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Rester à la maison avec son enfant ?

« Moi et mon mari avons eu un enfant au mois de novembre dernier, nous apprend... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Tison
La Presse

« Moi et mon mari avons eu un enfant au mois de novembre dernier, nous apprend Laurence. Cette nouvelle petite merveille dans notre vie nous fait réfléchir sur les valeurs que nous privilégions et sur le mode de vie dans lequel nous désirons que notre famille grandisse. »

« Dans cette optique, nous songeons à ce que je reste à la maison pour les premières années de vie de nos enfants (puisque nous en voulons un deuxième) ! Par contre, dans la société d'aujourd'hui, ce choix semble un luxe difficile à s'offrir. Nous sommes deux professionnels travaillant au gouvernement et avons, depuis quelques années, un rythme de vie où l'on ne regarde pas trop la dépense ! Par ailleurs, nous sommes conscients qu'en arrêtant de travailler, cela impliquera de modifier considérablement nos habitudes de vie et de réduire plusieurs dépenses, particulièrement dans nos loisirs et les vacances. »

Voici le scénario auquel songe le couple.

Employée du gouvernement, Laurence peut ajouter une année de congé sans solde à son congé parental d'un an. Elle espère tomber enceinte d'un deuxième enfant au cours de cette année sans solde, de manière à demander un nouveau congé parental au courant de l'automne 2016. Elle prendrait ensuite une nouvelle année de congé sans solde, pour un total de quatre ans à la maison avec les enfants.

« Ainsi, nous voulons savoir si notre situation financière nous permet qu'un des parents reste à la maison sans avoir à se serrer la ceinture outre mesure ! Nous avons essayé de nous faire un budget, mais c'est difficile à établir en ne connaissant pas notamment les avantages fiscaux qui y sont liés. Je pense que plusieurs jeunes parents se posent également la question ! »

Portrait

Laurence

30 ans

Revenu d'emploi : 68 000 $

Prestation de congé parental : 928 $ par semaine

À partir du 22 mars : 740 $ par semaine jusqu'au 12 septembre

Ensuite : congé sans solde

Sébastien

35 ans

Revenu d'emploi : 65 000 $

Propriétaires d'une maison depuis 3 ans

Solde hypothécaire : 254 000 $

Liquidités : 23 000 $

Principales dépenses

Mensualité hypothécaire, impôts fonciers inclus : 1336 $

Électricité : 140 $ par mois

Épicerie : 500 $ par mois

Assurances habitation et auto : 120 $ par mois

Essence : 220 $ par mois

Transports en commun : 85 $ par mois

Dépenses bébé (couches et lait) : 125 $ par mois

Solutions: goulot à l'horizon

Malheureusement, Laurence et Sébastien n'y échapperont pas : il faudra passer par l'effroyable torture d'un budget détaillé.

Ce sera même la première tâche à faire, s'ils veulent savoir ce qui les attend.

« Laurence ne pourra pas garder les mêmes frais de vie durant son année de congé », prévient déjà David Truong, conseiller senior en planification financière chez Banque Nationale Gestion Privée 1859, qui s'est penché sur la question avec son collègue Charles-Antoine Gohier.

Du temps où Laurence et Sébastien travaillaient tous les deux, ils gagnaient 133 000 $ par année. Après le passage du fisc, les contributions sociales et les versements au régime de retraite, il leur restait 83 600 $ en poche, ont calculé les deux conseillers.

Le couple estimait épargner alors environ 400 $ par mois chacun, soit 19 200 $ par année. Une simple soustraction nous apprend donc que leurs dépenses annuelles avoisinaient 64 000 $.

C'est un écart de 34 000 $ avec la liste des dépenses qu'a fournie Laurence, qui totalise 30 312 $.

« Il faut qu'ils ventilent comme il faut ces dépenses de 34 000 $ pour être capables de faire l'exercice en 2017 », avise Charles-Antoine Gohier. « Il n'y a rien sur les dépenses pour les loisirs, la santé, les assurances et autres. » C'est justement dans ces dépenses variables qu'il faudra pratiquer des coupes claires.

