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Train de vie: comment payer sa nouvelle hanche ?

Carole a besoin d'une prothèse de hanche de... (Photo Johan Wingborg, University of Goteborg)

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Carole a besoin d'une prothèse de hanche de manière urgente. L'opération lui coûterait 12 000 $.

Photo Johan Wingborg, University of Goteborg

Marc Tison
La Presse

LE PROBLÈME: Résumons le problème un peu abruptement: comment Carole devrait-elle financer sa hanche artificielle ?

La retraitée de 61 ans a des problèmes de santé.

« Je viens d'apprendre que j'aurai besoin d'une prothèse de hanche de manière urgente », explique-t-elle.

« Le problème, c'est que les délais sont longs au public. Au privé, tout se ferait à l'intérieur d'un mois. J'y songe sérieusement parce que je ne peux pas marcher depuis 10 mois. J'ai planifié un voyage en Espagne en juin, et j'aimerais en profiter. »

Elle touche une rente de retraite de 79 000 $. Son conjoint Robert, du même âge et lui aussi retraité, retire pour sa part une rente de 35 000 $. S'y ajoutent leurs rentes du Régime des rentes du Québec (RRQ).

« Nous possédons chacun 100 000 $ en REER et j'ai 5000 $ en CELI », énumère Carole. Ils sont propriétaires d'une propriété d'environ 400 000 $, encore grevée d'une hypothèque de 220 000 $. « On a mis l'amortissement à très long terme parce qu'on ne pense pas garder la maison très longtemps à cause de mon état de santé. On pense vendre d'ici quatre ou cinq ans, parce qu'elle demande beaucoup d'entretien. »

Elle estime leur coût de vie à environ 75 000 $ par année. « On voyage beaucoup », confie-t-elle.

« L'opération me coûterait 12 000 $. Je pensais retirer des REER, car j'ai plusieurs autres problèmes de santé, j'ai eu un cancer du rein en 2012 et c'est maintenant que je veux profiter de ma vie. »

Son voyage en Espagne est déjà payé.

« Que me conseillez-vous ? Financer avec mon REER, une marge de crédit, un prêt personnel ? »

LA SOLUTION

La solution semble limpide : Carole fait un retrait du REER, puis demande dans sa déclaration de revenus un crédit d'impôt pour 12 000 $ de frais médicaux.

Voilà, c'est réglé.

« En fait, le cas n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît », corrige la planificatrice financière Guylaine Dufresne, directrice principale, investissement et planification financière, à la Banque Laurentienne.

La somme retirée du REER s'ajoute aux revenus de Carole, rappelle-t-elle, alors que les frais médicaux ne se transforment pas entièrement en crédits.

Avec près de 88 000 $ de revenus, rente de la RRQ incluse, le taux d'imposition marginal de Carole frise les 41 %. C'est le taux auquel serait imposé le retrait REER.

Pour leur part, les frais médicaux donnent droit à des crédits d'impôt qui totalisent 35 %. « Le crédit d'impôt pour les frais médicaux au fédéral représente 15 % des frais excédant le montant le moins élevé entre 2268 $ et 3 % du revenu net du requérant, décrit-elle. Au provincial, c'est 20 % des frais excédant 3 % du revenu net familial. »

Par conséquent, « on ne peut pas dire que le retrait va être annulé par la déduction des frais médicaux », relève la planificatrice.

UN COÛT DE 8000 $

Pour avoir en main les 12 000 $ nécessaires à son opération, Carole devra extraire environ 20 000 $ de son REER.

Le coût de ce scénario s'élève donc à 8000 $.

Selon les données dont elle dispose, la planificatrice estime que sur les 12 000 $ de frais médicaux, Carole récupérerait au mieux quelque 3000 $ en crédits d'impôt non remboursables.

Et de toute manière, ce crédit s'applique également au scénario d'un emprunt.

AH, SI LE CELI ÉTAIT GARNI !

Guylaine Dufresne observe que Carole et Robert ont accumulé peu de fonds hors REER, malgré des revenus de retraite plutôt confortables. « C'est souvent le cas de ceux et celles qui profitent d'un bon régime de retraite public, indique-t-elle. Ils savent que leur rente est garantie, et se montrent souvent plus cigale que fourmi. »

Le cancer de madame a peut-être eu des conséquences néfastes sur leurs épargnes, évoque-t-elle.

Selon son estimation, le couple devrait dégager chaque année un surplus budgétaire de quelques milliers de dollars, qui ne semble pas s'être concrétisé en épargnes : Carole ne détient que 5000 $ en CELI.

« S'ils avaient été un peu plus "fourmi", ils auraient amassé une meilleure somme dans un compte CELI. Ainsi, le retrait pour l'opération n'aurait eu aucun impact fiscal. »

- Guylaine Dufresne, directrice principale, investissement et planification financière, à la Banque Laurentienne

SCÉNARIO D'EMPRUNT

Dans ces circonstances, un emprunt est-il plus avantageux ? Puisque le couple ne prévoit pas conserver sa propriété encore très longtemps, la planificatrice fait l'hypothèse d'une marge de crédit remboursée en cinq ou six ans.

Avec le taux de 5 % recommandé par l'Institut québécois de planification financière, la mensualité pour un prêt de cinq ans se fixerait à 226 $. « Ils ont sûrement des surplus budgétaires et ils devraient être capables de faire le paiement supplémentaire », indique-t-elle.

Une fois le prêt acquitté, le coût en intérêts aura atteint 1560 $ - nettement moins que les 8000 $ du premier scénario.

L'EFFET À LONG TERME

Mais quel scénario a le moins d'impact à long terme sur l'épargne du couple ?

Guylaine Dufresne a fait l'exercice sur son logiciel de planification.

« Quand Carole et Robert décèdent, il n'y a presque pas de différence dans leur valeur nette, que ce soit avec un retrait dans le REER ou un emprunt comme celui-là », constate-t-elle.

Toutefois, il est plus prudent de contrôler aujourd'hui des dépenses connues que d'espérer réduire son train de vie en fin de parcours, alors que les dépenses de santé peuvent exploser.

« Je préconiserais le financement avec la marge de crédit à condition de rembourser la somme sur une période maximale de cinq ou six ans, conclut-elle. S'ils le laissent sur la marge et ne paient que les intérêts, je ne suis pas sûre que l'emprunt sur la marge soit la meilleure solution. »

À cette mise en garde, elle ajoute une recommandation.

« Je suggérerais au couple de consulter un planificateur financier auprès de leur institution financière afin d'obtenir une planification financière et successorale détaillée. C'est Carole qui a la plus grosse rente, et c'est elle qui a l'espérance de vie la plus courte. À cause de son cancer, elle veut profiter de la vie. C'est tout à fait compréhensible. Par contre, si elle décédait, Robert verrait ses revenus diminuer considérablement. »

Robert toucherait une rente de conjoint survivant, « mais serait-il en mesure de continuer à payer l'hypothèque et la marge ? Devoir vendre une propriété en catastrophe n'est jamais intéressant et souvent pas très payant ».

«Vous planifiez un projet qui demande une utilisation judicieuse de votre argent ? Une nouvelle maison, l'arrivée d'un enfant, une année sabbatique, un changement d'emploi, le règlement de vos dettes ou la retraite ? Écrivez-nous !»





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