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Regarder au-devant des hésitations de la Fed

Première vice-présidente, actions, chez Investissements Standard Life, Susan... (Photo Jean-François Bérubé, Investissements Standard Life)

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Première vice-présidente, actions, chez Investissements Standard Life, Susan Da Sie supervise la politique de placements d'un actif de 6,5 milliards en actions canadiennes, dont 3 milliards sont sous sa gestion directe de portefeuille.

Photo Jean-François Bérubé, Investissements Standard Life

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Susan Da Sie, première vice-présidente, actions, chez Investissements Standard Life à Montréal.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

Ce sont les plus récents commentaires de la nouvelle présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), Janet Yellen.

Il y a quelques semaines, elle avait indiqué que les taux d'intérêt pourraient commencer à remonter vers la mi-2015, après la réduction et la fin de ses achats massifs d'obligations. Ces propos avaient surpris un peu les marchés financiers.

Mais il y a quelques jours, Mme Yellen a indiqué qu'elle pourrait conserver plus longtemps une politique monétaire accommodante pour l'économie américaine, en raison notamment de la « capacité inutilisée » dans le marché de l'emploi. Elle a aussi fait référence au taux d'inflation encore très bas.

Cette fois-ci, les propos de Janet Yellen se sont avérés un peu rassurants pour les marchés, qui appréhendent la remontée des taux. C'est ce qui a motivé le regain boursier des derniers jours, à mon avis.

Par ailleurs, ce contexte fait que les investisseurs boursiers seront encore plus attentifs aux prochains indicateurs économiques, aux États-Unis surtout.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

Dans l'économie américaine, je suis les indicateurs qui permettent de comprendre si le ralentissement observé en janvier et en février était attribuable surtout aux intempéries hivernales, ou plutôt à d'autres facteurs négatifs sous-estimés.

En ce sens, certaines données publiées au cours des derniers jours, comme le rebond assez fort des ventes d'automobiles en termes annualisés, semblent confirmer l'impact de l'hiver difficile sur les chiffres antérieurs.

Je suis aussi les rebonds semblables du côté de la production manufacturière, ainsi que le marché du travail et l'immobilier résidentiel.

Si ces rebonds se confirment, ce sera évidemment de bon augure pour les revenus et les profits des entreprises canadiennes en Bourse qui ont des affaires importantes aux États-Unis.

En contrepartie, si ces rebonds à court terme s'avéraient inférieurs aux attentes, ça pourrait être mauvais en Bourse alors que l'on cherche à consolider les gains de multiple (prix/bénéfice) de l'an dernier avec des gains basés, cette fois, sur la hausse des résultats des entreprises.

Du côté de l'Europe, je suis aussi les indices d'un redressement de la croissance dans les principales économies nationales. Par exemple, les données des ventes au détail publiées jeudi étaient un peu plus fortes qu'anticipé. Ça aide à redonner confiance devant le regain de l'économie européenne.

Par ailleurs, la Chine est une autre économie qui a beaucoup d'influence sur le marché des matières premières et, du coup, sur la Bourse canadienne.

Or, les plus récents indicateurs en provenance de la Chine montrent encore une économie en phase de ralentissement de croissance. En fait, je constate un « découplage » de plus en plus important entre les économies émergentes et les économies développées.

C'est ce qui explique aussi mon intérêt moindre ces temps-ci pour investir davantage dans les entreprises du secteur des matières premières.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

Je demeure positive pour l'ensemble du marché boursier. Du moins, tant que la conjoncture économique demeurera favorable à une hausse des revenus et des profits des entreprises.

Pour le moment, les attentes moyennes de hausse de profit sont de l'ordre de 9 à 10 % aux États-Unis et de 7 à 8 % au Canada. C'est très important que ces attentes soient réalisées pour justifier les valeurs en Bourse.

Quant à mes préférences de placement sur la Bourse canadienne, qui est ma spécialité chez Investissements Standard Life, j'ai deux critères principaux de sélection ces temps-ci.

D'une part, ces entreprises ne doivent pas avoir un endettement élevé dans leur bilan. D'autre part, elles doivent obtenir une portion importante de leurs revenus et bénéfices de leurs activités hors du Canada, aux États-Unis surtout, afin de profiter du regain de croissance dans cette économie.