Tant que Laurence touche des prestations du Régime québécois d'assurance parentale, la vie suit son cours sans tracas. Selon les calculs des deux conseillers, le couple empochera en 2015 des revenus annuels nets d'environ 65 000 $, ce qui équivaut à l'estimation de leurs dépenses. Leur budget sera donc équilibré.

Les choses se corseront lorsque Laurence entreprendra son année de congé sans solde, durant laquelle le couple ne pourra plus compter sur les prestations de congé parental.

« L'année la plus difficile ne sera pas l'année 2015, mais l'année suivante », prévient Charles-Antoine Gohier.

Nos conseillers estiment que le revenu net du couple s'établira à environ 41 000 $. « La différence avec 65 000 $, soit 24 000 $, représente leur coût pour que quelqu'un reste à la maison pour s'occuper de l'enfant », constate M. Gohier. La conclusion est simple : le couple devra comprimer ses dépenses de 24 000 $.

Il y a une façon plus positive de voir le problème. « Laurence estimait ses coûts fixes à 30 000 $. La différence de 11 000 $ avec le revenu disponible de 41 000 $, c'est ce qui va lui rester pour travailler. »

Les nouvelles règles annoncées l'automne dernier par le gouvernement Harper viendront tout de même amoindrir (légèrement) l'impact, rappelle David Truong. Dès l'année fiscale 2014, les familles avec enfants de moins de 18 ans pourront fractionner les revenus des deux parents, pour réduire la facture fiscale totale.

À partir de juillet 2015, la Prestation universelle pour la garde d'enfants (PUGE) pour les enfants de moins de six ans passera de 100 $ à 160 $ par mois, avec effet rétroactif à janvier 2015 - quoiqu'une partie de cette augmentation s'évaporera en impôts.

Chose certaine, durant les années maigres, Laurence et Sébastien devront résister à la tentation de faire appel au crédit.

« Ce qui me rassure, c'est que ces gens-là ont déjà une propension à l'épargne, conclut Charles-Antoine Gohier. Ce comportement, habituellement, ne se perd pas. » 

Deux périodes de prestations du RQAP ?

La stratégie de Laurence s'appuie en large part sur la possibilité de toucher une prestation du RQAP pour le deuxième enfant. Elle veut accoler une période de 50 semaines de prestations du RQAP, une année de congé sans solde, et une seconde période de 50 semaines de prestations. C'est possible si les étoiles et les semaines sont bien alignées.

Suivez bien la logique.

- Pour être admissible au RQAP, il faut avoir gagné au moins 2000 $ en revenus d'emploi durant la période de référence.

- Cette période de référence s'étend normalement sur les 52 semaines précédant le début des prestations. Mais elle peut s'étendre à 104 semaines pour divers motifs, dont le fait d'avoir été en congé avec le RQAP à un moment quelconque durant les 52 semaines de référence normale. Ce sera le cas de Laurence si elle accouche avant la fin de son année de congé sans solde.

- Le montant de la prestation est alors calculé sur la moyenne des 26 dernières semaines qui comportaient du revenu d'emploi durant la période de référence. Si ces semaines avec revenus sont inférieures à 26, la moyenne est tout de même calculée sur celles-ci - avec la réserve toutefois que le diviseur de cette moyenne ne pourra être inférieur à 16. En d'autres mots, si la maman ne compte que 10 semaines avec revenus d'emploi, la moyenne sera établie en divisant ces revenus par 16 plutôt que par 10.

- Par conséquent, pour que Laurence obtienne pour son deuxième enfant des prestations du RQAP équivalentes à celles qu'elle touche actuellement, il faudrait que la période de référence prolongée couvre au moins 16 semaines rémunérées avant son premier accouchement.

- Et c'est ici qu'arrive la surprise : il y a moyen d'y parvenir, même si elle accouche à la toute fin de son congé sans solde d'un an ! En effet, il est permis de demander le paiement des prestations jusqu'à 16 semaines avant la date prévue d'accouchement. En procédant ainsi, Laurence recule sa période de référence prolongée pour couvrir les 16 dernières semaines où elle a travaillé.

