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La seconde vie des objets saisis

La majorité des objets saisis par les policiers et les douaniers est remise sur... (Photo AFP)

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Photo AFP

Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

La majorité des objets saisis par les policiers et les douaniers est remise sur le marché. Il est alors possible d'acquérir, souvent à un prix dérisoire, certains de ces biens, qui vont des outils aux articles ménagers, en passant par les voitures. Mode d'emploi pour en profiter.

ARTICLES DIVERS

Il n'y a pas que des objets saisis à l'aéroport ; les objets perdus ou oubliés y pullulent. Tout ce qui est non réclamé aboutit dans l'un des 18 magasins (dont cinq librairies) de l'organisme Renaissance. Il en va de même pour les objets perdus et non réclamés dans les voitures du service de location Communauto. Ainsi, lors d'une visite chez Renaissance, et avec un peu de chance, on peut mettre la main sur des objets de qualité, dont un portefeuille pour 2 $, un sac à main pour 5 $, un petit appareil photo numérique pour 15 $, une valise pour 5 $ ou encore un best-seller pour 4 $. Bonne chasse aux aubaines !

BRIQUETS

Dix briquets Bic pour 1 $. Un briquet de type Zippo ou Nibo pour 2 ou 3 $. C'est le prix demandé pour les briquets que l'aéroport Montréal-Trudeau remet tous les mois à la Maison Victor-Gadbois. Le centre de soins palliatifs sillonne la Montérégie sur une base régulière pour y vendre des milliers d'objets saisis à l'aéroport. Tous les ans, la maison pour gens en fin de vie amasse près de 50 000 $ au moyen de ventes itinérantes dont les dates à venir figurent sur le site de l'organisme.

COUTEAUX SUISSES

L'aéroport Montréal-Trudeau confisque des milliers de couteaux suisses tous les ans. Ils aboutissent à la Maison Victor-Gadbois. Cette maison de soins palliatifs de Beloeil les revend afin de financer ses opérations. Des modèles régulièrement vendus 10 à 15 $ sont offerts à 2 $ (voir la photo ci-contre). On peut s'en procurer au pavillon d'accueil du centre de la nature du mont Saint-Hilaire. Sinon, la Maison Victor-Gadbois organise des marchés aux puces ambulants où l'on peut se procurer une panoplie d'objets pratiques à très peu de frais.

VOITURES

Deux sites internet des gouvernements provincial et fédéral (voir boutons ci-dessous) servent à écouler des milliers d'objets qui ne servent plus dans leurs ministères. C'est toutefois aussi là qu'aboutissent les objets saisis dans le cadre d'opérations policières. Évidemment, il ne sera pas écrit que telle voiture ou tel VTT appartenait à quelqu'un ayant désormais un casier judiciaire. N'empêche, dans le cadre d'encans ou d'appels d'offres, des véhicules se vendent parfois une fraction du prix. L'automne dernier, lors d'un encan organisé par le gouvernement du Québec, un Dodge Caravan 2010 a été adjugé pour 5500 $ et une fourgonnette Ford F-150 2010 a trouvé preneur pour seulement 4700 $.

OUTILS

Étonnamment, certains voyageurs sur le point de prendre l'avion oublient qu'il est interdit d'apporter des outils dans leur bagage à main. Résultat, l'aéroport Montréal-Trudeau confisque des milliers d'outils chaque année. Tournevis et couteaux à gypse, mais aussi, à l'occasion, des scies circulaires et des perceuses. Tout ce matériel est pris en charge et revendu par la Maison Victor-Gadbois dans le cadre d'activités de collectes de fonds, notamment dans les centres commerciaux. Des tournevis, clés et autres couteaux à joints qui valent près de 10 $ pièce sont offerts à 1 $.

