétendent que j’ai des cartes de crédit avec elles que je n’ai pas payées », a-t-il raconté en entrevue avec TVA hier. 

L’homme de 87 ans devra attendre la fin du mois avant qu’Equifax traite son dossier et que tout rentre dans l’ordre. « C’est un petit peu compliqué parce qu’Equifax ne peut pas prendre ce bloc [de victimes] d’un seul coup », a-t-il dit à TVA.

La confiance de M. Béland en Desjardins est quelque peu « ébranlée », selon ce qu’il a raconté à Radio-Canada. « Trop souvent, on a transformé les membres en clients », a-t-il dit.