Depuis l'entrée en vigueur de la réforme de la Loi sur la protection du consommateur, l'été dernier, les frais cachés, c'est fini! Les commerçants doivent annoncer des prix «tout compris» qui intègrent tous les frais, surcharges, etc. Tout sauf les taxes.

Publié le 19 mars 2011
Stéphanie Grammond LA PRESSE



L'industrie automobile, particulièrement visée par cette nouvelle mesure, a amélioré ses pratiques publicitaires. Dans les journaux, la majorité des constructeurs présentent des prix qui incluent désormais les frais de transport et de préparation. Bravo! Mais il reste du chemin à faire, notamment sur l'internet.

Sur leur propre site web, plusieurs constructeurs n'ont pas la même conduite. Plusieurs affichent encore des prix dégraissés, comme l'a constaté André Villeneuve en magasinant un véhicule neuf.

Par exemple, sur le site de Toyota, on annonce une RAV4 à partir de 24 595$. En cliquant sur l'avertissement légal, une fenêtre s'ouvre et nous apprend que ce prix n'inclut pas les frais de transport et de préparation de 1560$.

Sur le site de Honda, la Civic est annoncée à partir de 14 990$, mais ce prix ne comprend pas les frais de préparation et de transport, les taxes, les redevances, les droits...

Or, les règles sont les mêmes que le commerçant annonce sur l'internet, dans les journaux, à la télé ou sur un panneau réclame, affirme Jean Jacques Préaux, porte-parole de l'Office de la protection du consommateur (OPC).

Dans la mesure où la publicité ne respecte pas la loi, M. Villeneuve se demande quels sont ses recours: «Si je signe un tel contrat, puis-je réclamer ces montants aux petites créances?»

Oui, répond M. Préaux. Si le commerçant vend un produit à un prix plus élevé que celui qu'il annonce, cela ouvre la porte à un recours devant les tribunaux. Le consommateur peut aussi se plaindre à l'OPC qui peut rappeler un commerçant à l'ordre.

Cette semaine, l'OPC a justement déposé 17 chefs d'accusation contre Air Canada «pour avoir exigé des consommateurs des prix supérieurs à ceux annoncés dans ses messages publicitaires. Si le transporteur était déclaré coupable de tous les chefs d'accusation, il devrait payer des amendes totalisant au moins 42 670$», note l'Office.

Pub déroutantes

Même si la publicité automobile s'est assainie, il reste encore trop de pubs déroutantes, estime George Iny, porte-parole de l'Association pour la protection des automobilistes (APA). Voici quelques cas:

> Le modèle illustré n'a rien à voir avec le prix annoncé. Au lieu d'un modèle annoncé 24 790$, la photo d'une Mazda 6 correspond à la version qui coûte 38 390$, rapporte M. Iny.

> Le modèle de base n'est pas disponible. Une fois chez le concessionnaire, les gens devront opter pour une version plus coûteuse.

> Les pubs de véhicules de luxe mettent souvent en évidence des mensualités d'environ 500$. Mais cela tient compte d'un versement initial assez élevé. Par exemple, la Mercedes GLK est à 468$ par mois... avec un acompte de 6495$. Et l'Infiniti coupé G37 est à 419$ par mois... avec un acompte de 7931$. Un conseil: pour une location, magasinez en fonction d'un acompte zéro pour faciliter les comparaisons.

> En utilisant un taux variable pour le financement, les constructeurs peuvent présenter des mensualités plus faibles. Mais le consommateur doit être conscient du danger d'une remontée du taux d'intérêt, et de ses paiements, surtout sur un contrat aussi long que sept ans.

Aussi, il faut savoir que l'institution qui finance le véhicule verse au concessionnaire une commission plus élevée s'il réussit à faire avaler un taux d'intérêt plus haut au client. Exemple: à un taux de 4,25%, la commission sera de 350$, à 5,25% elle sera de 600$. La commission ne «devrait pas être calculée sur une échelle en fonction de l'abus qu'on fait du consommateur», dit M. Iny. Conseil: magasinez le prix total, ensuite vous discuterez du taux de financement.

> Pour réduire artificiellement les prix, certaines pubs présentent des paiements aux deux semaines. Pour l'Equinox, Chevrolet présente un financement à l'achat sur 84 mois (sept ans) à 151$ aux deux semaines. Vite, vite, on multiplie par deux pour évaluer la mensualité... mais c'est une erreur, car il y a un peu plus que quatre semaines dans un mois.

> Les concessionnaires offrent parfois un vélo, des billets d'avion ou d'autres cadeaux pour attirer la clientèle. Souvent, ce n'est que de la poudre aux yeux. Le cadeau est impossible à utiliser ou sa valeur est masquée dans le prix de la voiture. Conseil: pour connaître le prix coûtant de chaque véhicule, consultez le site web de l'APA (de 25$ à 30$).

> Apparition de frais administratifs. Dans le cadre d'une enquête menée pour le spécial auto de Protégez-Vous, l'APA a constaté que certains concessionnaires Chrysler dans la région de Montréal ont instauré des frais de 349$ qui s'ajoutent à l'achat d'un véhicule. N'embarquez pas là-dedans!