Les taux rechutent, le doute économique s'élève

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Daniel Solomon, premier vice-president et chef des investissements chez la firme de fonds communs Placements NEI, une affiliée du Mouvement Desjardins et des coopératives financières au Canada.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Ce dimanche, Daniel Solomon, premier vice-president et chef des investissements chez la firme de fonds communs Placements NEI, une affiliée du Mouvement Desjardins et des coopératives financières au Canada.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Évidemment, la correction des principaux indices boursiers. Et même si elle était un peu prévisible, sinon attendue après une aussi longue période de marchés haussiers.

Au-delà de ces tumultes boursiers, cependant, l'événement le plus significatif, à mon avis, est survenu dans le marché obligataire, avec le retour soudain de taux d'intérêt (ou de rendement) extrêmement bas. On croyait cet épisode terminé avec le regain de l'économie américaine et les intentions de la Réserve fédérale américaine (Fed) de remonter éventuellement son taux directeur.

Mais cette semaine, on a vu les taux d'intérêt (rendement) sur les obligations gouvernementales 10 ans au Canada et aux États-Unis se replier à nouveau autour de seulement 1,8 à 2,0 %.

En tenant compte de l'inflation et de l'imposition des revenus d'intérêt, ces taux aussi bas signifient un rendement nul ou même légèrement négatif pendant des années pour les investisseurs qui achètent de ces obligations.

Ça démontre aussi que l'anxiété face au risque (boursier ou économique) s'élève à nouveau, au lieu de s'estomper comme on le voyait depuis plusieurs trimestres.

C'est paradoxal, sinon intrigant, alors que nous ne sommes pas en situation de choc financier ou économique comme nous avons connu à quelques reprises depuis dix ans.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je surveille surtout les principaux indicateurs de croissance et de politique monétaire dans les grandes économies du monde : États-Unis, Europe, Chine. Et dans une moindre mesure, aussi, dans certaines économies émergentes.

Les commentaires récents d'organismes internationaux influents comme le FMI (Fonds monétaire international) et l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ont réduit considérablement les attentes de croissance économique mondiale. Ces attentes amoindries se sont aussi manifestées fortement en Bourse cette semaine, avec les conséquences que l'on sait.

Dans ce contexte, il faudra voir lors des prochaines mises à jour des principaux indicateurs économiques (PIB, emploi, etc.) si le récent rebond d'anxiété en Bourse était justifié ou non.

Pour les investisseurs, ce sera aussi le moment de jauger entre des tactiques défensives ou opportunistes dans la gestion de leur portefeuille.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

Je profiterais de la correction en Bourse pour rehausser la pondération de mon portefeuille en actions de qualité, aux États-Unis d'abord et à l'international ensuite, notamment dans les marchés émergents, devenus très sous-évalués.

En contrepartie, je ferais l'inverse avec la portion de mon portefeuille en obligations gouvernementales négociables (Canada et États-Unis, 10 ans et plus).

Je voudrais tirer profit de leur rebond momentané de valeur depuis deux semaines pour en réduire la pondération en portefeuille en raison de leur perspective de rendement minime, sinon médiocre, à moyen terme.

En comparaison, le potentiel de rendement des actions, même amoindri après deux années fastes, est plus attrayant que celui des obligations.

Si j'ai des dollars à investir en actions ces temps-ci, ma préférence irait encore vers la Bourse américaine. Le multiple cours/bénéfice y semble élevé, certes, mais les profits des entreprises sont en hausse, et les perspectives économiques sont favorables.

Pendant ce temps, au Canada, la forte influence des titres d'énergie et de matières premières a exagéré la correction boursière des derniers jours. Mais cette influence demeura aussi un facteur négatif pour l'avenir prévisible.

En Europe, notre sentiment demeure mitigé. Les multiples cours/bénéfice demeurent élevés parce que les profits des entreprises peinent dans une économie continentale en panne de croissance.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Les obligations gouvernementales à échéance de 10 ans et plus des gouvernements canadien et américain. Et pas pour leur sûreté, parmi les meilleures au monde, mais pour le rendement en intérêt vraiment trop bas et même médiocre à moyen terme.

Évidemment, la portion obligataire demeure importante dans tout portefeuille. C'est pourquoi, pour en obtenir un rendement satisfaisant, nous proposons à nos clients (de Placements NEI) d'investir dans nos fonds communs en obligations internationales, qui ont un meilleur équilibre entre risque et rendement.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Ce sont les résultats encore très mitigés de la grande expérimentation monétaire déclenchée au Japon l'an dernier, et dont l'ampleur demeure incomparable dans l'histoire économique récente.

En résumé, malgré une dette très élevée à 250 % de son PIB, le Japon a ouvert sa planche à billets pour stimuler la croissance et même provoquer un peu d'inflation. C'était aussi, disait-on, un moyen de réduire le risque de déflation qui serait très dommageable pour l'économie et les finances publiques d'un pays très endetté.

L'annonce de cette politique monétaire au Japon avait fait grand bruit dans le monde financier l'an dernier. Mais depuis, on en parle très peu. Pourtant, si les résultats demeurent aussi faibles, le Japon pourrait se retrouver en crise monétaire - dévaluation marquée du yen - dont l'impact négatif se répercuterait rapidement sur l'économie mondiale.

Aussi, avec toute l'attention accordée à l'Europe, très peu de portefeuilles de placements sont « hedgés » (couverts) face à une crise monétaire au Japon.

*** 

Daniel Solomon est chef des placements chez la firme de fonds communs Placements NEI, qui est une affiliée du Mouvement Desjardins et des principales coopératives financières (credit unions) au Canada.

Placements NEI cumule 6,2 milliards en actif sous gestion, qui est réparti dans deux groupes d'une vingtaine de fonds identifiés sous les marques « Éthiques » ou « NordOuest ».

La majeure partie de l'actif géré par NEI - environ 4,7 milliards - provient des clients-investisseurs des plus grandes coopératives financières au Canada. L'autre part de 1,5 milliard environ provient d'investisseurs institutionnels.




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