Ils voulaient mettre le doigt sur le bobo. Finalement, ils y ont mis toute la main.

Pour réduire les troubles musculo-squelettiques à l'avant-bras, Mark Bajramovic et Oren Tessler proposent une souris réduite à ses plus simples éléments électroniques, qui se porte comme un gant. Littéralement.

Ils en ont eu l'idée alors qu'ils étaient étudiants au MBA à l'Université Concordia. Mark Bajramovic consacrait alors 12 heures par jour à son ordinateur. Celui-ci le lui a mal rendu, en provoquant une LATR (lésion attribuable au travail répétitif), à cause de l'usage immodéré de la souris. Seul remède: un mois de repos.

Cette privation de clics a été le déclic d'une réflexion sur l'ergonomie de la souris et sur ses effets sur le poignet.

La main s'appuie sur la souris traditionnelle en formant un angle de 20° avec l'avant-bras, explique Mark Bajramovic. Les micro-déplacements de la souris se font avec un pivot latéral de la main, ici encore selon un angle de 20°. Or, ces mouvements et postures angulaires induisent à la longue des blessures en «ite».

Mark Bajramovic et Oren Tessler proposent de la remplacer par un gant en tissu extensible. Le détecteur optique y est fixé sous la paume, à la base du pouce. Les deux boutons miniaturisés sont maintenus par de petites bandes sous la dernière phalange de l'index et du majeur. La pile et le module de communication sans fil sont placés sur le dos de la main.

Ainsi gantée, la main peut reposer sur la surface de travail dans une position naturelle, non contrainte. Une simple pression des doigts permet de cliquer.

«La force provient du coude plutôt que de la main, soutient Mark Bajramovic. Et ça change complètement la façon dont on s'assoie et on bouge sa souris.»

Dès que la main quitte la surface de travail, le détecteur optique perd son contact et désactive la souris. On peut alors taper au clavier, écrire au stylo ou aller se chercher un café sans retirer le gant.

Les deux amis ont consacré six ans et plus d'un demi-million de dollars à la mise au point de leur AirMouse. Ils ont même participé à l'émission Dragon's Den, sur CBC, dans laquelle des entrepreneurs tentent de convaincre un jury de leur confier du capital de risque.

«Au total, 90% du travail a été fait à Montréal», indique Mark Bajramovic, avec des consultants comme le designer de mode Patrice Soku, le prototypiste Mechart, ou le graphiste Riccardo Cellere.

Un quatrième prototype est en cours de fabrication. Il sera suivi d'ici trois mois par la production de 250 à 500 échantillons préliminaires.

Efficace?

Un concept prometteur? Steve Vezeau, ergonome et professeur à l'École de design de l'UQAM, reconnaît que l'AirMouse atténue la contrainte d'extension du poignet. Mais il doute que le travail de précision à la souris, qui sollicite la musculature fine de la main et du poignet, puisse être faite par le bras.

Alain Delisle, professeur à la Faculté d'éducation physique et sportive de l'Université de Sherbrooke et auteur de recherches sur le travail à l'ordinateur, montre lui aussi une certaine réserve. «À première vue, l'idée semble intéressante, commente-t-il. Toutefois, le changement de posture par rapport à une souris standard n'est peut-être pas suffisant pour entraîner des effets réellement importants.»

Il n'écarte pas la possibilité qu'avec le gant, la maîtrise des déplacements relève davantage de l'épaule, d'où de plus grandes contraintes de ce côté.

Mark Bajramovic assure pour sa part que la souris-gant a été testée par une centaine de personnes, et qu'elle réduit bel et bien les mouvements causant le syndrome du canal carpien.

Il faudra attendre encore quelque peu avant d'y mettre la main. La souris AirMouse devrait trottiner sur les tablettes dans six à huit mois, au prix de 129$US.