Habituellement, on prépare une planification de retraite quelques années à l'avance, question de voir venir.

Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Claire et Michel veulent la planifier alors qu'ils y sont déjà bien engagés. Mieux vaut tard que trop tard. Claire a 63 ans. Elle a pris sa retraite il y a plus de 10 ans. Son seul revenu est la rente de la RRQ de 4250$ par année. «Je n'envisage pas un retour au travail, ma santé ne me permet pas une telle éventualité», explique-t-elle. Elle a cependant accumulé 135 000$ dans son REER, qu'elle n'a pas encore commencé à ponctionner.

Son conjoint, Michel, âgé de 59 ans, est à la retraite depuis quatre ans. Il touche une rente de 65 300$ par année de la caisse de retraite de son ex-employeur. Ce revenu combiné de 69 600$ leur permet de maintenir des dépenses de quelque 52 000$ par année.

 

Ils y ajoutent chaque année un voyage de 6000$ à 8000$, payé avec des retraits du REER de Michel. Or, et c'est là une des sources de leurs préoccupations, ce REER est épuisé depuis deux mois.

«Pourrons-nous maintenir notre train de vie actuel, et si oui, jusqu'à quel âge respectif? demandent les deux conjoints. Et combien pourrons-nous accorder aux voyages dans le futur?»

Le couple possède une maison dont la valeur oscille entre 280 000$ et 300 000 $. Elle est grevée d'une marge hypothécaire de 36 000$. Michel et Claire ont également contracté une dette de 14 000$ auprès d'un membre de la famille.

L'emprunt personnel ne doit pas être remboursé à court terme. Mais le versement des seuls intérêts de la marge de crédit pèse de 2100$ par année sur le budget du couple.

Michel se demande s'il serait opportun de puiser dans le REER de Claire pour la résorber.

Scénarios de retraite... en temps réel

La planificatrice financière Hélène Bronsard, vice-présidente de Raymond Chabot Gestion privée, a d'abord démêlé l'écheveau des divers ajustements que subira la rente de retraite de Michel, à mesure que les rentes gouvernementales (RRQ et PSV) apparaîtront. Quand Michel atteindra 60 ans, les revenus du couple grimperont à 73 800$. À 65 ans, ils se fixeront à 74 900$.

«Le fractionnement fiscal de la rente de retraite entre les deux conjoints, en vigueur depuis 2007, donne un souffle de liquidité passablement important au budget, observe Hélène Bronsard. On estime l'économie d'impôt à près de 7000$

annuellement.»

L'ennui, c'est que le couple ne rembourse présentement aucun capital sur ses dettes. Pour en analyser les conséquences, notre planificatrice a dressé quelques scénarios.

Le premier est la perpétuation de la situation actuelle, où seuls les intérêts sur la marge de crédit sont payés. Le coût de vie est fixé à 60 000$ en dollars actuels, pour inclure le voyage annuel que le couple veut conserver. Pour soutenir une indexation de 2% par année tout en équilibrant le budget, les projections de la planificatrice révèlent que le REER de Claire s'épuisera en 20 ans. Michel et Claire auront alors 79 et 83 ans. «Demeurent la maison, et les rentes viagères... et la dette», souligne Hélène Bronsard.

Le couple prévoit que les dettes seront payées avec l'assurance vie de 75 000$ que chaque conjoint détient. «La décision de ne rembourser que les intérêts sur la dette comporte l'avantage de maximiser les fonds disponibles pour profiter de la vie mais comporte aussi certains risques», souligne notre conseillère. Si les taux d'intérêts grimpent, il s'ensuivra un effet en cascade: le paiement de ces intérêts gonflera le budget, ce qui raccourcira la durée du REER de Claire.

Or, en cas de décès, cette situation ne toucherait pas les deux conjoints de la même façon. Si Michel meurt après 65 ans, Claire ne touchera plus que 60% de la rente de retraite de son conjoint, alors que si elle décède la première, le revenu de Michel serait nettement moins touché. «La situation financière de Claire sera beaucoup plus contraignante», indique Hélène Bronsard. En somme, Claire se trouverait dans une position moins délicate si elle n'avait pas à affecter une part importante de la prestation de décès au remboursement de la dette, ou à payer des intérêts sur la marge de crédit dans le cas où elle choisirait de ne pas la rembourser.

C'est pourquoi la planificatrice a construit un deuxième scénario, dans lequel la marge de crédit de 36 000$ se trouvera acquittée au moment où Michel atteindra 65 ans. Dans cette hypothèse, en supposant un taux d'intérêt de 6%, le budget familial grimperait à 65 000$ pendant six ans. Ensuite, le couple retrouverait son train de vie actuel, moins les intérêts sur la dette, dorénavant remboursée, dans un budget de 57 900$. Ce programme met le REER de Claire à sec en 19 ans, alors qu'elle aura 82 ans.

Mais pour sa part, Michel prévoit que les deux conjoints demeureront dans leur maison jusqu'à ce qu'ils atteignent respectivement 81 et 85 ans. La vente de la maison procurera alors un apport de capital frais. Il assigne donc au REER de Claire la durée correspondante de 22 ans. «Pour atteindre cet objectif, le coût de vie de 57 900$, à partir de 65 ans, doit être ramené à 56 000$», a calculé la planificatrice, dans un troisième scénario. «Et là, tout va bien.»

Le couple devra alors rogner quelque peu sur le voyage annuel, en réduire la fréquence ou restreindre d'autres dépenses. Mais rien de dramatique.

 

LES CHIFFRES

Michel, 59 ans

Retraité

Rente de retraite indexée: 60 400$

Rente de raccordement: 4900$

REER: épuisé

Claire, 63 ans

Retraitée

Rente de la RRQ: 4250$

REER: 135 000$

Propriété: valeur de 300 000$

Marge de crédit hypothécaire: 36 000$

Emprunt personnel: 14 000$

HÉLÈNE BRONSARD vice-présidente chez Raymond Chabot Gestion Privée et planificatrice agréée.

«Il faut que les deux conjoints soient d'accord avec la stratégie, de telle sorte que Claire soit protégée.»