LA SITUATION

LA SITUATION

Sa retraite est prévue dans 10 ans. Le 1er janvier 2019, pour être précis. Line aura alors 56 ans et comptera 22 années de service.

«Compte tenu du fait que j'allais partir avec environ 32% de mon salaire, actuellement de 70 000$, j'ai cotisé religieusement à mon REER, explique-t-elle. La somme accumulée à ce jour avec un profil croissance est de 63 000$. Mais cela fait en sorte que je n'ai pas de cotisations inutilisées.»

Dans l'année de sa retraite, elle touchera une indemnité d'un an de salaire. Si on ajoute à cela ses revenus de retraite, on comprend que la main du fisc s'abattra lourdement sur elle en 2019. Line ne satisfait pas les exigences qui lui auraient permis de verser cette allocation directement dans son REER.

Elle ne peut donc compter que sur les droits de cotisation REER qu'elle accumulera d'ici à 2019. En raison d'un facteur d'équivalence élevé, elle n'obtient chaque année qu'environ 3300$ en droits de cotisation. Ils sont comblés année après année grâce à une avance sur héritage que ses parents versent directement à son REER.

«Ma question est la suivante: est-ce que je devrais cesser de cotiser à mon REER d'ici à ma retraite, donc entre 2008 et 2019, afin de limiter l'impôt à payer sur cette année de salaire?»

Ces 3300$ annuels pourraient plutôt être investis dans un CELI. Ou versés dans le régime d'épargne études de ses enfants, âgés de 17, 16 et 13 ans. Ou appliqués au remboursement accéléré des hypothèques sur les deux maisons qu'elle partage pour moitié avec son conjoint. Dilemme.

Le planificateur financier Daniel Laverdière, directeur principal de Planification financière Banque Nationale, a attaqué le problème étape par étape. Premier match: remboursement des dettes ou investissements?

Il s'agit essentiellement de comparer des taux d'intérêt. D'un côté, les soldes hypothécaires de 46 000$ et 72 000$ sont frappés d'un intérêt de 4,5%.

Dans l'autre coin du ring, le profil d'investisseur de type croissance de Line lui permet d'espérer un rendement moyen de 6%. «Puisque la dette est à un taux moindre que le rendement attendu sur le CELI ou le REER, ceux-ci peuvent passer en premier», tranche le planificateur.

«Si ses investissements étaient plutôt concentrés dans le marché monétaire ou autres revenus fixes, jamais on ne lui conseillerait de mettre son argent dans le REER, outre un petit coussin de sécurité», observe-t-il.

Deuxième étape: REER ou CELI? «En raison du versement d'un an de salaire pendant la première année de la retraite, qui s'ajoutera au revenu de la rente de retraite, il est préférable de garder les droits de REER pour cette première année, où les revenus seront élevés», indique le planificateur. Il sera alors possible d'en tirer une déduction plus rentable qu'à l'heure actuelle. «Elle aura alors un taux d'imposition plus élevé», indique Daniel Laverdière.

Reste le débat entre REEE et CELI. Dans les deux cas, le rendement des épargnes est à l'abri de l'impôt. Mais - nuance importante - les retraits du CELI ne sont pas imposables, contrairement à ceux du REEE.

Les subventions gouvernementales viennent toutefois faire pencher la balance en faveur du REEE. Ottawa verse 20% et Québec 10% de la contribution annuelle au REEE de l'enfant, pour des subventions combinées d'un maximum de 750$ par année. «Pour que le REEE soit défavorable, il faudrait que le taux d'imposition de l'étudiant soit supérieur à 30%, ce qui est très peu probable», fait valoir le planificateur.

En outre, les contributions inutilisées au CELI peuvent être reprises plus tard, alors que les subventions gouvernementales ne peuvent plus être récupérées après que l'enfant ait atteint 17 ans.

Car c'est là un point critique: ce calcul n'est valide que dans la mesure où les enfants reçoivent ces subventions.

Les enfants de 18 ans n'y ont plus droit. Pour les toucher, ceux de 16 et 17 ans doivent remplir une des deux conditions suivantes. Il faut que les cotisations versées aux différents régimes REEE de l'enfant totalisent au moins 2000$ dans l'année où il atteint 16 ans. À défaut, des cotisations d'au moins 100$ par année devront avoir été versées dans son REER pendant quatre ans avant l'âge de 16 ans.

L'aîné de 18 ans n'a déjà plus droit aux subventions. Par contre, le cadet de 15 ans a deux années de subvention devant lui, et le benjamin de 13 ans en totalise quatre.

«De plus, si les enfants n'épuisent pas leur REEE, la disponibilité de droits de REER permettra de transférer le rendement du REEE au REER afin d'éviter l'impôt additionnel de 20%», ajoute M. Laverdière.

Puisqu'il avait les principaux chiffres en main, Daniel Laverdière en a profité pour vérifier comment se présentait la retraite de Line. Il a basé ses projections sur un taux d'inflation de 2% et un coût de vie égal aux revenus net actuels de 42 700$.

«La projection de retraite indique qu'il faudra réduire les dépenses de 30% à la retraite.» Mais ce n'est pas un objectif hors de portée, croit-il. Dans une dizaine d'années, les enfants auront vraisemblablement quitté la maison. En outre, le remboursement des emprunts, parce qu'ils ne sont pas indexés, occupera une part proportionnellement moins importante du budget.

Ces projections ont été effectuées avec un rendement de 6% par année. «À la retraite, Line maintiendra-t-elle ce rendement?» interroge le planificateur. «Si elle prévoit changer son type d'investissement au cours des années, il faudra faire réviser la projection de retraite.»

LES CHIFFRES

Line, 46 ans

Salaire: 70 000$

REER: 66 700$

Épargnes non enregistrées: 5800$

Régime de retraite: rente de 22 500$ à 56 ans

Propriétés: 130 000$ et 150 000$ (50% de chacune)

Dettes: 118 000$

LA RECOMMANDATION

Écartons le remboursement des dettes: le taux d'intérêt est inférieur au rendement des placements de Line, qui montre un profil d'investisseur dynamique. Mieux vaut conserver les droits de cotisation REER pour la première année de retraite, quand Line touchera une allocation spéciale. Entre CELI et REEE: avantage REEE en raison des subventions de 30%.

»Le REEE passe avant le CELI ou le REER uniquement si les deux subventions (SCEE et IQEE) sont versées.»

- Daniel Laverdière, Directeur principal, Planification financière Banque Nationale.

 

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