Lorsque Nicole nous a écrit, un de ses deux emplois allait disparaître. Âgée de 58 ans, elle occupait deux postes de comptable à temps partiel, à raison de deux jours par semaine chacun. «Je perds donc un emploi de 18 000$ par année», décrit-elle. Avec son autre emploi et les contrats qu'elle complète comme travailleuse autonome, elle gagnera encore 50 000$ par année.

Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Son conjoint Charles, âgé de 57 ans, est copropriétaire d'un petit commerce avec son frère. Il y consacre plus de 60 heures par semaine pour un salaire de 35 000$, soit environ 12$/h. Il touche également des dividendes de quelque 8000$ par année en moyenne.

«Il a eu des problèmes de santé dernièrement et voudrait bien diminuer sa semaine de travail pour que nous puissions profiter de la vie avant qu'il ne soit trop tard», confie Nicole.

Ils espèrent ralentir le rythme dès 60 ans.

«Ce que nous souhaitons, c'est une semi-retraite qui nous permettrait de voyager, continue-t-elle. Tant que nous conserverons deux voitures, nous avons besoin d'environ 35 000$ net par année pour subvenir à nos besoins sans tenir compte du coût des voyages.»

Ces voyages, prévus de 2011 à 2020, ajouteraient 15 000$ au budget.

Pour y parvenir, Nicole compte sur 125 000$ en REER, ainsi que sur la maison familiale de 200 000$ et sur un édifice de 360 000$, dont la partie commerciale est occupée par le magasin de Charles et de son frère.

Charles détient environ 118 000$ en REER. Il céderait probablement à son frère sa part du commerce à la valeur comptable, soit 40 000$. Sinon, il la vendrait sur le marché pour 60 000$. Si nécessaire, il pourrait facilement trouver un emploi à temps partiel dans un magasin grande surface.

«Est-ce un rêve?»

Tests de rêves

Notre spécialiste en analyse de rêve, cette semaine, est Gaétan Veillette, planificateur financier au Groupe Investors.

Il a d'abord calculé combien notre couple gagne, maintenant que Nicole a perdu l'un de ses deux emplois. Si on tient compte des 33 000$ qu'elle touche en revenus de location pour son immeuble, ses revenus annuels atteindront 83 000$ en 2010. Charles y ajoutera 43 000$ en salaire et dividendes, pour un total familial de 126 000$ par année.

Notre planificateur a ensuite établi les paramètres du projet de notre couple. Il suppose une inflation de 3% et un rendement de 6% sur les épargnes. Nicole et Charles prendront une retraite partielle lorsqu'ils atteindront 60 ans, soit en 2011 pour la première et en 2012 pour le second. Charles vendra alors sa part du commerce. Une vente à la juste valeur marchande lui rapporterait un gain en capital estimé à 65 000$.

Avec les contrats et les revenus de location de Nicole et l'éventuel travail de commis à temps partiel de Charles, ils combineraient alors des revenus annuels de 86 000$.

Ce régime perdurera jusqu'en 2020, alors qu'ils prendront enfin une retraite bien méritée. Leurs revenus de toutes provenances, rentes publiques comprises, totaliseront alors 69 000$. Pour assumer leur coût de vie, ils devront décaisser 20 000$ par année de leurs épargnes de retraite. Nicole en profitera pour vendre son immeuble locatif, ce qui ajoutera 447 000$ avant impôt à leurs liquidités.

Selon ce scénario, le patrimoine net du couple atteindrait 1,53 million$ en 2030.

Ce jalon, qui correspond à leurs 78e et 79e anniversaires, permet de comparer les effets d'un second scénario. Dans celui-ci, les deux conjoints cesseraient tous deux de travailler à 65 ans. Nicole vendrait son immeuble locatif en 2012 plutôt qu'en 2020. Comme dans le premier scénario, Charles céderait son commerce en 2012. Avec le dividende de l'année, il serait alors en mesure de verser jusqu'à 77 500$ dans son REER.

Cette fois, en 2030, le patrimoine net se chiffrerait à 1,44 million$.

«En somme, si Nicole travaille quatre années supplémentaires à demi-temps, et Charles trois ans supplémentaires à demi-temps, l'enrichissement du patrimoine net sera d'environ 90 000$ en 2030», commente Gaétan Veillette. «Est-ce que cette différence justifie le travail additionnel requis? Maintenant que l'on comprend les impacts, il s'agit d'un choix discrétionnaire du couple.»

Dans l'un ou l'autre scénario, le patrimoine à 90 ans n'est pas encore épuisé, et demeure suffisamment garni pour prévenir quelques mauvaises surprises.

Bref, c'est un rêve... réalisable.

LE PROBLEME: LES DONNÉES

PROBLEME: Nicole perd un de ses emplois. Charles travaille trop et a connu des ennuis de santé. Âgés de 57 et 58 ans, peuvent-ils songer à une retraite partielle dans deux ans? Ils voudraient maintenir des dépenses de 50 000$ par année, dont 15 000$ pour voyager en Europe.

LES PARAMÈTRES

Nicole, 58 ans

Revenus avant perte d'un emploi: 70 000$

REER: 125 000$

Immeuble locatif: valeur de 360 000$

Solde hypothécaire: 40 000$

Revenus de location: 33 000$

Résidence familiale: 200 000$, libre d'hypothèque

Charles, 57 ans

Copropriétaire d'un commerce

Salaire: 40 000$

Revenus de dividende: 8000$

REER: 118 000$

Valeur comptable de sa part du commerce: 40 000$

LA RÉPONSE

S'ils travaillent tous deux à temps partiel entre 60 et 69 ans, ils atteignent leur objectif. Même résultat s'ils cessent plutôt à 65 ans, avec toutefois un patrimoine moins généreux. Au choix.

CITATION:«Ils ont une perspective d'autonomie dans la mesure où les prémisses sont bonnes.»