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Duel Ubisoft contre Electronic Arts: au jeu!

Il faut avoir le coeur bien accroché pour investir sur les jeux vidéo. Dans ce... (Photo Robert Skinner, Archives La Presse)

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Photo Robert Skinner, Archives La Presse

Paul Durivage
La Presse

Il faut avoir le coeur bien accroché pour investir sur les jeux vidéo. Dans ce secteur en très forte mutation, tant sur le plan des jeux que des supports, les éditeurs cotés en Bourse sont plus imprévisibles qu'un Tetris. L'ancien numéro un mondial, l'américain Electronic Arts, et son concurrent européen bien connu à Montréal, Ubisoft, s'affrontent aujourd'hui dans un duel ludique, Place du marché.

Ubisoft a du chien

Créée en 1986 par les cinq frères Guillemot, de Bretagne, Ubisoft s'est fait connaître dans les années 90 grâce au succès international de Rayman, dont les aventures se déclinent encore aujourd'hui sur différentes consoles. D'autres sagas à succès comme Far Cry, les Lapins crétins et Assassin's Creed ont contribué à asseoir la réputation du groupe. Son sort est aujourd'hui intimement lié au succès du jeu Watch Dogs créé à Montréal.

Le numéro trois mondial se remet du véritable coup de chien survenu en 2013 avec l'annonce du retard de Watch Dogs, prévu initialement pour novembre 2013. En octobre, l'avertissement sur bénéfice dû à ce retard avait détruit un quart de la capitalisation boursière en une journée. L'exercice devait en fait se boucler avec une perte de l'ordre de 88 millions US sur des ventes de 1,3 milliard US.

Les affaires de l'entreprise basée à Montreuil se sont replacées au premier trimestre clos le 30 juin dernier de son exercice décalé avec la confirmation du succès de Watch Dogs écoulé à 8 millions d'exemplaires depuis son lancement fin mai. Les commandes du nouvel opus consacré aux aventures d'un pirate informatique obsédé par la violence dans un Chicago sous haute surveillance ont permis au groupe de presque quintupler ses revenus à 478 millions US.

Watch Dogs a également soutenu la croissance du segment digital, dont les ventes ont bondi de 149 % à 111 millions US. Le studio français, qui emploie 9280 personnes dans le monde, dont plus de 3000 à ses campus de Montréal et Québec, espère maintenant faire de sa dernière création une nouvelle franchise déclinable en d'autres épisodes dans les années à venir.

Confiance

Même s'il est en avance sur ses objectifs, l'éditeur de jeux vidéo s'est contenté au dernier trimestre de réaffirmer ses prévisions d'un résultat opérationnel d'au moins 200 millions US sur un chiffre d'affaires d'au moins 1,9 milliard US pour l'ensemble de son exercice 2014-2015. Cela n'a toujours pas plu au marché qui espérait un relèvement des objectifs annuels.

Le titre, qui valait presque trois fois plus en 2007, se paye aujourd'hui sur un multiple de 14 fois les bénéfices attendus cette année. C'est loin d'être excessif vu la croissance du groupe. Le consensus des analystes toujours résolument optimiste soutient un objectif de cours cible sur 12 mois d'environ 22 $ US, ce qui représente un potentiel d'appréciation de 39 %.

« Ubisoft reste bien positionnée pour tirer parti des consoles de nouvelle génération avec la croissance de sa collection de franchises clés et de nouvelles licences prometteuses », commente l'analyste Edward S. Williams, de BMO Marchés des capitaux, qui compte parmi les partisans du titre vedette de la Bourse Nyse Euro.

Pour les investisseurs européens, UBI fait figure d'exception avec une forte progression de 22 % depuis le début de l'année. La Bourse a relancé son moulin à anticipations, en surfant successivement sur les bonnes ventes de Sony et de Microsoft, sur l'ouverture espérée de la Chine, et sur les précommandes de Watch Dogs.

L'analyste Sylvie Ramadier, attachée au journal Les Échos, croit que la vigueur des ventes et le flair commercial démontrés par l'entreprise pourraient effacer la décote de valorisation. Sa grosse consommation de liquidités l'an dernier, inférieure aux craintes néanmoins, n'y ferait pas obstacle, mais il faudra que la hausse anticipée de la marge opérationnelle se matérialise comme prévu cette année, estime-t-elle.

TROIS POINTS FORTS

- Troisième éditeur mondial indépendant de jeux vidéo avec des licences fortes dans tous les segments de marché;

- Hausse régulière des parts de marché sur PlayStation et Xbox;

- Situation financière assainie.

