Signe que la production de l’A220 d’Airbus bat de l’aile, l’avionneur européen souhaite imposer des heures supplémentaires obligatoires les fins de semaine à des travailleurs d’usine pour combler le retard de production, a pu confirmer La Presse.

Au terme d’une rencontre à ce sujet, mercredi, le président de la section locale 712 de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), Christian Bertrand, a estimé que l’employeur ne faisait rien pour rebâtir les ponts avec les travailleurs.

« On sort d’une négociation difficile, dit-il. Les gens ont voté sous la menace d’un lock-out. La poussière retombe tranquillement et certains groupes pourraient être obligés de faire du temps supplémentaire obligatoire. On souffle sur les braises. »

Airbus et ses 1300 travailleurs d’usine viennent de tourner la page sur des négociations collectives tumultueuses. Elles se sont terminées le 1er mai dernier avec un vote en faveur d’une nouvelle convention collective. À deux reprises, les syndiqués avaient rejeté l’offre sur la table. Les pourparlers avaient été marqués par des moyens de pression ayant ralenti la production – un élément qui s’est ajouté aux difficultés d’approvisionnement.

Par courriel, Airbus n’a pas voulu commenter « ce type de question interne » ainsi que sur sa « planification de production ». Il n’a pas été possible d’avoir une idée du nombre de travailleurs qui pourraient être concernés.

Dans le secteur manufacturier, cela survient rarement, selon M. Bertrand. Mercredi, Airbus n’était pas en mesure de lui dire pendant combien de temps elle souhaite avoir davantage de travailleurs d’usine à Mirabel pendant les fins de semaine.

Une autre rencontre est prévue vendredi à ce sujet. M. Bertrand affirme qu’Airbus aurait pu tendre la main au syndicat et miser sur le « volontariat » des employés.

Dans le rouge

Malgré de bonnes récoltes au chapitre des commandes, l’A220 est toujours déficitaire. Pour faire sortir le programme du rouge, Airbus affirme qu’il faut produire mensuellement 14 appareils à Mirabel et à Mobile, en Alabama, en 2026.

Dit autrement, la cadence actuelle de production doit doubler d’ici deux ans.

L’avionneur européen a encore beaucoup de pain sur la planche. De janvier à mai, 21 exemplaires de l’A220 ont été remis à des clients. C’est seulement deux avions de plus qu’à la même période l’an dernier.

En 2023, Airbus avait été en mesure d’effectuer 68 livraisons de l’appareil en appuyant sur l’accélérateur en deuxième moitié d’année. La multinationale devra faire de même cette année pour éviter de prendre du retard sur ses objectifs.

« Notre environnement opérationnel reste complexe et les livraisons ne sont pas linéaires », affirme le constructeur européen, en soulignant que la « fin de l’année serait chargée ».

Tout retard sur l’échéancier de rentabilité risque d’avoir des conséquences pour les contribuables québécois, qui détiennent 25 % de ce programme développé par Bombardier après y avoir injecté 1,7 milliard depuis 2015. En acceptant de remettre 380 millions en 2022, Québec avait pu repousser à 2030 le moment où Airbus pourra racheter sa participation dans l’A220.

Plus les profits se font attendre, plus l’État québécois laissera de l’argent sur la table.

En savoir plus
  • 3000 personnes
    Effectif d’Airbus à Mirabel en tenant compte des employés syndiqués et non syndiqués.
    source : Airbus Canada