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Miser sur l'élan de l'économie américaine

François Bourdon est chef des solutions de placement... (Photo Robert Mailloux, Archives La Presse)

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François Bourdon est chef des solutions de placement et codirecteur de la répartition de l'actif chez Fiera Capital.

Photo Robert Mailloux, Archives La Presse

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, François Bourdon, chef des solutions de placement et codirecteur de la répartition de l'actif chez Fiera Capital, à Montréal.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

C'est l'annonce du taux de croissance du PIB (produit intérieur brut) de l'économie américaine au deuxième trimestre. À 4 %, cette croissance s'est avérée supérieure aux attentes sur les marchés. La révision du taux de croissance au premier trimestre, aussi, était positive.

Après le PIB américain, les chiffres de l'emploi en juillet annoncés vendredi matin étaient aussi très attendus. Avec un peu plus de 200 000 emplois créés, ces chiffres se sont avérés plutôt corrects et sans surprise pour les marchés.

Les chiffres du PIB et de l'emploi sont importants parce que la croissance économique est déterminante pour le comportement des banques centrales, en particulier la Fed (Réserve fédérale américaine).

Et ces temps-ci, ce qui domine la pensée des investisseurs boursiers, c'est comment et quand la Fed débutera la « normalisation » de sa politique monétaire (hausse du taux d'intérêt directeur).

Ce contexte est aussi propice à plus de volatilité en Bourse à court terme, comme on l'a vu jeudi avec les principaux indices.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

La croissance du PIB et la création d'emploi aux États-Unis sont évidemment en haut sur ma liste. J'y mets aussi un indice moins connu dans le marché du travail : le « JOLT », ou « Job Opening and Labor Turnover » (indice synthèse des postes à combler, des embauches, des départs et des licenciements).

Cet indice JOLT, qui figure d'ailleurs parmi les indices les plus surveillés par Mme (Janet) Yellen (présidente de la Fed), permet de mesurer l'évolution plus qualitative du marché de l'emploi aux États-Unis.

Quand cet indice JOLT s'élève, ça signifie qu'un nombre croissant de salariés quittent leur emploi pour en prendre un autre qu'ils considèrent meilleurs (salaire, avantages, mandat, etc.).

Donc, en plus de la quantité des emplois offerts, c'est aussi leur qualité qui s'améliore, ce qui est de bon augure pour toute l'économie.

En Bourse, cependant, si l'indice JOLT devait s'élever plus vite, ça pourrait être interprété comme un signal précurseur d'un rapprochement de la remontée des taux attendue de la part de la Fed.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

Je veux préciser que mon avis concerne des placements additionnels dans un portefeuille existant, plutôt que la création d'un nouveau portefeuille de base.

Cela dit, ma répartition de placement se résume ainsi : 40 % en actions canadiennes, 40 % en actions américaines et 20 % en titres à revenu d'intérêt, mais de brève échéance.

Dans cette catégorie, je privilégie les obligations d'entreprises à rendement (taux) plus élevé ou des PCAA (papiers commerciaux adossés à des actifs) reliés à l'immobilier américain, qui reprend de la vigueur.

Quant aux placements additionnels en Bourse, mon avis de surpondération en actions canadiennes et américaines s'appuie sur notre perspective très favorable, chez Fiera Capital, envers la croissance de l'économie américaine.

En répartition sectorielle, mes préférences ces temps-ci sont du côté des entreprises d'énergie et des capitalisations de taille intermédiaire aux États-Unis. Par ailleurs, je demeure indécis ou neutre envers les secteurs de la consommation et des industries, déjà amplement valorisés à mon avis.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

En bref, les titres à revenus dont le rendement déjà faible risque d'être encore plus affecté lorsque surviendra la remontée des taux par la Fed. D'autant que, chez Fiera, nous sommes d'avis que ça surviendra plus rapidement que les marchés s'y attendent.

En tête de liste des placements à éviter, il y a les obligations gouvernementales à longue échéance et à bas taux d'intérêt.

En alternative, pour ceux qui veulent plus de titres gouvernementaux dans leur portefeuille, j'investirais plutôt du côté des « munis » québécoises, c'est-à-dire des obligations à courte échéance émises par certaines villes.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

D'emblée, la vigueur de l'économie américaine !

Chez Fiera Capital, nous sommes résolument optimistes, avec un taux de croissance du PIB qui devrait être de l'ordre de 3,5 % à 4 %. C'est au-delà du consensus courant, qui se situe autour de 2,5 % à 3 % par an.

L'économie américaine bénéficie d'avantages comparatifs importants en faveur d'une croissance soutenue à moyen terme.

Entre autres, ses coûts d'énergie sont plus faibles que partout ailleurs ; le dollar américain est très compétitif après des années de dévaluation ; l'accès aux capitaux n'est pas cher et, enfin, les coûts de main-d'oeuvre sont nettement améliorés en comparaison de ce qui se passe dans certains pays concurrents, comme la Chine, où ils augmentent beaucoup.

D'ailleurs, ces coûts de main-d'oeuvre plus compétitifs motivent un nombre croissant de rapatriements manufacturiers aux États-Unis, ce qui contribuera à pousser la croissance du PIB au-delà des attentes.

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François Bourdon est chef des solutions de placement et codirecteur de la répartition de l'actif chez Fiera Capital. Cette firme montréalaise gère 82 milliards en actifs provenant d'investisseurs institutionnels, de fortunes privées et de fonds de placement qui sont accessibles en Bourse ou distribués par des tiers dont la Banque Nationale, aussi actionnaire minoritaire important chez Fiera.

Comptant 19 ans d'expérience dans le placement, François Bourdon est diplômé en mathématiques de l'Université Concordia. Il a obtenu ensuite les titres de Fellow en actuariat (FSA et FICA), d'analyste financier agréé (CFA) et de professionnel en gestion de risque (PRM).




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