Le rendez-vous annuels des résultats de fin d'exercice parmi les banques canadiennes se déroulera au cours des deux prochaines semaines.

Martin Vallières LA PRESSE

Encore une fois, les gros montants de profits milliardaires ne manqueront pas d'agacer l'opinion publique. Mais les investisseurs en actions de banques, eux, chercheront davantage vers le potentiel d'amélioration de leurs résultats à moyen terme.

Car de l'avis d'analystes, la période de redressement marqué des bénéfices des banques après la grave crise financière d'il y a deux ans tire à sa fin.

De plus, la conjoncture de reprise économique au Canada et aux États-Unis ramollit à vue d'oeil, ce qui augure mal pour le volume des activités de base des banques en financement et en gestion de patrimoine.

«Malgré les bons résultats attendus durant le 4é trimestre, l'environnement économique et financier demeure très instable. Pour les banques canadiennes, ça pourrait limiter leur potentiel de croissance interne et ralentir la croissance de leurs bénéfices durant les deux prochaines années», souligne Michael Goldberg, analyste principal des banques chez Valeurs mobilières Desjardins, à Toronto.

Selon le recensement de l'agence Bloomberg auprès des analystes, la croissance de bénéfice net parmi les banques devrait ralentir autour de 15% lors de leur prochain exercice 2011.

Si elle s'avère, une telle croissance serait inférieure de moitié à celle attendue pour tout l'exercice 2010, qui s'est terminé le 31 octobre dernier.

D'ailleurs, une croissance de 15% du bénéfice net est déjà pressentie par les analystes pour le seul quatrième trimestre 2010.

Ce trimestre devrait confirmer la fin des facteurs de sortie de crise financière qui, depuis un an, ont favorisé le redressement des profits des banques.

D'une part, leurs activités de commerce de valeurs mobilières ont profité des tumultes des marchés à la fin de 2009 et en début de 2010 pour rehausser considérablement leur apport aux résultats d'ensemble.

Cet avantage temporaire qui s'est beaucoup amenuisé depuis le mi-exercice 2010. Mais il pourrait se raffermir avec un regain des activités de fusions et acquisitions d'entreprises.

D'autre part, les banques canadiennes ont profité d'une conjoncture économique moins pire au Canada par rapport aux États-Unis pour accélérer la réduction de leurs provisions pour pertes sur prêts.

Et comme ces provisions constituent une ponction au bénéfice, leur réduction plus rapide qu'anticipée a servi de propulsant majeur au redressement des résultats après la crise financière.

Mais là aussi, notent les analystes, il s'agit d'un avantage conjoncturel des banques canadiennes qui tire à sa fin.

«La réduction des provisions pour pertes sur prêts a le plus contribué au regain des profits en 2010. Elle aura encore un impact positif à court terme, mais de moins en moins important », soulignait Peter Routledge, analyste principal des banques à la Financière Banque Nationale, dans un récent rapport.

Dividende

Dans ce contexte, quels arguments restent-ils aux banques canadiennes pour convaincre les investisseurs d'acheter et de conserver leurs actions ? Et maintenir aussi leur valeur boursière ?

À parcourir les rapports d'analystes, la réponse prioritaire se résume à un mot : dividende!

Plus exactement : la possibilité de plus en plus forte que les banques relancent la croissance de leur dividende au cours des prochains trimestres.

Une telle décision mettrait fin à la plus longue pause - deux ans - de hausse de dividende parmi les banques en un demi-siècle!

«Les éléments fondamentaux des banques canadiennes sont forts et leur valeur boursière demeure attrayante. Mais je m'attends à ce que les hausses de dividende soient le principal vecteur de valorisation additionnelle en Bourse», selon Kevin Choquette, analyste principal des banques chez Capitaux Scotia.

Parmi les analystes, les banques Nationale et TD sont pressenties premières en piste pour relancer la hausse de dividende d'ici un à deux trimestres.

«Les investisseurs peuvent anticiper une hausse de l'ordre de 7 à 8% », estime Mario Mendonca, analyste des banques chez CanaccordGenuity, dans son récent aperçu des résultats de fin d'exercice.

De passage à Montréal, jeudi, le président et chef de la direction de la banque TD, Ed Clark, a confirmé qu'une révision de dividende était prévu «à la fin du premier trimestre 2011», c'est-à-dire en janvier prochain.

Son homologue à la Banque Nationale, Louis Vachon, a aussi déjà fait des commentaires en faveur d'une révision prochaine de dividende.

Pour la suite, les analystes anticipent de telle annonce de la part de la banque Royale et des deux principales banques régionales: la Laurentienne au Québec et la Canadian Western dans l'Ouest du pays.

Les autres banques canadiennes pourraient leur emboîter le pas vers la fin de 2011 et le début de 2012.

Capitalisation

De l'avis d'analystes, un autre attrait particulier des banques canadiennes pour les investisseurs boursiers a trait à leur réserve de capitaux, qui est très avantageuse par rapport à leurs vis-à-vis américaines et européennes.

Cette bonne capitalisation a déjà permis aux banques canadiennes d'affronter les effets de la crise financière de l'automne 2008 avec beaucoup moins de dommages à leur bilan et à leur réputation.

Et maintenant que s'amènent des normes bancaires plus sévères au niveau mondial, selon l'accord Bâle III et les priorités des chefs d'État du G20, les banques canadiennes jouissent d'une longueur d'avance en matière de capitaux propres.

Selon un estimé de la firme Barclays Capital, le montant de «capital excédentaire» parmi les six principales banques en fonction des prochaines normes pourrait totaliser les 35 milliards.

«Ces normes de capitalisation plus élevées ne sont plus un problème pour les banques canadiennes», constatait aussi l'analyste Peter Routledge, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport publié plus tôt cet automne sur l'impact de Bâle III au Canada.

Toutefois, il n'est encore aucunement question pour ces banques qu'elles puisent dans ces excédents de capitaux propres.

Du moins, tant que la conjoncture économique et financière ne sera pas beaucoup mieux rétablie, a déjà avertit le Surintendant fédéral des institutions financières.

Mais en dépit de cette prudence imposée, des banques ont conservé une marge de manoeuvre financière pour des acquisitions dans des secteurs prioritaires de croissance, comme la gestion d'avoirs financiers.

L'annonce lundi dernier de l'offre de 2,3 milliard par la banque Scotia pour l'achat complet de la firme de fonds d'investissement DundeeWealth, de Toronto, est un exemple éloquent.

Par ailleurs, les analystes s'attendent à voir les banques TD, Royale et de Montréal (BMO) effectuer d'autres acquisitions ciblées aux États-Unis, dans les régions où elles sont déjà implantées.

Les banques canadiennes ont deux atouts conjoncturels en mains pour magasiner au sud de la frontière.

D'une part, le taux de change avantageux du dollar canadien leur procure plus de pouvoir d'achat en dollars américains.

D'autre part, le milieu bancaire aux États-Unis, très fragmenté par rapport au Canada, recèle d'actifs encore très dépréciés par la crise financière et la récession.