REER: différents régimes sous la loupe

Avant d'investir, il faut savoir que les REER... (Illustration La Presse)

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Avant d'investir, il faut savoir que les REER des fonds de travailleurs sont moins souples que les autres.

Illustration La Presse

Nathalie Côté

COLLABORATION SPÉCIALE

La Presse

Plusieurs options s'offrent aux personnes désireuses d'investir pour l'avenir en fonction de besoins différents. En voici quelques-unes.

Les fonds de travailleurs

Les crédits d'impôt supplémentaires des gouvernements fédéral et provincial pour les REER des fonds de travailleurs sont alléchants. Simon*, 32 ans, investit dans celui de la FTQ depuis plusieurs années. La somme est prélevée directement sur sa paie. Simple ! Avec le retrait à venir du crédit d'impôt fédéral, il hésite à poursuivre sa contribution.

Premièrement, il faut savoir que les REER des fonds de travailleurs sont moins souples que les autres. Simon est donc obligé d'y rembourser les sommes qu'il y a retirées dans le cadre du régime d'accession à la propriété (RAP). Pour les 1200 $ supplémentaires qu'il y investit, il recevra cette année un remboursement d'impôt d'environ 785 $. Après l'abolition du crédit fédéral, en 2017, cette somme fondra à 570 $. C'est tout de même 180 $ de plus que dans un REER traditionnel, en raison du crédit provincial. « Mais les rendements sont moins avantageux, note Raphaël Hainault, conseiller et planificateur financier à la Financière des professionnels. Comme il est jeune, il sera pénalisé à long terme. Historiquement, le fonds de la FTQ obtient un rendement moyen inférieur de 4 % à la Bourse canadienne. »

Avec un produit offrant un rendement supérieur, Simon pourrait récupérer une somme équivalente en cinq ans, selon ses calculs. Ses économies pourraient aussi continuer de fructifier plus rapidement ensuite. « Les fonds de travailleurs sont plus intéressants pour les gens plus âgés, car l'argent y reste moins longtemps », note Pierre Renaud, spécialiste de la planification financière chez RBC Gestion de patrimoine.

De plus, il est impossible de retirer son argent d'un fonds de travailleurs pour l'investir ailleurs. En y déposant toutes ses économies, Simon ne peut donc pas ajuster ses placements à son profil. Les experts consultés lui recommandent de diversifier son portefeuille.

Le Régime enregistré épargne-études (REEE)

Le REEE est intéressant pour les parents, car les revenus générés sont à l'abri de l'impôt. De plus, il donne droit à des subventions des gouvernements fédéral et provincial en fonction du revenu familial. Isabelle, elle, a accumulé 11 500 $ pour ses filles de 10 et 8 ans et 4900 $ pour son garçon de 5 ans. « Si elle en a les moyens, l'idéal serait de mettre 2500 $ par année par enfant pour obtenir le maximum de subventions », suggère Pierre Renaud. Combien y déposer au total ? Le plafond de cotisations est de 50 000 $, mais il est difficile d'évaluer les besoins futurs réels des trois enfants. La durée et le lieu des études peuvent influencer grandement la facture. « Ça peut aller de 5000 $ à 10 000 $ par an », estime Maud Salomon.

Par ailleurs, si l'un des jeunes ne faisait pas d'études postsecondaires, Isabelle pourrait transférer certaines sommes aux deux autres. Elle pourrait cependant perdre une partie des subventions, si le plafond est atteint.

De plus, lorsque le transfert se fait d'un plus jeune vers un plus âgé, certains régimes collectifs exigent des dépôts supplémentaires.

« Généralement, les régimes collectifs sont moins souples, constate Maud Salomon, conseillère en sécurité financière et représentante en épargne collective rattachée à Mica Capital. Au moment de choisir un REEE, je recommande de vérifier les frais d'adhésion, les frais annuels, l'obligation ou non de déposer un certain montant, le choix de placements dans le REEE, les possibilités de transfert, les restrictions et les frais de fermeture. Ça varie d'une institution à l'autre. Cela vaut la peine de faire des recherches. »

Isabelle pourrait aussi récupérer une partie de l'argent. « Le parent peut aussi mettre une partie de l'argent dans son REER », précise Pierre Renaud. À condition d'avoir toujours des droits de cotisation inutilisés.

