Partir dans un an à la retraite... oui ou non?

Avant de prendre sa retraite, Geneviève doit considérer... (PHOTO CHRISTIAN HARTMANN, REUTERS)

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Avant de prendre sa retraite, Geneviève doit considérer une chose importante: son travail actuel est-il agréable ou pénible?

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Annie Bourque

Collaboration spéciale

La Presse

Le 21 juin prochain marquera une date importante pour Geneviève, une gestionnaire qui travaille depuis sept ans pour un organisme du réseau québécois de la santé. Ce jour-là, elle célébrera son 60e anniversaire.

« J'ai envie de me faire un cadeau. J'aimerais travailler durant six mois après mon anniversaire et prendre ma retraite en décembre », raconte l'ancienne marathonienne.

Cependant, Geneviève est hésitante. « J'aime beaucoup mon travail et cela ne me dérangerait pas de reporter mon projet peut-être d'un an ou deux. »

La résidante de l'Estrie travaille à raison de trois jours par semaine pour un salaire annuel de 65 000 $.

« Pendant 18 ans, j'ai travaillé dans le domaine communautaire. J'ai eu la chance d'obtenir un poste au gouvernement il y a seulement sept ans », précise-t-elle.

Si elle quitte son travail en décembre 2014, Geneviève sait qu'elle recevra une rente de 15 728 $ provenant de sa caisse de retraite.

L'adepte de la simplicité volontaire a accumulé d'importantes réserves financières dans son régime enregistré d'épargne-retraite (REER) et n'a aucune dette.

Ses questions :

- Est-ce envisageable de prendre ma retraite compte tenu de mes revenus qui seront peu élevés ?

- Devrais-je attendre à 65 ans pour réclamer mes prestations de la Régie des rentes du Québec (RRQ) ?

- Dois-je privilégier l'achat d'une rente viagère ?

Portrait

Geneviève

59 ans

Gestionnaire dans le réseau de la santé

Revenu brut par année : 65 000 $

REER : 208 351 $

REER FTQ : 20 000 $

Épargne : 22 183 $

CELI : 11 000 $

Bien immobilier : copropriétaire d'une maison évaluée à 300 000 $ payée

*Frais de taxes, électricité, internet câble, cellulaire, déneigement, assurances maison et voiture, entretien du terrain et de la maison : 8779,52 $ par année

*Frais de nourriture : 5000 $ par an

Sorties : 1500 $ par an

Voyages : 1500 $

Dentiste, esthéticienne et coiffeur : 800 $ par année

Cadeaux : 600 $ par année

*Ces dépenses sont divisées en deux avec son conjoint

Des revenus de 55 000 $ assurés à sa retraite

Bonne nouvelle pour notre future sexagénaire : Geneviève peut prendre sa retraite en décembre 2014 compte tenu de son train de vie économe.

Le planificateur financier chez Investors Jacques Brouillard a soigneusement évalué son dossier. Dans son analyse, il tient compte de son actif financier et immobilier qui s'élève à 411 534 $.

« Geneviève pourra profiter d'un revenu total de 55 000 $ avant impôt, et ce, jusqu'à 90 ans, sans épuiser la totalité de son capital », explique-t-il.

Ses dépenses liées à son mode de vie (sans tenir compte de celles qu'elle partage avec son conjoint) atteignent 11 290 $. Un cas rare, selon lui. Même si ses dépenses grimpaient jusqu'à 20 000 $, Geneviève peut se permettre de dire bye-bye à son patron et à ses collègues de travail.

« Dès sa première année de retraite, Geneviève recevra 8331 $ de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et 15 728 $ provenant des prestations déterminées de sa caisse de retraite. »

Dès 65 ans, Geneviève aura droit à la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), soit un revenu de retraite annuel de 7739 $. « À cet âge, ses prestations déterminées diminueront toutefois à 12 927 $ compte tenu de la Régie des rentes du Québec. »

M. Brouillard n'exprime qu'un seul bémol. « Son mode de vie pourrait être grandement modifié si un coup dur survient, comme la mort de son conjoint. Inévitablement, Geneviève devra assumer une plus grande part de dépenses. »

Retraite à 60 ans

- 8331 $ de la Régie des rentes du Québec (RRQ)

