Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, François Bourdon, de Fiera Capital...

Publié le 8 sept. 2012
Stéphanie Grammond LA PRESSE

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Le discours de Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE), a démontré que la BCE va s'impliquer sérieusement pour améliorer la capacité de financement des pays européens en difficulté, comme l'Italie et l'Espagne. Cela réduit les probabilités d'une déconfiture de l'Europe qui étaient plus élevées il y a quelques semaines.

La BCE a annoncé un programme illimité de rachat de dettes publiques, jeudi. Les taux d'intérêt espagnols et italiens ont chuté, particulièrement ceux à court terme. Par exemple, les obligations italiennes de deux ans ont vu leur taux fondre de 2,36% à 2,13% durant la journée.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Nous allons surveiller l'évolution du commerce mondial (Baltic Dry Index, comptes courants, etc.). On veut comprendre quelle est la demande pour les biens dans le monde. Le commerce mondial est vraiment la clé de la croissance, dans un environnement où on a peu de croissance de la part des pays développés et où les pays émergents sont encore dépendants des exportations.

Si le commerce mondial ralentit, c'est vraiment crucial pour les profits des entreprises qui sont déjà allées au bout de leurs efforts pour augmenter leur marge de profit, en réduisant leurs coûts. Désormais, si on veut avoir une croissance des profits, il faudra avoir une croissance des ventes.

Nous aimerions assister à un renversement des exportations de la Chine, des États-Unis, de la Corée, de Taïwan, de Singapour... Mais ça ne pointe pas dans la bonne direction en ce moment. On est plutôt déçu.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

J'investirais un tiers dans l'or, un tiers dans les obligations de sociétés canadiennes et un tiers à la Bourse canadienne.

Tous les pays du monde veulent une devise faible. L'or devrait donc s'apprécier, car il joue le rôle d'une devise. Il joue aussi un rôle de protection quand la «fin du monde» peut survenir. Et l'or est utile pour contrer les pressions inflationnistes. Nous étions surpris que le prix de l'or reste autour de 1600$US l'once depuis six mois. Nous pensons qu'il pourrait grimper à environ 1800$US.

Quant aux obligations de sociétés, elles permettent d'obtenir un rendement courant et de diversifier son portefeuille. Et pour la Bourse, il y a trois éléments intéressants: la Bourse canadienne est composée de sociétés aurifères à 10%, les banques sont stables et les sociétés pétrolières sont bon marché.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Je ne toucherais pas à l'euro. Les risques sont assez importants. La croissance économique de la zone euro sera nulle au cours des cinq prochaines années. Les problèmes sont assez lourds. Une devise plus faible les aiderait à s'en sortir. À 1,26$US, c'est un bon moment pour s'en débarrasser, car l'euro pourrait descendre à 1,15$US.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

Les investisseurs sous-estiment l'impact de la ponction fiscale aux États-Unis, le fameux «fiscal cliff». Si le gouvernement resserre les rênes en janvier 2013 (réduction des dépenses, hausse des impôts, etc.), l'économie américaine retombera en récession. Les marchés savent que le «fiscal cliff» existe. Mais ça ne fait pas encore partie des éléments de discussion sérieux auxquels ils accordent une probabilité importante.Nous ne croyons pas que ça va se faire. Mais les Américains nous ont appris, avec l'histoire du relèvement du plafond de la dette, qu'ils vont attendre jusqu'à minuit moins cinq, ce qui va entraîner davantage de volatilité. Aussitôt qu'il y aura des discussions entre les deux belligérants, les marchés pourraient devenir plus nerveux.