Régime d'encouragement à l'éducation permanente (REEP)

Le REEP sert, quant à lui, à financer un retour sur les bancs d'école. Il permet de retirer jusqu'à 10 000 $ de ses REER par an (et jusqu'à un maximum de 20 000 $) pour financer son retour aux études ou celui de son conjoint.

C'est la solution envisagée par Jonathan. Infirmier, il a commencé en janvier une formation à temps partiel pour devenir infirmier praticien spécialisé. Pour obtenir son diplôme plus rapidement, il compte étudier à temps plein à partir de septembre.

Il devra toutefois attendre sa confirmation d'inscription à temps plein pour retirer les sommes dans le cadre du REEP. Les étudiants à temps partiel ne sont pas admissibles (sauf les personnes handicapées). Jonathan n'a cependant pas à démontrer que l'argent servira à payer ses droits de scolarité, par exemple. « Il peut en faire ce qu'il veut », indique Maud Salomon.

Le remboursement des sommes doit commencer deux ans après le retrait (cinq ans si la personne est toujours aux études) et s'étale sur une période de dix ans.

« Il faut s'assurer de le faire, sinon un dixième du montant s'ajoute au revenu chaque année et devient imposable, précise Raphaël Hainault. De plus, ce droit de cotisation au REER sera perdu à jamais. »

Régime enregistré d'épargne-invalidité (REEI)

Le REEI est très méconnu. Caroline a questionné son conseiller à la banque et il ignorait ce que c'était. « Peu d'institutions l'offrent, note Raphaël Hainault. C'est un bon régime, mais les frais sont grands, étant donné le nombre de clients potentiels. »

Caroline a reçu récemment un héritage de 5000 $. Elle aimerait l'investir pour assurer l'avenir de sa fille Flavie, atteinte de dyspraxie sévère et d'épilepsie. Elle ignore si sa fille de 9 ans pourra lire, écrire et décrocher un travail un jour.

Compte tenu de son revenu familial net, elle pourrait obtenir un dollar en subvention pour chaque dollar versé à un REEI, jusqu'à un maximum de 1000 $.

« Il serait judicieux d'étaler les contributions pour aller chercher le plus de subventions possible, suggère Maud Salomon. Ou demander une rétroaction des contributions depuis la création du programme, en 2008, si l'enfant était diagnostiquée à cette date. »

Si une partie de l'argent n'est pas investie immédiatement, elle peut être placée dans un CELI en attendant. Les revenus générés seront à l'abri de l'impôt.

Si le revenu familial net de Caroline avait été inférieur à 87 123 $, elle aurait pu obtenir 3 $ pour chaque dollar versé, jusqu'à concurrence de 1500 $ par année. Puis 2 $ pour chaque dollar supplémentaire versé jusqu'à un maximum de 2000 $ de plus par année.

Par ailleurs, lorsque Flavie sera adulte, le calcul tiendra compte de ses propres revenus et de ceux de son conjoint (le cas échéant), plutôt que de ceux de ses parents. De plus, si elle bénéficiait de l'aide sociale, Flavie pourrait retirer jusqu'à 950 $ mensuellement de son REEI sans que ses prestations soient affectées.

Mais attention, lorsqu'un retrait est effectué dans un REEI, les subventions octroyées depuis moins de 10 ans doivent être remboursées au gouvernement à raison de 3 $ pour chaque dollar retiré, jusqu'à concurrence du total des sommes reçues au cours des 10 dernières années.

« À partir du moment où on a commencé les retraits, il n'est plus possible d'y investir à nouveau », ajoute Pierre Renaud.

*Les noms ont été changés




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