Étoile montante européenne de l’hydrogène, Hydrogène Lhyfe compte s’installer à Montréal, a appris La Presse. L’entreprise de Nantes, qui a déjà ciblé des terrains dans l’est de l’île où elle compte construire une première usine, n’écarte pas la possibilité de déployer d’autres électrolyseurs dans la région métropolitaine.

Le PDG fondateur de la jeune entreprise en énergie, Matthieu Guesné, confirme à La Presse être en démarchage pour construire dans les prochains mois une usine de production d’hydrogène. Il refuse toutefois de détailler l’opération : échéancier précis, coûts de construction, technologie utilisée, clients potentiels, volume de production, etc.

Il laisse entendre qu’une première usine devrait voir le jour dans l’est de la métropole où, déjà, deux terrains ont été ciblés par Lhyfe. « On ne révélera pas l’endroit exact pour des raisons de concurrence pour le moment », explique-t-il.

L’entreprise de Nantes, créée en 2017, concentre exclusivement ses activités dans la production d’hydrogène vert, soit une production issue de l’électrolyse de l’eau alimentée uniquement par de l’énergie renouvelable.

Par ailleurs, Lhyfe étudie d’autres sites potentiels dans des municipalités à proximité de la métropole : Salaberry-de-Valleyfield, Contrecœur, Sorel-Tracy et Bécancour, peut-on lire dans un récent enregistrement au registre des lobbyistes. Est-ce dire que Lhyfe envisage de construire de nombreuses usines d’hydrogène au Québec ? M. Guesné esquisse un léger sourire sans écarter cette possibilité.

C’est qu’en Europe, le producteur est reconnu pour la vitesse à laquelle il a multiplié et déployé ses projets depuis sa création. En moins de six ans, 75 projets ont été annoncés et une dizaine sont en phase de construction, principalement en France et en Allemagne.

Au printemps 2022, la société faisait le saut en Bourse et le mois dernier, elle lançait la première place de marché de gré à gré d’hydrogène vert en Europe afin de mettre en relation les producteurs d’hydrogène vert et les consommateurs.

Depuis 2021, son usine de Bouin – près des côtes de l’océan Atlantique, dans les Pays de la Loire – produit quotidiennement 300 kilogrammes d’hydrogène. « Les usines de deuxième génération qu’on construit vont permettre de produire davantage, assure-t-il. Mais l’usine de Bouin permet de prouver que nous sommes non seulement capables de produire de façon industrielle, mais de développer une clientèle. »

Cette usine alimente de la machinerie lourde – chariots élévateurs, tracteurs et camions – et des parcs de véhicules qui évoluent en milieux urbains, comme des taxis qui roulent à Paris et des bus de ville.

Le Québec servira de porte d’entrée pour le marché nord-américain, espère M. Guesné, qui raconte, par ailleurs, que c’est tout d’abord l’ambassadrice du Canada à Paris de l’époque – Isabelle Hudon – qui l’a personnellement contacté pour sonder l’intérêt de Lhyfe à s’installer au pays.

« Le discours de l’ambassadrice du Canada à l’époque, c’était : “Nous, on souhaite attirer des investissements. On n’a pas l’arrogance de dire qu’on va tout faire tout seul. On préfère attirer les investissements chez nous. Venez au Canada. Venez au Québec en particulier, on vous accueillera.” » C’est alors qu’il a été mis en contact avec Sophie Brochu, à l’époque PDG d’Hydro-Québec.

Emprunter le réseau d’Énergir

En Europe, selon les projets, sa production sera transportée aussi bien par camions que par gazoduc. Est-ce que Lhyfe envisage le transport de la molécule via le réseau d’Énergir lorsque ce dernier pourra techniquement en accueillir ?

Il n’écarte pas cette possibilité, mais précise qu’il « faut une volonté politique assez forte et une certaine contrainte des acteurs historiques du transport des énergies fossiles » pour ouvrir leur réseau à l’hydrogène.

Il cite les exemples de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne où « la consommation n’est pas nécessairement là où la production se fait ». « Prenez l’Allemagne, dit-il. La production d’hydrogène se fait essentiellement dans le nord de l’Allemagne, là où se concentre la production d’énergies renouvelables, et les gazoducs permettent d’alimenter des régions industrielles comme la Ruhr et la Bavière qui, elles, n’ont pas les éléments nécessaires à la production d’hydrogène. »

Énergir a pour sa part indiqué ne pas encore avoir eu de discussion avec Hydrogène Lhyfe.

