Si jamais l'émetteur de votre carte de crédit vous offre une assurance-solde, il vaut probablement mieux lui répondre : «non merci!»

Mis à jour le 28 févr. 2010
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Ces programmes sont «sans intérêt», selon Option Consommateurs. «Ça coûte extrêmement cher pour une protection très limitée. Les gens sont mieux de s'en passer», considère Stéphanie Poulin, avocate pour l'organisme de défenses des consommateurs.

C'est justement le réflexe qu'a eu Simon Larose. Lors du renouvellement de sa carte de crédit MasterCard Banque Nationale, un représentant lui a vanté les mérites de l'assurance-solde.

Bien loin d'accepter sa proposition, M. Larose a plutôt tenté de lui prouver que l'assurance solde est «extrêmement coûteuse et qu'elle devrait être dénoncée, expliquée au grand public, et peut-être même encadrée par le gouvernement».

Il faut savoir que tous les émetteurs de cartes de crédit offrent ce genre d'assurance qui permet aux détenteurs d'oublier leurs dettes s'ils perdent leur emploi ou sont atteints d'un cancer, par exemple.

Pour être couverts, les détenteurs doivent payer une prime qui varie chaque mois. Cette prime est établie en fonction du solde à la date du relevé (la prime s'applique même pour ceux qui remboursent leur carte au complet tous les mois).

Le coût de la prime varie entre 29 cents et 1,49$ par tranche de 100$ de solde. Mais le plus souvent, elle se situe autour de 95 cents, selon les données compilées par l'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC).

L'ACFC met d'ailleurs le public en garde : les primes d'assurance-solde peuvent s'accumuler vite. Par exemple, si votre solde mensuel se situe à 1000$, il vous en coûtera 9,50$ par mois, soit 114$ par an. Pour un solde de 10 000$, la facture annuelle s'élèvera à 1140$.

En fait, la prime d'assurance-solde représente des frais annuels de près de 12%... qui s'ajoutent au taux d'intérêt de 19,50% imposé à ceux qui ne paient pas leur compte en entier.

Bref, l'assurance-solde coûte cher. Et elle ne couvre pas toujours autant qu'on le pense. Prenons le programme de la Banque Nationale offert à Simon Larose, moyennant 99 cents par tranche de 100$.

L'assurance effacera le solde, si le titulaire de la carte décède ou s'il est atteint d'un cancer. Toutefois, le programme s'applique seulement lorsqu'il s'agit d'un premier diagnostic. Et il ne couvre pas certaines formes de cancer à un stade précoce et certains cancers de la peau.

Dans le cas d'une invalidité ou d'une perte d'emploi, l'assurance ne rembourse pas le solde d'un coup sec.

Le programme assure seulement un paiement minimal de 5% ou 10$ par mois, selon le plus élevé des deux. Pour un titulaire qui a un solde de 1000$ sur sa carte, l'assurance fera un paiement de 50$ par mois, par exemple. Au bout d'un an, cela équivaut à 600$.

Mais attention, pour être considéré invalide, l'assuré doit avoir besoin de «soins médicaux continus».

Et en cas de perte d'emploi, l'assurance ne s'applique pas si le détenteur de la carte avait un emploi à temps partiel, temporaire, saisonnier, ou encore s'il travaillait à son compte.

Pas d'assurance non plus lorsque la perte d'emploi résulte d'un conflit de travail (grève, lock-out) ou d'un congédiement, c'est-à-dire lorsque l'employé est mis à la porte à cause de son propre comportement (erreur, incompétence, insubordination, etc.) plutôt que pour des raisons strictement économiques, comme c'est le cas lors d'un licenciement.

Malgré tout, l'assurance-solde est un produit de dépannage valable qui répond à un besoin exprimé par les jeunes familles, les travailleurs autonomes et les personnes à faibles revenus qui n'ont pas accès à une assurance autrement, explique la porte-parole de la Banque Nationale, Joan Beauchamp.

Elle ajoute que plusieurs clients ont bénéficié de la protection, après avoir perdu leur emploi en 2009, à cause du contexte économique difficile.