LE PARCOURS DES BIENS CONFISQUÉS

Petit lexique pour mieux comprendre le chemin menant un objet saisi à son nouveau propriétaire

DOUANES

Lorsqu'un bien est saisi par les douanes canadiennes, que ce soit à l'aéroport, dans un port, dans un poste frontalier terrestre ou bien par l'entremise de Postes Canada, il devient automatiquement propriété de la Couronne. Les objets comestibles et liquides (dont l'alcool) de même que les armes et la drogue sont automatiquement détruits. Par contre, les voitures, les équipements sportifs, les meubles, les pneus ou tout autre bien de consommation sont envoyés dans des dépôts régionaux. Ces objets sont ensuite remis à des organismes de bienfaisance (qui peuvent éventuellement les revendre pour amasser des fonds), mis à l'encan ou vendus par appel d'offres sur un site internet du gouvernement fédéral (voir onglet précédent).

AÉROPORT

À l'embarquement, un passager transportant un objet interdit en cabine peu soit s'en défaire en allant le déposer à sa voiture, par exemple, soit le laisser aux préposés de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA). « Le voyageur qui cède son bien ne pourra le recouvrer. On ne peut le numéroter et attendre qu'il revienne le chercher », explique Marie-Claude Desgagné, d'Aéroports de Montréal. Ces objets finissent entre les mains de la Maison Victor-Gadbois de Beloeil qui en fait la vente afin de financer ses activités de soins palliatifs. L'organisme se rend à l'aéroport Montréal-Trudeau une fois par mois pour y cueillir environ une tonne de biens.

FORCES DE L'ORDRE

Saisi ou trouvé par les policiers, un objet peut emprunter différents chemins. Les services policiers municipaux vont, par exemple, mettre à l'encan les vélos et les voitures confisqués et non réclamés. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'organise pas d'encan. Mais la majorité des villes du Québec le font. Tous les biens (maisons, véhicules routiers, etc.) acquis avec de l'argent issu d'activités criminelles finissent dans les mains du ministère de la Sécurité publique. Par l'entremise du Bureau de la lutte aux produits de la criminalité (BLPC), tous les biens dont la confiscation est ordonnée vont finir à l'encan - annoncés sur un site internet du gouvernement du Québec (voir onglet précédent) - ou dans des appels d'offres. Les sommes amassées sont partagées entre les corps policiers du Québec, le Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels et différents organismes communautaires.

VILLES

Des milliers de gens sont évincés de leur logis tous les ans à Montréal. En cas d'éviction, les biens saisis par les huissiers sont mis dans des cubes d'entreposage mobile ou des conteneurs, puis sont expédiés dans un entrepôt pour en moyenne 60 jours. Après ce délai, la plupart des arrondissements exigent la destruction de ces biens, souvent parce qu'on redoute la présence de punaises de lit. Dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, les biens sont triés avant d'être redistribués dans divers organismes, dont Certex, SOS Vélo, RecyMatelas et Meubles solidaires. « On estime qu'environ 60 % des biens sont ainsi détournés de l'enfouissement », explique Charles Mercier, directeur de la Société environnementale de Côte-des-Neiges (SOCENV).

LES OBJETS SAISIS EN CHIFFRES

12,3 millions

Somme nette que se sont partagée au 31 mars 2014 les corps policiers québécois, le Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels et divers organismes communautaires grâce à la vente, par le Bureau de la lutte aux produits de la criminalité, de biens « infractionnels » ou acquis avec l'argent de la criminalité. De 1999 à 2013, pas moins de 127,4 millions ont ainsi été partagés.

De 80 à 125

Nombre moyen d'évictions dans chaque arrondissement de Montréal. Du lot, près de la moitié vont nécessiter l'entreposage de biens saisis par les huissiers. Après 60 jours, ces biens seront détruits ou remis à divers organismes communautaires qui les revendront ou les recycleront pour financer leurs opérations.

50 000 $

Somme que la maison de soins palliatifs Victor-Gadbois réussit à amasser chaque année en vendant les objets saisis à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Sources : Maison Victor-Gadbois, Ville de Montréal et ministère de la Sécurité publique




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