  • L’origine – « Tout ce que nous produisons comme hydrogène sur la terre ferme nous rapproche de notre objectif qui est de pouvoir produire, avec une plateforme dotée d’un électrolyseur, de l’hydrogène en haute mer », résume Matthieu Guesné, PDG de Hydrogène Lhyfe. Créée en 2017, l’entreprise de Nantes a développé Sealhyfe, une plateforme qui, alimentée par éolienne, peut produire de l’hydrogène à une vingtaine de kilomètres des côtes. « C’est à la fois un milieu où il y a l’énergie et l’eau nécessaires pour en produire. »

    PHOTO JULIEN GAZEAU, FOURNIE PAR LHYFE

    L’origine – « Tout ce que nous produisons comme hydrogène sur la terre ferme nous rapproche de notre objectif qui est de pouvoir produire, avec une plateforme dotée d’un électrolyseur, de l’hydrogène en haute mer », résume Matthieu Guesné, PDG de Hydrogène Lhyfe. Créée en 2017, l’entreprise de Nantes a développé Sealhyfe, une plateforme qui, alimentée par éolienne, peut produire de l’hydrogène à une vingtaine de kilomètres des côtes. « C’est à la fois un milieu où il y a l’énergie et l’eau nécessaires pour en produire. »

  • La technologie – Pendant toute l’année 2023, Lhyfe a d’ailleurs testé son produit, au large des côtes françaises. Constat : de façon automatisée, la plateforme Sealhyfe a pu pomper et désaliniser l’eau de mer avant que l’électrolyseur – alimenté par une éolienne aussi flottante – casse la molécule d’eau pour produire de la précieuse molécule. L’équipement a essuyé cinq tempêtes importantes, dont Ciaran qui a balayé la côte atlantique à l’automne 2023 avec des vagues de plusieurs mètres et des vents de plus de 150 km/h, indique l’entreprise.

    PHOTO JULIEN GAZEAU, FOURNIE PAR LHYFE

    La technologie – Pendant toute l’année 2023, Lhyfe a d’ailleurs testé son produit, au large des côtes françaises. Constat : de façon automatisée, la plateforme Sealhyfe a pu pomper et désaliniser l’eau de mer avant que l’électrolyseur – alimenté par une éolienne aussi flottante – casse la molécule d’eau pour produire de la précieuse molécule. L’équipement a essuyé cinq tempêtes importantes, dont Ciaran qui a balayé la côte atlantique à l’automne 2023 avec des vagues de plusieurs mètres et des vents de plus de 150 km/h, indique l’entreprise.

  • L’argument – La production d’hydrogène en haute mer pourrait permettre aux pays bénéficiant d’un littoral de produire localement de l’hydrogène vert en quantités industrielles, pour décarboner leur mobilité et leurs industries, estime l’entreprise.

    PHOTO JULIEN GAZEAU, FOURNIE PAR LHYFE

    L’argument – La production d’hydrogène en haute mer pourrait permettre aux pays bénéficiant d’un littoral de produire localement de l’hydrogène vert en quantités industrielles, pour décarboner leur mobilité et leurs industries, estime l’entreprise.

  • La production – L’hydrogène étant considéré comme un carburant alternatif, l’Union européenne a présenté en 2022 une stratégie dans laquelle elle compte donner une plus grande part à l’hydrogène renouvelable en ciblant une production annuelle de 20 mégatonnes d’ici 2030. Actuellement, le Sealhyfe permettrait de produire jusqu’à 400  kg d’hydrogène, soit une puissance de 1 MW. L’entreprise estime pouvoir être en mesure de déployer une capacité installée d’une puissance de 3GW d’ici 2035.

    PHOTO JULIEN GAZEAU, FOURNIE PAR LHYFE

    La production – L’hydrogène étant considéré comme un carburant alternatif, l’Union européenne a présenté en 2022 une stratégie dans laquelle elle compte donner une plus grande part à l’hydrogène renouvelable en ciblant une production annuelle de 20 mégatonnes d’ici 2030. Actuellement, le Sealhyfe permettrait de produire jusqu’à 400  kg d’hydrogène, soit une puissance de 1 MW. L’entreprise estime pouvoir être en mesure de déployer une capacité installée d’une puissance de 3GW d’ici 2035.

  • La déclaration – « Souvent, dans l’énergie, ce sont de nouvelles entreprises qui changent les choses. Les géants du pétrole – comme Standard Oil ou les Rockefeller – ne venaient pas du charbon. Même chose pour Tesla avec les véhicules électriques : c’est un nouvel acteur qui ne tue pas son business existant. Nous, on est un de ces nouveaux acteurs », estime le PDG de Lhyfe, Matthieu Guesné.

    PHOTO JULIEN GAZEAU, FOURNIE PAR LHYFE

    La déclaration – « Souvent, dans l’énergie, ce sont de nouvelles entreprises qui changent les choses. Les géants du pétrole – comme Standard Oil ou les Rockefeller – ne venaient pas du charbon. Même chose pour Tesla avec les véhicules électriques : c’est un nouvel acteur qui ne tue pas son business existant. Nous, on est un de ces nouveaux acteurs », estime le PDG de Lhyfe, Matthieu Guesné.

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