C'est pourquoi j'apprécie une entreprise comme Gildan (fabricant de t-shirts et de sous-vêtements) qui réalise déjà 85 % de ses ventes aux États-Unis tout en bénéficiant de coûts manufacturiers très bas pour lui permettre de gagner encore des parts de marché. Et à 15 fois le profit par action, ses actions ne sont pas très chères par rapport à leur potentiel de rendement, à mon avis.

J'aime le détaillant Alimentation Couche-Tard (dépanneurs et postes d'essence) parce qu'il n'a que 15 % de ses affaires au Canada, comparativement à 50 % aux États-Unis et à 35 % en Europe du Nord après son achat des magasins de Statoil (Norvège). Couche-Tard a une forte équipe de gestion et je crois qu'elle a encore un bon potentiel de valorisation en Bourse.

Par ailleurs, j'aime bien la société Imax (films sur très grands écrans) qui est présente dans 700 cinémas et qui en a encore 400 en commande, dont 90 % sont à l'extérieur du Canada.

Parmi les grandes banques canadiennes, je préfère la Scotia pour sa présence importante en Amérique latine et en Asie. Ce sont des régions à fort potentiel de croissance dont profite déjà la Scotia. Et encore plus lorsqu'elle aura corrigé certains problèmes récents de coûts d'exploitation à l'étranger.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

En général, j'évite les entreprises qui sont trop endettées et celles qui sont dans une position concurrentielle difficile dans leur marché.

L'entreprise BlackBerry est un exemple. Malgré les efforts de valorisation de son président, BlackBerry continue de « brûler de l'argent » pour tenter de demeurer concurrentielle devant des géants comme Samsung et Apple.

Par ailleurs, j'évite ces temps-ci les entreprises aurifères. Parce que je m'attends à ce que le prix de l'or continue dans sa tendance baissière, en dépit des soubresauts provoqués par des crises géopolitiques qui sont trop imprévisibles pour les investisseurs.

Enfin, dans le secteur de l'énergie, je préfère laisser de côté de nouveaux investissements en titres pétroliers en raison du risque de stagnation, sinon de léger déclin, du prix du pétrole brut à moyen terme.

En contrepartie, je demeure intéressée par les entreprises du secteur du gaz naturel, les producteurs comme leurs fournisseurs de services.

La raison ? Les réserves américaines de gaz sont très basses après un hiver très rigoureux. Leur reconstitution nécessaire au cours des prochains mois devrait soutenir le prix du gaz naturel à des niveaux plus élevés qu'à l'habitude durant toute la saison estivale.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

À mon avis, ce sont les perspectives d'une croissance économique soutenue aux États-Unis, après plusieurs années difficiles. Je crois que nous pourrions voir plusieurs années de croissance du PIB de l'ordre de 2,5 à 3,5 % par an.

Cette conjoncture favorable demeure sous-estimée parce que les taux d'intérêt, encore très bas historiquement, ne reflètent pas encore le regain de la croissance économique aux États-Unis.

Pourtant, on voit le redressement des prix dans l'immobilier résidentiel, les bénéfices des entreprises qui remontent et leurs bilans financiers qui sont en général très bons. On observe aussi un regain des immobilisations en capital dans plusieurs secteurs, ce qui est un important facteur de soutien de la croissance à moyen terme.

En Bourse, ce renforcement de la croissance américaine devrait soutenir la hausse des résultats des entreprises, ce qui est maintenant attendu pour soutenir le rebond de leur valorisation.

***

À titre de première vice-présidente, actions, chez Investissements Standard Life, Susan Da Sie supervise la politique de placements d'un actif de 6,5 milliards en actions canadiennes, dont 3 milliards sont sous sa gestion directe de portefeuille.

Diplômée en commerce et finances de l'Université McGill, et détentrice du titre d'analyste financier agréé (CFA), Mme Da Sie compte 27 ans d'expérience en placements. Avant d'entrer chez Standard Life en 2007, elle avait travaillé chez Investissements PSP, à la Caisse de dépôt et placement du Québec, à la Banque CIBC et à l'ex-firme de placement TAL.




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