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Voyager avec ses milles, oui mais...

Après Noël, les consommateurs aguerris auront sûrement fait le plein de points... (PHOTO DIGITAL VISION/THINKSTOCK)

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Laurence Niosi

Collaboration spéciale

La Presse

Après Noël, les consommateurs aguerris auront sûrement fait le plein de points sur leurs cartes de crédit. Pourront-ils enfin s'offrir le voyage dont ils ont toujours rêvé avec leurs milles accumulés ? Les grands dépensiers, peut-être. Les autres devront sans doute attendre.

Gratuit, à condition d'être patient

Depuis 30 ans, au Canada, les programmes de récompenses font miroiter des voyages gratuits à leurs clients. Partir en vacances en amassant les « milles », est-ce possible ? Oui, mais à condition d'être patient.

Tirer profit d'un programme de fidélisation tient à une recette simple. « Il faut être membre d'un seul programme et y concentrer tous ses achats. Il faut aussi s'y prendre très tôt pour réserver son voyage », explique Jean-François Ouellet, professeur de marketing à HEC Montréal.

Car le nombre de places destinées aux détenteurs de milles « au prix affiché » sont de plus en plus rares, et des sièges, plus chers en milles, ont fait leur apparition. Ainsi, selon la date d'achat, le coût d'un billet pour le même vol peut aller du simple au double.

Sans compter les taxes, très élevées au Canada et qui sont aux frais du client. Ainsi, pour faire un vol aller-retour Montréal-Paris sur Air Canada en mars prochain, il vous en coûtera 60 000 milles d'Aeroplan, en plus de 600 $ en taxes et en surcharge de carburant.

Pour des cadeaux moins chers et plus immédiats, le consommateur modéré peut se tourner, par exemple, vers les produits électroniques. Un mélangeur à main et un iPod Shuffle coûtent respectivement 14 000 et 8500 milles. À raison de 1 point accumulé par dollar porté sur la carte de crédit, l'objectif est plus raisonnable.

GRANDS VOYAGEURS, GRANDS PRIVILÈGES

Créés dans les années 80 et 90, Aeroplan et Air Miles sont parmi les premiers programmes de fidélisation au pays. À eux deux, ils comptent 15 millions d'adhérents au Canada.

Néanmoins, Jean-François Ouellet estime que de 5 à 20 % seulement des titulaires de carte de fidélisation sont des « utilisateurs lourds ». De ceux-là, certains sont de grands dépensiers, souvent des travailleurs autonomes, des entrepreneurs ou des personnes qui font tous leurs achats (épicerie, restaurant, essence...) par carte de crédit.

C'est le cas de l'homme d'affaires Ossama El Naggar, grand voyageur qui collectionne les points comme les cartes de crédit. Sa carte American Express Aeroplan Platine, par exemple, lui a rapporté 75 000 milles la première année. Des dépenses mensuelles minimum sont toutefois requises. Sans compter les frais annuels : 499 $.

Comme plusieurs cartes offrent ce genre de prime d'adhésion, « après l'année initiale, l'idée, c'est d'être infidèle, donc de prendre une carte, la jeter et en prendre une autre », explique M. El Naggar.

Les très grands voyageurs jouissent en outre d'un statut privilégié : accès au salon VIP, attente réduite dans les files, boissons gratuites, ligne téléphonique prioritaire... Une autre raison d'accumuler les points.

TOMBER DANS LE PIÈGE DU RÊVE

Bien entendu, ces avantages profitent principalement aux grands dépensiers qui payent leur solde chaque mois et utilisent leurs milles à bon escient. Les petits consommateurs n'ont pas intérêt à se doter d'une carte de crédit dont les frais annuels dépassent 100 $. « Autant prendre cet argent, le mettre dans un compte et aller à New York » après quelques années, ajoute Jean-François Ouellet.

Le professeur reconnaît néanmoins que certaines personnes ne sont pas outillées pour faire ce genre de calcul et « tombent dans le piège du rêve ».

L'Union des consommateurs dénonce pour sa part la conséquence commerciale des cartes de fidélité, qui encouragent l'utilisation de la carte de crédit. Comme les commerçants paient des frais de 2 à 4 % pour chaque transaction, ils finissent par refiler la note au consommateur en ajustant les prix à la hausse.

