Venez souper et repartez avec votre dîner pour le lendemain. Voici ce qui pourrait être le nouveau slogan de Pacini. Le restaurant, connu pour son légendaire bar à pain, nage un peu à contre-courant en continuant de servir de généreuses portions tout en incitant les gens à rapporter leurs restants.

La chaîne, qui procède à des ajustements de prix deux fois par année, à l’automne et au printemps, a décidé en mai de ne pas les hausser, pour le moment, dans la plupart de ses établissements. Et alors que beaucoup de restaurateurs servent maintenant des plats moins copieux pour éviter de faire augmenter l’addition des clients, Pacini refuse de réduire la taille de ses abondantes assiettes.

« Ce que je perçois, c’est que, aussitôt qu’il y a une réduction de la portion, c’est très critiqué », affirme la directrice des relations publiques, Geneviève Nadeau. Les gens se sentent floués. « On ne veut pas que les clients ressentent ça. Il n’y a personne en ce moment qui se plaint que les portions sont trop généreuses, mais on est conscients que généralement, les gens ne terminent pas [leur assiette] », reconnaît-elle toutefois.

Tout en continuant de servir des portions de pâtes de 300 g et des pizzas entières, Pacini a décidé de lancer un message à ses clients.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Geneviève Nadeau, directrice des relations publiques chez Pacini

Étant donné que nos portions sont généreuses, on invite les clients à prendre le restant de leurs plats pour emporter, pour que ça leur fasse un deuxième repas à la maison.

Geneviève Nadeau, directrice des relations publiques chez Pacini

Depuis le 20 mai, la chaîne sensibilise donc les gens qui s’attablent dans ses salles à manger à la culture des emporte-restes (communément appelés doggy bags).

« Depuis toujours, Pacini offre de généreuses portions, mais saviez-vous que pour chaque repas consommé en restaurant, la somme moyenne d’ingrédients gaspillés est de 210 grammes ? C’est pourquoi nous vous suggérons de prolonger votre plaisir, en récupérant vos surplus pour un prochain repas. Demandez un de nos contenants recyclables à votre serveur·se », peut-on maintenant lire sur le menu.

L’entreprise a également rencontré les franchisés et les employés, afin qu’ils passent eux aussi le message aux clients. Mme Nadeau reconnaît que cette façon de faire n’est pas encore ancrée dans les habitudes des consommateurs.

Plusieurs clients, selon elle, ont l’impression que ce geste sera mal perçu. Des franchisés lui ont rapporté que beaucoup de ceux qui demandaient une boîte pour emporter ce qui restait de leur plat de spaghetti, par exemple, finissaient par l’oublier sur le coin de la table.

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Les emporte-restes (doggy bags) de Pacini

Pacini veut dans la foulée inviter les gens à faire un geste pour l’environnement. « Dans nos restaurants, on n’est pas équipés pour faire du compostage pour toutes sortes de raisons opérationnelles », explique Geneviève Nadeau. Les assiettes non terminées qui ne sont pas rapportées prennent donc le chemin de la poubelle.

Mais pourquoi ne pas simplement servir des assiettes plus petites et ainsi éviter le gaspillage ? « Honnêtement, je ne sais pas si les gens sont prêts pour ça, soutient-elle. On ne veut jamais faire de changement drastique parce qu’on sait que le client va s’en apercevoir. Ce sont de grands risques. Couper quelque part, on n’aime pas ça. »

La stratégie des prix

Après avoir contacté plusieurs chaînes de restaurants, La Presse a pu constater que Pacini fait un peu cavalier seul en misant sur ses grosses portions, sur l’importance de rapporter ses restants et sur cette approche où l’on veut que le client ait l’impression d’en avoir plus pour son argent.

Par contre, la stratégie du gel de prix ou d’offres de plats « éconos », elle, semble être adoptée par un nombre grandissant de restaurateurs, a confirmé Martin Vézina, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec (ARQ).

C’est d’ailleurs ce qu’a mis de l’avant le Groupe St-Hubert. « On ne réduira pas nos portions », a d’abord tenu à assurer sa directrice des communications, Josée Vaillancourt. La chaîne de rôtisseries a plutôt misé sur l’offre de quatre plats en format réduit, vendus à moins de 10 $, comme une petite poutine ou encore une « animalerie pour adultes » comptant huit morceaux de poulet.

De son côté, Chocolats Favoris a annoncé un gel du prix de ses cornets enrobés d’une sauce chocolatée, et ce, malgré la flambée des prix du cacao. Les amateurs de crème glacée paieront donc leur cornet – peu importe le format – le même montant que l’été dernier, une première pour l’entreprise qui ajuste normalement ses prix chaque printemps en vue de la saison estivale.

En entrevue, il y a un peu plus d’une semaine, le président de Chocolats Favoris, Dominique Brown, a assuré par ailleurs que les formats auront la même taille que l’année dernière. « Le nombre de tours pour servir une crème glacée n’a pas changé », assure-t-il, un sourire dans la voix. C’est que, chaque été, nombreux sont les clients qui lui font la remarque sur la grosseur des cornets qui irait en diminuant. Dans les faits, rien n’a changé, a-t-il tenu à dire.

Lisez « Un gel sur la crème glacée chez Chocolats Favoris »

Pacini en bref

  • Fondation : 1984
  • Propriétaire et président : Pierre Marc Tremblay
  • Siège social : Boucherville
  • Nombre total d’employés : 1088
  • Nombre de restaurants : 25 (21 au Québec, 1 en Ontario et 3 en Alberta)