Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Philippe Le Blanc, de Cote 100.Des valeurs sous-estimées

Publié le 13 oct. 2012
Stéphanie Grammond LA PRESSE

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Le rapport du Fond monétaire international (FMI) pour octobre 2012, publié cette semaine, a attiré notre attention. La prévision de la croissance économique mondiale pour 2013 a été révisée de 2% à 1,5 % pour les pays avancés. C'est une baisse importante. Pour les pays émergents, la prévision a diminué de 6,0 % à 5,6 %.

Cette donnée vient confirmer le scénario de croissance anémique que l'on voit pour les prochaines années. Les États continuent de rééquilibrer leur budget et de réduire leur dette, ce qui pèse lourd sur la croissance économique.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

On surveille l'endettement des États-Unis. En ce moment, la dette totale des États-Unis, incluant les dettes des gouvernements, des consommateurs et des entreprises représente à 329 % du produit intérieur brut (PIB).

Contrairement à la croyance populaire, la situation s'est nettement améliorée, surtout grâce aux désendettement des ménages. La dette atteignait 359 % du PIB il y a quatre ans, son plus haut niveau historique. Il reste cependant beaucoup de travail à faire, en particulier du côté du gouvernement, pour ramener la dette à un niveau soutenable, en bas 300 % du PIB. Cela prendra encore quelques années.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Je l'investirais à la Bourse, dans des secteurs plus défensifs qui devraient relativement bien faire, peu importe la conjoncture économique. Nous recherchons des entreprises en excellente santé financière qui peuvent traverser toute crise, sans difficulté. Nous essayons de profiter de la volatilité qui crée des occasions d'achat à des prix raisonnables. Idéalement, nous préférons des entreprises très présentes à l'international qui profiteront de la croissance plus élevée dans les pays émergents et dont le modèle d'affaires est protégé par des barrières à l'entrée élevées.

Des exemples? Du côté américain, je pense à MacDonald's (peu cyclique, potentiel de croissance très intéressant en Chine et en Inde, marque de commerce unique), Colgate-Palmolive (très peu cyclique avec la majorité des revenus provenant du dentifrice, plus de 75% des revenus à l'international) et Medtronic (chef de file des défibrillateurs et valves cardiaques, action bon marché à moins de 12 fois les profits).

Du côté canadien, nous sommes intéressés par Rogers Communications (bilan très solide, dividende en hausse, leader du sans fil), Canadien National (très efficace, pourrait regagner des parts de marché sur le camionnage avec le prix du pétrole élevé) et Metro (le meilleur opérateur dans l'épicerie au Canada, son titre reflète déjà les risques que représentent la concurrence accrue de la part de Target et Wal-Mart).

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Nous sommes très prudents face au marché obligataire, en particulier les obligations à long terme. Imaginez : une obligation 30 ans du gouvernement canadien procure un rendement de 2,4 %! Cela me paraît une façon plutôt certaine de s'appauvrir à long terme.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

Il y a beaucoup de pessimisme. De nombreux investisseurs ont lancé la serviette face à la Bourse. Ils semblent oublier que le marché boursier a très bien fait depuis la crise de 2008-2009. L'indice de la Bourse américaine, le S&P 500, a augmenté de 110 % depuis son creux de mars 2009. Nous sommes dans un marché haussier! Sur plusieurs années, le marché boursier pourrait surprendre agréablement les investisseurs.

Je pense aussi qu'on sous-estime la capacité des sociétés à créer de la valeur pour leurs actionnaires. De nombreuses entreprises continuent de dégager des liquidités excédentaires importantes qui servent à racheter des actions, à verser des dividendes croissants ou à faire des acquisitions. Pensons à deux exemples près de chez nous : Groupe CGI et Alimentation Couche-Tard.

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Philippe Le Blanc est président de Cote 100 qui fête son 25e anniversaire cet automne. L'entreprise familiale gère des actifs de 300 millions de dollars pour des investisseurs particuliers. Elle publie aussi une lettre financière et offre l'un des rares fonds RÉA II qui permet de profiter de l'avantage fiscal du Régime épargne-actions.