Les fumeurs de pot n'auront bientôt plus à payer aussi cher que les fumeurs de cigarettes pour leur assurance vie.

Mis à jour le 6 juill. 2016
Isabelle Ducas LA PRESSE

Plusieurs assureurs viennent d'annoncer que les consommateurs de marijuana ne seront plus considérés comme des fumeurs, comme c'était le cas auparavant, ce qui se traduisait par des primes de 40 à 150 % supérieures.

La compagnie Sun Life semble avoir été la première, il y a un mois, à appliquer les tarifs pour non-fumeurs aux clients qui font usage de cannabis, que ce soit à des fins médicales ou récréatives, à moins qu'ils ne fument aussi le tabac.

Au moins sept autres assureurs ont pris la même décision au cours des dernières semaines : BMO Assurance, Great-West, London Life, Canada Vie, Desjardins Assurances, Assomption et Union Vie. D'autres compagnies envisageraient aussi de changer leurs politiques.

« À la lumière des connaissances actuelles, certains assureurs ont conclu que les risques sur la santé à long terme de la consommation de marijuana étaient moindres que pour la cigarette », explique Suzie Pellerin, vice-présidente adjointe pour le Québec de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP).

« Aussi, la marijuana est actuellement consommée sous différentes formes et pas nécessairement fumée. » - Suzie Pellerin

Comme l'usage occasionnel de marijuana et de hashish n'a pas le même effet sur les taux de mortalité que le tabac, « on s'est dit que c'était un peu sévère d'appliquer les mêmes taux que pour les fumeurs », dit Martin Labarre, directeur de la tarification et du développement des produits chez Desjardins Assurances, pour expliquer ce changement.

DEUX « JOINTS » MAXIMUM

Certains assureurs imposent une limite de consommation de cannabis pour qu'un assuré soit considéré comme un non-fumeur. C'est la décision prise par BMO Assurance : au-delà de deux « joints » par semaine, un assuré doit payer le tarif « fumeur ».

D'autres indiquent qu'une surprime pourrait être imposée selon la fréquence de la consommation de marijuana. « Nous ne divulguons pas la fréquence, car cette information est un facteur confidentiel pris en compte dans le processus de tarification, explique Diane Grégoire, directrice des communications pour Great-West, London Life et Canada Vie. Si nous devions rendre public ce que nous considérons comme un taux de fréquence acceptable, les proposants pourraient ne pas être motivés à répondre honnêtement aux questions du formulaire de demande d'assurance. »

Desjardins Assurances pourrait aussi imposer une surprime aux gros fumeurs de cannabis et de hashish. « Nous n'avons pas encore déterminé ce qu'on considère comme une consommation occasionnelle, affirme Martin Labarre. C'est comme pour les gens qui consomment beaucoup d'alcool : ça fait augmenter la prime, parce que ce sont des habitudes de vie qui nuisent à la santé. »

ANALYSE D'URINE

Les assurés qui avaient déjà déclaré leur consommation de marijuana peuvent contacter leur assureur pour demander une réduction de leurs primes. Chez BMO, la directrice des relations médias, Valérie Doucet, précise qu'ils devront se soumettre au processus de souscription complète, « y compris une déclaration à l'aide du long formulaire de santé, analyse d'urine négative et questionnaire sur l'utilisation de tabac et drogues ».

La marijuana consommée à des fins médicales n'est cependant pas remboursée par l'assurance médicaments dans le cadre des régimes collectifs, puisqu'elle n'a pas de numéro d'identification de médicament (DIN), indique Suzie Pellerin. Certains assureurs feraient cependant des exceptions, à la demande des employeurs, pour trouver des moyens de rembourser cette dépense aux employés qui en ont besoin.

La facture du cannabis acheté légalement par les malades qui ont obtenu une ordonnance d'un médecin est cependant acceptée par les autorités fiscales, pour avoir droit aux crédits d'impôt.

Le Conseil canadien du cannabis médical, un regroupement de producteurs détenant des permis pour produire de la marijuana, demande depuis longtemps que les patients consommant cette drogue pour des raisons de santé ne soient pas considérés comme des fumeurs lorsque vient le temps de contracter une assurance vie.

Si un assureur découvre qu'un client a menti au sujet de son usage du tabac, il pourrait refuser de verser l'indemnisation prévue au moment de la réclamation.

L'ASSURANCE VIE POUR UN FUMEUR

Prime mensuelle pour souscrire une assurance vie temporaire 20 ans, protection de 50 000 $

Non-fumeur/Fumeur

Homme, 40 ans 10,51 $ /25,92 $

Femme, 40 ans 7,34 $/18,27 $

NOTE : Plusieurs facteurs peuvent influer sur le montant de la prime, comme les affections existantes, les antécédents familiaux, etc.

Source : Calculateur en ligne Manuvie/CAA-Québec