Toytoy, chaise d'enfant en carton (la chaise, pas l'enfant), est l'antithèse de la boîte d'emballage. Le contenant est le contenu, et vice versa.

Marc Tison LA PRESSE

C'était d'ailleurs l'objectif de Salomé Strappazzon et Mikael Mourgue. Les regards candides de leurs mignonnes jumelles de 2 ans, en contraste avec les durs effets de la crise économique, leur ont inspiré en 2009 une réflexion sur le caractère pernicieux de la surconsommation.

Le résultat prend la forme d'une petite chaise facilement recyclable, fabriquée en carton ondulé double paroi recyclé, imprimée avec une encre à l'eau, et de surcroît fabriquée localement. Que de vertus!

Mikael Mourgue, designer graphique de son métier, voulait une chaise simple, taillée d'une seule pièce dans un rectangle restreint, et qui se monte en repliant l'un contre l'autre ses rabats, sans ajout ni collage. Il y a une satisfaction esthétique dans ce genre de performance géométrique.

«La grande difficulté était que ça paraisse simple, décrit Mikael Mourgue. On y a mis six mois et des vingtaines de prototypes. C'est un peu comme un origami japonais. On enroule la chaise et elle vient se bloquer.»

Deux panneaux verticaux se replient sous l'assise pour former, avec le panneau avant, un solide triangle structural. La chaise est conçue pour les enfants de 2 à 4 ans, mais elle peut supporter 80 kg, assure son concepteur.

Le carton à plat mesure 90 cm sur 120 cm. Il se vend replié en trois, dans un format d'environ 90 cm sur 45 cm, au prix de 19,99$.

L'ergonomie, pour sa part, est un peu... carrée. Le dossier parfaitement vertical ne montre aucun angle de confort: c'est une boîte cubique dont trois faces se prolongent. Mais le dossier ploie légèrement et se conforme au dos, répond Mikael Mourgue.

À cet égard, le professeur en design de l'environnement à l'UQAM André Desrosiers se montre indulgent: «Les enfants ne travaillent pas assis toute la journée...»

Offerte en rouge, bleu ou jaune, dans un motif géométrique et animalier, Toytoy est imprimée à plat sur un seul côté, de telle sorte que si le succès venait, elle pourrait être produite sur rotatives à raison de milliers d'unités à l'heure.

On est encore loin d'une telle frénésie, mais Mikael Mourgue est fier d'annoncer qu'il venait de conclure une entente avec les magasins De Serres.

Les deux conjoints font néanmoins face à un défi de taille: «En Amérique du Nord, les gens n'apprécient pas beaucoup le carton comme matériau noble, ce qui est plus fréquent en Europe», observe Madeleine De Villers, présidente des magasins de décoration Zone.

Développement durable, mobilier jetable?

Un mobilier en carton se justifie quand une fonction ludique lui est associée, observe André Desrosiers - ce que les créateurs de la chaise Toytoy ont bien compris. Les chutes de découpe sont utilisées pour former un petit jeu d'assemblage de 21 pièces. «Je l'ai vu avec mes filles, relate Mikael Mourgue: les enfants vont porter les chaises comme des escargots, les aligner comme un train, y mettre leurs poupées et leurs doudous...»

Par ailleurs, les meubles en carton se prêtent bien aux usages temporaires - Mikael Mourgue cite l'exemple d'une commode en carton pour les étudiants qui emménagent à répétition pour de courtes durées.

Justement, André Desrosiers a donné l'automne dernier à ses étudiants un projet de design de meubles de carton. Dans cet esprit d'un usage restreint dans le temps, Alexandre Hupé a proposé un fauteuil pour le Dîner en blanc de Montréal, happening élégant sur un thème immaculé qui ne doit laisser aucune trace de son passage. D'autres étudiants ont réussi à intriguer et à conférer de l'élégance à ce matériau négligé.

«J'ai été étonné de la qualité du travail», a dit Madeleine de Villers, que ses réticences à l'égard du mobilier de carton n'avaient pas empêchée d'accorder des bourses de 500$ aux six projets les plus méritants. «Ils sont arrivés avec des projets réalistes.»

Les étudiants ne manquent pas d'idées dans leurs cartons.