Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Vincent Delisle, stratège en chef chez Scotia Capitaux.

Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Q: À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

La semaine a été assez chargée. La publication de données rassurantes sur l'immobilier américain a été très significative, tout comme la réaction positive du marché suite au nouveau plan du Trésor américain destiné à purger les banques de leurs actifs toxiques. Aussi, l'amorce de fusions et acquisitions, notamment dans le secteur de l'énergie (offre d'achat de 19 milliards de Petro-Canada par Suncor Energy), solidifie les creux boursiers visités au début mars, à notre avis.

 

Q: Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

L'emploi aux États-Unis demeure l'indicateur clé. Mais il ne faut pas attendre le retour du ciel bleu, car l'emploi est un indicateur retardataire: les pertes d'emplois actuelles sont la conséquence de la crise de l'an dernier. Lorsque la création d'emplois redeviendra positive, la Bourse aura rebondi depuis longtemps.

Mais la modération dans le rythme des pertes d'emplois mensuelles sera un point déterminant. Le jour où cessera la détérioration du marché de l'emploi, ce sera le signe que les entreprises ont atteint un plancher confortable. Cela va ajouter beaucoup de poids au rebond boursier actuel.

En ce sens, nous surveillons principalement la publication des nouvelles demandes de prestations d'assurance chômage (tous les jeudis matin). Elles ont atteint un point culminant à la fin de janvier, mais elles se stabilisent depuis deux mois. Et je pense qu'elles pourraient commencer à diminuer à partir du deuxième trimestre.

Q: Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

J'investirais la moitié (5000$) répartie également entre les actions américaines et les marchés émergents, via les deux titres indiciels suivants: SPY pour le S&P500 et EEM pour le MSCI Émergent.

À notre avis les deux économies les plus éclopées sont le Japon et surtout l'Europe. De leur côté, les États-Unis restent la locomotive du monde, et les pays émergents seront les premiers à lancer le signal que le marché baissier est terminé.

Lorsque le signal de l'emploi américain sera plus favorable, j'investirais l'autre moitié (5000$) dans les deux mêmes titres. Le marché baissier n'est peut-être pas complètement terminé, mais une stratégie plus proactive nous apparait justifiée à ces niveaux-ci.

Q: Quel placement évitez-vous à tout prix?

J'éviterais les actifs qui carburent au sentiment de panique, comme les obligations de long terme du gouvernement américain. Je recommande la prudence (sous-pondération) envers le secteur aurifère, qui pourrait avoir la vie difficile si la «prime à la peur» s'envole.

Q: Présentement, qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus?

Le pessimisme est à la mode. Les apôtres de la catastrophe ont le porte-voix, en ce moment. Les marchés sous-estiment le potentiel de reprise de l'économie américaine, d'ici la fin 2009, et le retour à un environnement plus normal, dès l'an prochain.

Le défi actuel est de départager les données économiques retardataires qui confirment la morosité (emploi, déficit) de celles qui pointent vers une certaine accalmie (ventes au détail, indice de confiance).

Après avoir favorisé les secteurs défensifs en 2008 (services publics, soins de santé, alimentation), nous avons renversé notre recommandation au début de 2009. Notre approche actuelle est de considérer le verre comme étant «à moitie plein». Le rebond du mois de mars est certes le bienvenu, mais il pourrait s'essouffler prochainement.

Toutefois, il est important de noter que la rotation vers les secteurs plus cycliques s'orchestre déjà depuis novembre 2008 (consommation discrétionnaire, financière, technologie, énergie, mines&métaux).

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Vincent Delisle

Stratège financier depuis 12 ans, Vincent Delisle s'est joint à Scotia Capitaux en 2004. À l'aide d'une analyse macroéconomique, il élabore des stratégies de répartition d'actifs et des portefeuilles modèles d'actions, destinés à des gestionnaires de portefeuille institutionnels et aux courtiers de Scotia McLeod.