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L'Europe sème l'inquiétude, l'Amérique intrigue

Luc Desbiens est chef des placements au bureau... (PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE)

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Luc Desbiens est chef des placements au bureau de groupe financier suisse Lombard Odier. Ce bureau qui regroupe une quarantaine de personnes est le seul en Amérique du Nord pour cette firme de gestion privée qui gère pour 250 milliards en actifs provenant d'une clientèle internationale de gens fortunés.

PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement.

Cette semaine, Luc Desbiens, chef des placements au bureau de Montréal du groupe financier suisse Lombard Odier, spécialisé en gestion privée pour gens fortunés.

1) À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours pour les marchés boursiers?

C'est la détérioration des indicateurs économiques en Europe. Après un début d'année prometteur, la reprise européenne s'est essoufflée considérablement, même en Allemagne.

Dans les conditions actuelles (austérité budgétaire, chômage élevé, craintes de déflation, secteur bancaire fragile), il semble que le potentiel de croissance de l'Union européenne ne dépasse guère les 0,5 % par an.

Seule une dépréciation de l'euro pourrait redonner un peu de vigueur à l'économie, par le biais d'un stimulus aux exportations. En ce sens, la baisse récente de l'euro par rapport au dollar américain est une bonne nouvelle.

Pour la suite, les marchés s'attendent à de nouvelles mesures de stimulation de la part de la Banque centrale européenne (BCE).

Jeudi dernier, la BCE a encore abaissé ses taux d'intérêt directeurs, qui sont rendus à presque 0 %. Les taux sont même négatifs à l'égard des réserves excédentaires des banques, afin de les inciter à prêter davantage pour aider à la relance de la croissance.

Aussi, les marchés s'attendent à un plan d'assouplissement quantitatif de la BCE.

2) Quels indicateurs suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Aux États-Unis, c'est l'évolution des coûts unitaires de main-d'oeuvre.

Malgré l'amélioration marquée du marché du travail américain, la croissance des salaires reste inférieure à l'inflation. Il s'agit aussi d'une variable qui pourrait influencer le plus le rythme de normalisation des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed).

Avec la fin des mesures d'assouplissements (Q-E) de la Fed à l'automne, les taux devraient commencer à remonter au cours de l'été prochain.

Toutefois, la Fed pourrait rester prudente afin de ne pas nuire à une croissance économique qui, à seulement 2 % par an en moyenne depuis 2010, demeure faible par rapport aux cycles précédents de relance de l'économie.

3) Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

À mon avis, il faut continuer de privilégier les actions. Mais une certaine dose de prudence s'impose en raison de la forte hausse des principaux indices - le S&P 500 américain a plus que triplé! - qu'on observe depuis cinq ans.

Le marché boursier américain me semble particulièrement bien évalué alors que les Bourses d'Europe restent meilleur marché.

Même constat pour les Bourses des économies émergentes. Leurs titres s'échangent à des multiples cours-bénéfice de 30 % inférieurs à ce qu'on observe dans les marchés boursiers des économies développées.

Les marchés d'Europe devraient bien réagir si la BCE annonçait davantage de mesures de stimulation économiques et que l'euro s'affaiblissait.

4) À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Les obligations de pacotille à taux d'intérêt élevés, ou « junk bonds » dans le jargon financier.

Ces dernières années, plusieurs investisseurs ont préféré cette catégorie d'actifs financiers aux actions en raison d'un profil de risque amélioré et de leur rendement courant en intérêts plus élevés.

Cependant, ces « junk bonds » sont généralement peu liquides et les écarts de rendement actuels nous semblent peu attrayants par rapport au risque de ces titres.

Ces écarts ne sont plus que de 300 points de base (3 %) au-dessus du rendement des bons du Trésor américains alors qu'ils avaient flirté avec les 1900 points de base (19 %) au plus fort de la crise financière de 2008.

Dans ce contexte, comme investisseur, je préfère concentrer mes risques de placement dans des actions de grandes entreprises de qualité, où la bonne liquidité (volume) en Bourse ne poserait pas de problème si la conjoncture devait se détériorer.

5) Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Le processus de normalisation de la politique monétaire américaine (remontée de taux par la Fed) pourrait survenir moins rapidement qu'anticipé dans les marchés financiers.

Et dans ce cas, les principaux indices boursiers pourraient poursuivre leur ascension, faute de mieux pour les investisseurs avec les autres catégories d'actifs.

Pourquoi cet autre délai à la Fed, avant de remonter les taux?

Malgré la bonne tenue de l'économie américaine, le taux de croissance demeure modeste et l'inflation ne pose toujours pas de problème.

De plus, il est difficile d'imaginer la Fed monter son taux directeur rapidement sans considérer ce qui se passe dans le reste du monde, avec un ralentissement généralisé.

Plus près de nous, au Québec et au Canada, il est difficile d'ignorer l'impact négatif sur l'économie - et en particulier le marché immobilier - que pourrait avoir une hausse substantielle des taux d'intérêt.




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