Pour Clément, le moment est venu, à 28 ans, de s'acheter une maison. Ou à tout le moins d'en planifier l'achat pour 2010. Il vise une propriété de 185 000$ et s'est assuré de pouvoir obtenir un prêt correspondant de son institution financière.

Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Car ce jeune homme, qui travaille depuis l'âge de 20 ans, est de nature prévoyante. «J'ai toujours essayé de mettre de l'argent dans mes REER et autres produits financiers sans avoir de but précis, simplement parce que tout le monde nous répète qu'il est important d'économiser pour nos vieux jours», explique-t-il.

 

Dans le cadre d'un programme REER offert par son premier employeur, il a acheté des actions du Fonds de solidarité FTQ, qui valent maintenant autour de 10 000$.

Il a quitté cet emploi et a pris une année sabbatique (soigneusement planifiée) afin de voyager et dénicher du travail dans sa région d'origine. «Je me suis trouvé un autre emploi avant la fin de ma sabbatique, ce qui me laisse les 13 000$ que j'avais amassés pour mon congé», souligne-t-il.

L'amie de Clément, Catherine, achève ses études avec des dettes d'environ 11 000$ et ne peut donc contribuer au projet.

Pour éviter de payer une prime d'assurance hypothèque à la SCHL, qui aurait pu atteindre 5000$, Clément veut verser une mise de fonds de 20%, soit 37 000$ pour une propriété de 185 000$. Il y emploierait une partie des 13 000$ destinés d'abord à son année sabbatique.

Grâce au régime d'accession à la propriété (RAP), il retirerait également 25 000$ sur les 37 000$ qu'il détiendra alors en REER. De cette somme, 10 000$ proviendraient du Fonds de Solidarité FTQ.

Un beau plan. Sauf que...

Renversement de situation

«Une certaine caractéristique du Fonds FTQ obligera Clément à revoir ses plans de financement», souligne le planificateur financier Pierre Renaud, de Gestion de patrimoine Groupe Scotia.

Il est possible, en effet, de retirer des sommes d'un fonds de travailleurs en vertu d'un RAP, mais il faut d'abord avoir utilisé à cette fin tous ses autres REER. On doit en outre s'engager à les rembourser au fonds.

«Il ne faut pas oublier que les cotisations au Fonds FTQ (les mêmes règles s'appliquent au FondAction CSN) donnent droit à un crédit d'impôt supplémentaire de 15% au fédéral et au provincial, rappelle M. Renaud. Il est donc normal que les porteurs d'unités du Fonds de solidarité FTQ doivent rembourser les cotisations sorties du fonds au moment du RAP.»

Pour Clément, malheureusement, il s'ensuit qu'il devra encaisser d'autres REER qu'il souhaitait laisser fructifier.

Car après ses premières expériences avec le fonds de travailleurs, il s'est enhardi à faire ses propres placements. Guidé par un conseiller financier, il a composé un portefeuille de fonds indiciels de métaux précieux et de fonds mondiaux, auxquels se sont ajoutés quelques titres canadiens. Or, ces fonds, déjà malmenés par la récession, imposent des frais de rachat de 6% s'ils sont rachetés durant la première année, de 5% durant la deuxième année, et ainsi de suite jusqu'à 0. Clément ne les détient que depuis deux ans. Leur valeur marchande est d'environ 23 000$. Sa cotisation REER pour 2008, d'une valeur de 3000$, a été investie dans un certificat de placement garanti. Sa cotisation de 4000$ pour 2009 prendra le même chemin.

Bref, Clément détiendra en 2010 suffisamment de REER pour qu'il puisse en retirer le maximum autorisé de 25 000$ pour un RAP sans toucher au Fonds FTQ.

«Alors que Clément vise une diversification dans les marchés mondiaux pour ses placements de retraite, il se retrouvera avec une participation importante dans un fonds de placement régional investissant dans des moyennes et petites entreprises», commente notre planificateur.

Par ailleurs, pour donner davantage de marge de manoeuvre budgétaire alors que Catherine entamera sa carrière, le planificateur suggère d'étaler l'amortissement de l'hypothèque sur 35 ans. Clément envisage un terme de cinq ans à taux fixe.

«Une de leurs priorités devra être, cependant, d'augmenter leurs paiements hypothécaires tout en conservant les paiements aux deux semaines», suggère Pierre Renaud. Les deux conjoints profiteront ainsi du bas taux d'intérêt garanti au cours des cinq prochaines années pour accélérer le plus possible le remboursement de leur hypothèque.

Quelques précautions sont néanmoins nécessaires. Conjoints de fait, Clément et Catherine devront «s'entendre par écrit sur un contrat de vie commune qui prévoit les éventualités comme le décès d'un des deux conjoints ou la séparation», recommande notre conseiller. Ils devraient également faire un testament et un mandat d'inaptitude. M. Renaud propose enfin que la dette hypothécaire soit protégée par une assurance vie et invalidité aux deux noms.

Il faut être prévoyant.

LES DONNÉES

Clément est mécanicien spécialisé

28 ans

Revenu annuel: 52 000$

REER: 33 000$

Caisse de retraite à prestation déterminée: 13 000$

Catherine termine ses études d'enseignante en 2009.

23 ans

Revenu annuel: 6000$

Aucun REER

Dette: prêt étudiant de 11 000$

«Si on envisage l'achat d'une maison dans les trois prochaines années, il faut éviter le risque que nos placements valent moins que ce qu'on y a investi et d'encaisser une perte.»

- Pierre Renaud, planificateur financier principal, Groupe Scotia.