Vous planifiez un projet qui demande une utilisation judicieuse de votre argent ? Une nouvelle maison, l'arrivée d'un enfant, une année sabbatique, un changement d'emploi, le règlement de vos dettes ou la retraite ?

Publié le 7 avr. 2019
ISABELLE DUBÉ LA PRESSE

Audrey et Guillaume veulent adopter deux enfants en Thaïlande. Ce projet de coeur coûtera au total 60 000 $. Le couple cherche la façon la plus judicieuse de le financer.

Pendant plusieurs années, Audrey et Guillaume ont tenté d'avoir des enfants. Mais même la science n'a pas pu les aider.

« On a tous les deux des problèmes de fertilité. On a fait un essai de fécondation in vitro qui nous a coûté 10 000 $. Comme j'ai une réserve ovarienne diminuée, ça ne donne au bout du compte qu'un seul embryon. Ça coûte extrêmement cher pour un seul coup de dés. »

Audrey et Guillaume se sont tournés avec grand enthousiasme vers l'adoption internationale. Ça faisait deux ans qu'ils étaient sur la liste pour adopter en Thaïlande lorsqu'ils ont enfin reçu l'appel tant attendu.

« En Thaïlande, le système social ressemble à celui du Québec. Les enfants sont donc bien nourris et bien stimulés. Ils sont donnés en adoption à cause de l'extrême pauvreté. Culturellement, ce sont les filles qui s'occupent des parents vieillissants, et ce sont les garçons qui se retrouvent à l'orphelinat. Nous allons donc adopter deux garçons âgés de 0 à 7 ans. »

D'ici juillet, Audrey et Guillaume doivent débourser 6000 $ pour la préparation du dossier. Dans trois ans, quand ils auront les enfants, ils devront payer les 54 000 $ restants.

Audrey et Guillaume ont fourni un budget détaillé de toutes leurs dépenses et de leurs épargnes qui a impressionné Nathalie Chouinard, planificatrice financière, chez Service Signature Desjardins Bas-Saint-Laurent et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

« Je tiens à les féliciter pour la belle gestion de leur budget. Ils savent où ils s'en vont. Ça témoigne de beaucoup de prévoyance. Ils épargnent 6900 $ par année et ils cotisent en plus dans leur fonds de pension au travail. »

Pour la première somme de 6000 $ qu'ils ont à débourser, la planificatrice croit qu'il serait judicieux d'utiliser les 2500 $ du CELI de Guillaume et 3500 $ du CELI d'Audrey.

Emprunter sur la valeur de la maison

Nathalie Chouinard a analysé toutes les options pour ce projet. Est-ce que le couple pourrait envisager de réhypothéquer sa maison ? Si la valeur de la maison était de 400 000 $ avec une hypothèque de 253 000 $, il aurait été possible d'aller chercher de l'argent avec cette option. « Dans ce cas-ci, c'est impossible, affirme-t-elle, car il n'y a pas assez d'équité sur leur résidence. »

La solution : le prêt adoption

La planificatrice suggère d'utiliser un prêt adoption de 54 000 $ offert dans quelques institutions financières. Un produit beaucoup plus intéressant que le prêt personnel, soutient-elle. Le taux actuel d'un prêt personnel est de 9 % pour une durée de cinq ans, tandis que le prêt adoption est calculé en fonction d'un taux hypothécaire qui est actuellement de 5,34 % sur cinq ans et de 4,34 % pour trois ans.

« C'est vraiment un outil pour faciliter l'adoption, explique Nathalie Chouinard. Les gens ne sont pas étouffés avec un remboursement trop haut, car ils peuvent le mettre sur 15 ans. Mais ils ont aussi la possibilité de le payer plus vite s'ils le désirent. »

Selon les calculs de Nathalie Chouinard, le couple pourrait prendre le taux sur 3 ans avec un amortissement de 15 ans. Les remboursements s'élèveraient à 408,70 $ par mois.

Les crédits d'impôt

Le couple doit tenir compte des crédits d'impôt dans sa planification. Le gouvernement du Québec offre un crédit d'impôt remboursable pour frais d'adoption. Le maximum admissible est de 20 000 $ par enfant pour un crédit maximal de 10 000 $ par enfant. Il s'agit de 50 % des frais de traduction de documents, frais de voyage et de séjour, et frais exigés par un organisme agréé, etc.

Le gouvernement fédéral propose de son côté un crédit d'impôt non remboursable pour le même type de dépenses qu'au provincial. Le montant maximal équivaut à 15 % de 15 905 $ pour chaque enfant.

« Le couple pourra donc aller chercher pour les deux enfants un crédit de 20 000 $ du gouvernement provincial et environ 4700 $ au fédéral. Je prendrais ces sommes pour rembourser plus rapidement leur prêt d'adoption. »

Après un an, le solde de leur prêt sera de 51 380 $. En soustrayant les crédits d'impôt, le montant baissera à 26 680 $.

« Au lieu de rembourser le prêt sur 15 ans, l'amortissement tomberait à 6 ans et quelques mois », précise-t-elle.

Rembourser encore plus vite

Quand Nathalie Chouinard analyse le budget d'Audrey et de Guillaume, elle constate qu'ils ont la capacité d'épargner même avec la mensualité de 408,70 $ du nouvel emprunt.

La planificatrice remarque aussi que 400 $ sont inscrits au budget et destinés à payer les cours universitaires qui seront terminés au printemps 2019. Elle suggère d'utiliser cette somme pour les futures dépenses liées aux enfants.

« En attendant l'arrivée des enfants, dans trois ans, ils auront accumulé 14 850 $ avec un taux de 2 %, calcule-t-elle. Ils pourraient commencer à investir dans un REEE dès que les enfants auront leur numéro d'assurance sociale. En cotisant 2500 $ par année par enfant, ça donne 750 $ par enfant de subventions du gouvernement jusqu'à l'année des 17 ans des enfants. »

Pour ce qui est des 200 $ par mois actuellement affectés à un paiement d'une dette qui s'effacera en 2022, ils pourraient servir par la suite à rembourser plus vite le prêt adoption. L'amortissement passerait de six ans à quatre ans.