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Le goût et le poids de la tradition

Bidon recouvert d'un placage de bois dont la...

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Bidon recouvert d'un placage de bois dont la teinte plus ou moins foncée correspond à la catégorie du contenu. Une réalisation d'André Rouette.

Marc Tison
La Presse

Le prix du sirop d'érable a monté comme la sève au printemps, mais sa boîte de conserve au décor d'érablière n'a pas changé depuis un demi-siècle. «Ça fait 47 ans que je suis là et elle existait déjà depuis un bout de temps», raconte Marcel Pepin, propriétaire du fournisseur d'équipement d'acériculture Dominion&Grimm. «À la Fédération, souligne-t-il, on l'appelle la Mathusalem.»

Avec plus de trois millions de boîtes vendues chaque année, c'est encore la plus populaire. Mais seulement au Québec.

 

«Au Canada et aux États-Unis, la conserve n'est absolument pas associée au sirop d'érable, indique Simon Trépanier, directeur adjoint à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. Les gens l'associent aux petits pois, aux fèves et à l'huile à moteur.»

En effet, croiriez-vous que cette «canne de fer blanc» au terne motif bleu, blanc et rouge contient un produit de luxe qui coûte près de 10$?

«Présentement, l'image n'est pas à la hauteur», estime Sylvain Allard, professeur au programme de graphisme de l'École de design de l'UQAM.

Il a soumis le problème à la réflexion créative de ses étudiants. Sébastien Martineau a répondu avec un contenant en carton ciré de section rectangulaire. Son profil trapézoïdal et sa teinte argentée s'inspirent du bon vieux seau accroché aux érables. Il y a même ajouté la moirure caractéristique du métal. Une poignée - rappel d'une anse? - se déplie sur le dessus du contenant.

Le logo «66°» est inscrit en larges caractères noirs, dans le coin inférieur gauche. Ce chiffre réfère à la densité en sucre du sirop d'érable, exprimée en degrés Brix. Le symbole de degré prend la forme d'une goutte, qu'on dirait prête à tomber d'une goudrelle.

Et puisqu'on parle de tradition, un bouchon rouge, placé au coin de l'emballage pour faciliter le versement, réduit le risque de ces «traditionnelles» dégoulinades autour du contenant, selon le mot de Sylvain Allard.

Pour sa part, Andrée Rouette a réinterprété un autre classique, le petit bidon métallique fermé par un bouchon vissé. Elle a cherché à différencier sans ambiguïté les différentes catégories de sirop; souvent définies par des teintes (extra-claire à foncé), elles peuvent également être exprimées par AA, A, B, C et D.

L'étudiante a plaqué la lettre sur une arête du bidon, sur toute sa hauteur. Elle y fait correspondre une étiquette en bois véritable, dont l'essence plus ou moins foncée décrit la transparence du contenu. «Il y a un côté moderne et en même temps un respect du folklore du produit», commente Sylvain Allard.

Une version commercialisable serait imprimée sur du papier. Car le coût du conditionnement est évidemment capital. De nombreux producteurs mettent eux-mêmes leur sirop en boîte avec une petite sertisseuse - réminiscence des «canneuses» utilisées depuis longtemps par les agriculteurs québécois. «Ici, la conserve fait partie de notre culture, de notre histoire, et à 50 cents, elle a un excellent rapport qualité-prix», observe Simon Trépanier.

Sylvain Allard a pris la mesure de cet héritage quand il a lancé en classe un débat sur le remplacement de la conserve de sirop traditionnelle, qu'on voit depuis suffisamment longtemps sur les tablettes pour qu'elle fasse partie des souvenirs d'enfance. «Il y avait de la résistance même chez des designers qui ont tendance à moderniser les choses et à en créer de nouvelles!»

 




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