Au final, « les avantages de ceux qui amassent les points sont financés par tous - y compris les gens qui payent en espèces et par carte débit », affirme Philippe Viel, porte-parole de l'Union des consommateurs.

Votre voyage sera peut-être « gratuit », mais il vous coûtera plus cher.

Combien coûte un billet d'avion en milles ?

Combien d'argent faut-il porter à sa carte de crédit pour s'acheter un billet d'avion en classe économique avec ses milles accumulés ? Nous avons calculé combien coûterait un voyage en mars prochain en utilisant cinq cartes de crédit avec prime de voyage offertes au Québec.Laurence Niosi Collaboration spécialePlatine Aeroplan American Express

FRAIS ANNUELS : 499 $

POUR ALLER À PARIS ? : 17 000 $*

ET À VANCOUVER ? : 0 $*

* Comprend la prime de bienvenue de 40 000 milles.

Or AéroplanPlus American Express

FRAIS ANNUELS : 120 $

POUR ALLER À PARIS ? : 35 000 $*

ET À VANCOUVER ? : 0 $*

* Comprend la prime de bienvenue de 25 000 milles.

MasterCard BMO Air Miles

FRAIS ANNUELS : 0 $

POUR ALLER À PARIS ? : 100 500 $*

ET À VANCOUVER ? : 75 000 $*

* Comprend le rabais de 25 % sur les billets d'avion Air Miles.

MasterCard BMO Air Miles World

FRAIS ANNUELS : 99 $

POUR ALLER À PARIS ? : 75 375 $*

ET À VANCOUVER ? : 56 250 $*

* Comprend le rabais de 25 % sur les billets d'avion Air Miles.

Visa Infinite TD Aeroplan

FRAIS ANNUELS : 120 $

POUR ALLER À PARIS ? : 33 000 $*

ET À VANCOUVER ? : 6600 $*

* Comprend la prime de bienvenue de 15 000 milles.

À venir en 2015

En 2015, que peut-on attendre des programmes de fidélité en matière de voyage ?Exit la distance parcourue

Delta et United Airlines ont procédé à un changement radical de leur système de points. Les milles ne seront plus gagnés en fonction de la distance parcourue d'un vol, mais selon le prix du billet.

Concrètement, cela veut dire qu'un billet en classe économique vers l'Asie vaudra moins qu'un billet en classe affaires vers l'Europe. Une façon de récompenser les grands dépensiers, et moins les grands voyageurs.

Chez Aimia, qui gère Aeroplan, on assure qu'il n'y a pas de « plans immédiats » de copier le modèle américain. Il faut dire qu'Air Canada propose déjà une formule qui prend en compte à la fois la distance et le prix payé avec le tarif Tango, instauré il y a quelques années.

La classe intermédiaire accessible aux détenteurs de milles

La classe Économique privilège, sorte de compromis entre les classes affaires et économie, a fait son apparition sur certains vols d'Air Canada en 2013, mais ce n'est qu'à partir de cette année qu'elle devient accessible aux détenteurs de points avec des « primes classiques ». Pour un vol outre-mer, il en coûtera 80 000 milles pour être assis dans cette section plus confortable. C'est donc un peu moins que les 90 000 milles requis pour la classe affaires, mais plus que les 60 000 milles pour la classe économique. À noter qu'Air Canada n'est pas le seul transporteur aérien à offrir une telle classe intermédiaire. Air France a, par exemple, sa classe Premium Economy.

Plus de sièges-primes offerts sur les vols ?

Même si les places pour primes sont moins offertes sur les vols qu'autrefois, les transporteurs aériens font des efforts pour permettre aux membres de leurs programmes de fidélité d'échanger plus facilement leurs milles. C'est ce que révélait l'année dernière la firme de consultation IdeaWorks, qui mène depuis 2010 une étude sur l'offre de sièges-primes de 25 transporteurs aériens dans le monde, dont Air Canada.

Avec notamment l'introduction de ses primes « tarif du marché » en 2014, Air Canada a amélioré l'offre de places réservées aux primes, qui tourne autour de 80 %.  Le transporteur aérien partait cependant de loin : en 2013, le taux d'échange de milles réussi était de 66,4 %, contre 93,6 % en 2010.




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