« En conclusion, une future mère enceinte en congé sans solde a tout intérêt à déposer sa demande de prestations le plus tôt possible afin de fixer sa période de référence et, ainsi, maximiser ses chances que son revenu d'emploi soit considéré pour qu'elle soit admissible », observe David McKeown, porte-parole du ministère de l'Emploi.

Un parent à la maison: combien en moins?

Bonne nouvelle, un premier bébé.

Une fois que les parents et les congés parentaux sont épuisés, quel serait le prix à consentir pour qu'un parent reste avec le poupon à la maison ?

Il faudrait sacrifier un salaire, bien sûr.

Mais le calcul, on s'en doute, fait intervenir d'autres facteurs que la seule perte d'un revenu net.

Voici un exemple basé sur les données de 2014.

M. et Mme Laterreur s'entendent pour que l'un des deux reste à la maison afin de prendre soin du vigoureux petit Attila, qui montre déjà un certain caractère.

Avant la naissance, maman gagnait 60 000 $ et papa 40 000 $. En raison de son salaire inférieur, Brutus Laterreur prendra la situation et fiston en main.

Si l'on se fie aux tables de planification fiscale pour 2014, un revenu de 40 000 $ est soumis à un impôt effectif de 7754 $ pour l'année 2014. Il reste donc 32 246 $ dans les poches de l'heureux contribuable. Ce serait là le sacrifice budgétaire à faire pour que le mignon Attila profite des joies de la présence paternelle ?

Pas tout à fait.

Pour faire un plus juste état de la situation, nous utiliserons les tableaux compilés par l'économiste Claude Laferrière. En fonction des tranches de revenus et de diverses situations familiales typiques, il a calculé quel était l'argent réellement disponible, après avoir tenu compte des impôts, charges sociales, transferts, crédits et autres prestations.

Avant la naissance d'Attila, le couple Laterreur touchait un revenu brut de 100 000 $ (pour simplifier, nous supposons des revenus en 2014).

Couple, deux revenus de 60 000 $ et 40 000 $, aucun enfant 

Solde disponible : 70 728 $

Si M. Laterreur reste à la maison ?

Un seul salaire de 60 000 $, un parent à la maison, un enfant de moins de 6 ans

Solde disponible : 49 463 $

Écart entre le solde disponible avant la naissance et après le congé parental : 21 265 $.

C'est déjà 11 000 $ de moins que les 32 246 $ annoncés plus haut.

Mais pour savoir si un des deux parents devrait quitter son emploi pour rester à la maison pendant quelques années, il faut faire une autre comparaison, qui inclura celle-là les frais de garderie.

Reprenons.

Un seul salaire de 60 000 $, un parent à la maison avec un enfant de moins de 6 ans

Solde disponible : 49 463 $

Deux salaires de 60 000 $ et 40 000 $, un enfant de moins de 6 ans à la garderie, frais de garde 7 $ à 7,30 $ par jour (1800 $ année)

Solde disponible : 71 597 $

Écart entre deux revenus et un revenu avec parent à la maison : 22 134 $

Il n'y a pas de place en CPE ? Voyons voir avec les frais d'une garderie non subventionnée.

Deux salaires de 60 000 $ et 40 000 $, un enfant de moins de 6 ans à la garderie, frais de garde de 7000 $ par année

Solde disponible : 71 478 $

Écart entre deux revenus et un revenu avec parent à la maison : 22 105 $

En somme, pour qu'Attila sévisse à la maison plutôt qu'en garderie subventionnée ou privée, le couple Laterreur devrait vivre avec environ 22 000 $ de moins en poche.

Voici combien il en coûterait pour qu'un des deux parents reste à la maison, selon quelques situations typiques et quelques tranches de revenus. Le calcul s'applique pour 2014. Les résultats seront différents avec les nouveaux tarifs de garderie qui entreront en vigueur en avril prochain. « De 50 000 $ à 75 000 $, les frais sautent à 8 $ et culmineront à 20 $ autour de 155 000 $, rappelle Claude Laferrière. Par contre, quand un couple n'aura plus qu'un seul revenu, le fractionnement fédéral (si la mesure est maintenue après les élections) deviendra avantageux. »

Pour consulter les courbes et tableaux de Claude Laferrière >>




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