TROIS POINTS FAIBLES

- Résultats difficiles à anticiper ;

- Dépendance du chiffre d'affaires aux deux grandes et lucratives franchises Assassin's Creed et Far Cry;

- Retard dans les jeux en ligne multijoueurs;

Source : Agence Option Finance

Electronic Arts tire son épingle du jeu

Le géant américain des jeux vidéo Electronic Arts a un bon début de partie avec des ventes soutenues de ses titres comme Titanfall comme de ses jeux numériques et d'une bonne démonstration de sa maîtrise des coûts, au premier trimestre de son exercice 2014-2015.

L'ancien numéro un mondial, déclassé depuis 2008 par le groupe Activision Blizzard, a haussé son bénéfice de 50 % à 335 millions US ou 1,04 $US par action, en un an. Hors éléments exceptionnels, le bénéfice par action de 19 cents est cinq fois plus qu'anticipé par les analystes sondés par Bloomberg.

Le chiffre d'affaires a bondi de 56 % à 775 millions US, dépassant là encore largement le consensus. Le déclin des revenus issus des jeux pour PC a été plus que compensé par le dynamisme des ventes sur consoles, tirées par le lancement des machines de dernière génération. Les revenus « numériques », liés à la vente de jeux dématérialisés pour téléphone et tablette, Facebook ou téléchargement, ont notamment augmenté de 28 % à 482 millions US, ce qui plaît à Wall Street.

Sur l'ensemble de l'exercice, l'éditeur de jeux vidéo, qui emploie 8300 personnes dans le monde, table sur des ventes ajustées de 4,1 milliards US et un bénéfice par action de 1,85 $US. Le concurrent d'Ubisoft mise toujours sur les nouvelles consoles de Sony et de Microsoft pour équilibrer ses activités entre les ventes de jeux « en boîte » et celles de jeux dématérialisés.

Retards

L'entreprise californienne accuse elle aussi des retards. Le lancement de son gros vendeur Battlefield : Hardline attendu pour la période clé du Thanksgiving et de Noël a été repoussé à mars 2015. Les raisons avancées sont techniques : l'éditeur de jeux vidéo américain accuse des difficultés dans la mise en oeuvre du mode multijoueur, dans l'amélioration du mode solo et la stabilité du jeu.

Cette annonce est bien sûr une très mauvaise nouvelle pour Electronic Arts qui comptait sur ce jeu pour concurrencer le nouveau Call of Duty d'Activision, le Farcry 4 d'Ubisoft ainsi que le pack anniversaire d'Halo de Microsoft. EA a de même reporté d'octobre à novembre 2014 le lancement du jeu Dragon Age Inquisition. L'équipe montréalaise de la division BioWare planche toujours sur la prochaine version de la série à succès Mass Effect attendue l'an prochain.

Défis

Le bon premier trimestre demeure néanmoins encourageant pour la suite de l'exercice, croient les analystes financiers. L'environnement devrait rester porteur alors que Sony a déjà écoulé plus de 10 millions de PS4, sa dernière console de salon. À court terme, l'élargissement du parc de machines doit garantir des volumes de vente conséquents pour les titres FIFA 15 et The Sims 4, à sortir le mois prochain.

En attendant une meilleure visibilité sur les niveaux d'activité attendus pour la période des fêtes de fin d'année, cruciale pour l'industrie, les analystes se contentent majoritairement de conserver l'action, qui a tout de même gagné 65 % depuis le début de l'année sur le marché NASDAQ. D'autant que le titre valorise déjà 20 fois le bénéfice net par action estimé pour les quatre prochains trimestres.

« Electronic Arts est bien positionnée pour une période de croissance soutenue grâce à sa collection impressionnante de titres, la forte croissance des jeux numériques et son contrôle des coûts », soutient Edward S. Williams, de BMO Marchés des capitaux. « Electronic Arts a tous les morceaux en main et l'exécution est la clé », commente pour sa part Colin Sebastian, de Robert W. Baird & Co.

Electronic Arts, comme Ubisoft, ne verse pas de dividende, brûlant le capital dans la recherche et le développement de nouveaux jeux à vitesse d'un Grand Theft Auto. La firme de Redwood City a par contre mis en place un programme de rachat d'actions pour une somme de 750 millions US.

TROIS POINTS FORTS

- Domination du marché des jeux de sport avec près de la moitié des ventes;

- Croissance des jeux en ligne et mobiles;

- De nouveaux outils de développement abaissent les coûts.

TROIS POINTS FAIBLES

- L'entreprise mène beaucoup de projets de front et pourrait négliger le support de tous ces titres;

- Le joueur occasionnel, qui contribue beaucoup à la croissance du marché, est négligé.

- Nintendo, Sony et Microsoft ont plus de ressources et sont mieux placées pour produire des jeux pour leur console.

Source : Morningstar




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