Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Christine Décarie, du Groupe Investors...

Publié le 26 mars 2011
Stéphanie Grammond LA PRESSE

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Je trouve que la Bourse performe très bien compte tenu de toutes les nouvelles négatives. Les marchés demeurent à la hausse, malgré plusieurs événements inattendus : le séisme au Japon, l'intervention des Nations unies en Libye, les tensions au Yémen, l'aggravation de la crise des finances publiques au Portugal... En 2008, un seul événement de ce genre aurait fait chuter la Bourse de 10%! Aujourd'hui, la Bourse reste solide. Ça démontre qu'il y a beaucoup de résilience chez les investisseurs.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Nous avons toujours cru que l'économie ne retomberait pas en récession. Aujourd'hui, ce scénario se dessine de plus en plus clairement : nous sommes en reprise économique. Mais il va falloir que le marché du travail continue de s'améliorer pour maintenir le rythme. Il faut s'assurer qu'il y a de la création d'emplois aux États-Unis. Il faut que le secteur privé prenne le relai, que les entreprises réembauchent. Déjà, le nombre d'heures travaillées est en hausse. C'est un bon signe.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Présentement, j'irais vers le marché américain. Pour les investisseurs canadiens, la Bourse américaine a un goût très amer, pas seulement à cause de sa mauvaise performance depuis 10 ans, mais aussi à cause de la devise qui a empiré le rendement. Les Canadiens ne voient plus le potentiel. Pourtant, le marché américain est bien moins cher. Il n'est plus rare de voir des sociétés canadiennes qui se négocient à prime par rapport à des comparables américains. On le voit dans le secteur des médias, du transport ferroviaire, de l'aérospatiale, de l'assurance, de l'alimentaire... C'est surprenant. Ce n'était vraiment pas comme ça il y a 10 ans.

En plus, les 500 grandes sociétés de l'indice de la Bourse américaine tirent 35% de leurs profits de l'extérieur du pays. Donc, en investissant aux États-Unis, on investit partout dans le monde.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Plusieurs sociétés ont émis des débentures convertibles avec une prime de conversion de 50 ou 60%. Ça me surprend beaucoup parce qu'avant, on parlait plutôt de prime de l'ordre de 20 à 30%.

Mais il y a beaucoup de demande. Les particuliers en achètent parce qu'ils cherchent des titres qui versent des revenus courants. Les débentures versent des revenus d'intérêt, tout en donnant une option de convertir en actions de la société si le titre monte au-delà d'un certain pourcentage. Cela permet de profiter de la hausse de la Bourse.

Mais quand la prime est trop élevée, il faut que le titre monte beaucoup pour pouvoir convertir les débentures. Je trouve que c'est chèrement payé. Dans cinq ans, on s'apercevra que ce n'est pas un placement si extraordinaire.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

La surprise qu'on a eu en 2009-2010, c'est que les profits des entreprises ont été plus élevés que prévu. Peut-être que la surprise qu'on aura en 2011, c'est que les profits vont être encore plus forts.

Présentement, tout le monde tempère les prévisions de profits. Mais il me semble que les sociétés ont encore beaucoup de capacité d'augmenter leur rentabilité. Et je ne suis pas sûre que cela se reflète dans les marchés, sinon les multiples ne seraient pas aussi bas.

Par ailleurs, avec toute l'incertitude au Japon et ailleurs dans le monde, je pense que les gens ont oublié que les taux d'intérêt vont remonter. Il ne faut pas investir dans les revenus fixes en pensant que ce n'est pas dangereux. Aujourd'hui, je pense que les obligations sont bien plus dangereuses que les actions.