Le projet d’acquisition de la Banque Nationale dans l’ouest du pays a eu des répercussions importantes sur des institutions financières mercredi.

Spéculateurs et investisseurs ont fait bondir l’action de la Banque Laurentienne de 7 % et celle de la banque numérique EQB de 3 % au lendemain du dévoilement d’une entente par laquelle la Banque Nationale entend acheter la Banque canadienne de l’Ouest (Canadian Western Bank).

« Les gens semblent se dire qu’il ne reste plus beaucoup de petites banques », commente Maxime Robillard, associé et analyste principal chez Van Berkom.

L’achat des actifs canadiens de la HSBC par la Banque Royale et l’acquisition du prêteur hypothécaire alternatif Home Capital Group par Smith Financial sont de récentes transactions contribuant à faire ressortir la valeur des entreprises du secteur.

PHOTO TODD KOROL, ARCHIVES REUTERS

Succursale de la Canadian Western Bank à Calgary en Alberta

Le cas de la Laurentienne est particulier, puisqu’un examen des options stratégiques mené l’an dernier s’est terminé par le statu quo à l’automne. « La Laurentienne apparaît peut-être moins attrayante dans son ensemble, mais pourrait par contre l’être en morceaux pour certains acquéreurs », dit Maxime Robillard.

Peu importe, la prime accordée à la Banque de l’Ouest a entraîné mercredi une réévaluation des actions de la Laurentienne et de la banque EQB.

Si le titre de la Banque Nationale a reculé sur les marchés mercredi, notamment en raison de l’émission d’actions associée au projet d’acquisition évalué à 5 milliards de dollars, le titre de la Banque canadienne de l’Ouest s’est apprécié de 68 %, significativement moins que la prime de 110 % offerte dans le cadre de la transaction.

Maxime Robillard s’est montré quelque peu étonné par la réaction des investisseurs. Il anticipait un écart en raison du délai de plusieurs mois avant le vote des actionnaires et les approbations réglementaires, mais moins important que celui observé mercredi.

« Peut-être que des gens anticipent un risque que les actionnaires ne se prononcent pas favorablement ou qu’un changement possible de gouvernement à Ottawa suite aux prochaines élections à l’automne 2025 retarde l’approbation », dit-il.

Avec une clôture de transaction prévue à la fin de 2025, les investisseurs devront se montrer patients, souligne l’analyste John Aiken, de la firme Jefferies. Cet expert juge que l’offre d’achat est une excellente décision stratégique de la part de la Banque Nationale et une réponse directe à l’acquisition de HSBC Canada par la Royale.

Le gestionnaire d’actifs pour lequel Maxime Robillard travaille – Van  Berkom – est actionnaire de la Banque canadienne de l’Ouest depuis plusieurs années. Maxime Robillard a bon espoir que la transaction se concrétisera et qu’elle sera bénéfique pour les deux banques. Mais il dit que Van Berkom ne vend pas tout de suite ses actions de la Banque de l’Ouest en raison de l’écart trop important entre le cours actuel et la valeur offerte par la Banque Nationale.

La Banque Nationale tente d’acquérir une organisation dont l’action est en perte de valeur depuis deux ans, et Maxime Robillard évoque plusieurs éléments pour expliquer pourquoi la Banque de l’Ouest est au « banc de punitions ».

« En raison de sa plus petite taille, la banque est sous le modèle standard pour l’évaluation du capital à détenir par rapport aux différents prêts qu’elle accorde. Elle est en processus pour passer sous le même régime que les grandes banques, celui de notation interne avancée (AIRB), qui se veut une autre façon de déterminer le capital requis pour les prêts. Il y a des délais, ce qui a contribué à freiner l’engouement des investisseurs », explique M. Robillard.

Pour un prêt similaire, poursuit-il, la banque doit mettre plus de capital de côté, ce qui rend la banque moins concurrentielle pour certains prêts commerciaux. « Ça fait en sorte que la banque ne peut générer les mêmes rendements sur l’équité que d’autres. »

Il ajoute que la banque a mis en place en 2022 un programme d’actions au marché (ATM) lui permettant d’émettre des actions pour financer la croissance. « Le marché n’a pas apprécié l’idée, car l’action de la banque se négociait sous sa valeur comptable », dit-il.

« La banque devait aussi investir dans des solutions de gestion de trésorerie pour les clients, ce qui a augmenté les dépenses et affecté la rentabilité. La croissance était moins au rendez-vous dans les derniers trimestres. »

Maxime Robillard persistait malgré tout à croire que l’escompte n’était pas pleinement justifié, puisque l’action était évaluée à un niveau inférieur à sa valeur comptable (la valeur comptable est de 37,13 $ par action) et que le dividende était bien couvert et offrait un rendement supérieur à 5 %.

De plus, précise-t-il, la banque exerce ses activités dans une niche intéressante, celle des prêts commerciaux et du financement d’équipement. Maxime Robillard apprécie la complémentarité avec la Banque Nationale, qui est moins présente dans le financement d’équipement et dans l’Ouest sur le plan géographique.