- 15 728 $ du Régime de retraite du personnel d'encadrement (RRPE) ou caisse de retraite

- 55 000 $ : revenu total annuel avant impôt jusqu'à 90 ans

Retraite à 65 ans

- 14 326 $ de la RRQ

- 7739 $ de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV)

- 21 239 $ du Régime de retraite du personnel d'encadrement (RRPE)

- 80 000 $ : revenu total annuel avant impôt jusqu'à 90 ans

Travailler encore cinq ans de plus : 25 000 $ de plus chaque année

En reportant l'échéance de sa retraite à 65 ans, Geneviève pourra compter sur un revenu de 80 000 $ avant impôt, et ce, jusqu'à 90 ans. En comparaison, si elle part à 60 ans, la gestionnaire obtiendra 55 000 $. Une différence de 25 000 $, chaque année.

« Avant de prendre sa décision, Geneviève doit considérer une chose importante : son travail actuel est-il agréable ou pénible ? », demande Jacques Brouillard qui a enseigné en finances à HEC Montréal.

À chaque année supplémentaire de travail, Geneviève peut accumuler une épargne d'environ 34 000 $. En attendant, elle pourrait investir cette somme dans un régime enregistré d'épargne-retraite (REER), un compte d'épargne libre d'impôt (CELI) ou encore dans des placements.

Puiser dans ses REER 

Si Geneviève choisit de prendre sa retraite à 60 ans, devrait-elle attendre à 65 ans avant de recevoir sa Régie des rentes du Québec (RRQ) ?

« Habituellement, on a recours à la RRQ à 60 ans seulement si on a besoin d'un revenu. Dans sa situation, je lui conseille d'utiliser son REER. »

Une attente qui sera bénéfique pour elle. « Au lieu de recevoir une rente de 8331 $ à 60 ans, elle aura droit, à 65 ans, à 14 326 $ de la Régie des rentes du Québec », note M. Brouillard.

Un grand avantage 

Geneviève et son conjoint ont un point en leur faveur en n'ayant aucune dette. Auparavant, M. Brouillard a déjà donné une formation sur la planification de la retraite à des cadres du gouvernement fédéral. « Étonnamment, à quelques années de la retraite, la moitié d'entre eux avaient toujours des dettes importantes comme une hypothèque ou des paiements de voiture. »

M. Brouillard soutient que le cas de Geneviève est un bon exemple à suivre. « À 5 ou 10 ans de la retraite, l'objectif est de réduire le plus possible ses dépenses. »

Un but louable alors qu'en 2013, le taux d'endettement des ménages canadiens atteint des niveaux records.

Achat d'une rente viagère ? 

Dans sa lettre envoyée à La Presse, Geneviève se demande si elle devrait se procurer une rente viagère dont l'avantage est de recevoir une somme mensuelle fixe, et ce, peu importe les fluctuations du marché.

M. Brouillard conseille de bien magasiner la rente viagère qui s'achète auprès des compagnies d'assurances. « Pour une somme de 100 000 $, certaines accorderont 563 $ par mois et d'autres, 550 $. »

L'expert déplore toutefois un inconvénient majeur. « Si la personne meurt, la rente se termine et on ne laisse rien à la famille. »

Bien se préparer

Chose inéluctable, Geneviève prendra sa retraite d'ici quelques mois ou quelques années. Comment prendre une décision éclairée ? « On doit noter les côtés positifs et négatifs liés au fait de continuer ou non de travailler », explique Louise Poisson, coach chez Vézina, Nadeau, Labre.

La future retraitée doit aussi commencer à déterminer ses champs d'intérêt et ses projets en fonction de ses habiletés et aptitudes. « Si elle aime la cuisine, pourquoi ne pas songer à écrire un livre de recettes qu'elle pourra offrir à ses proches ? »

Même son de cloche chez la psychologue Dominique Champoux, de la firme Les Consultants Longpré et associés, qui estime important, voire essentiel, que Geneviève commence à penser à l'organisation de son temps libre. « Quels loisirs et activités vais-je pratiquer ? Comment structurer mes journées au quotidien ? » sont des questions à se poser avant de prendre une décision définitive.




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