L’annonce d’un partenariat avec Roche a fait exploser de près de 45 % jeudi la valeur de la biotech montréalaise Thérapeutiques Repare.

Mis à jour le 2 juin
Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Les investisseurs apprécient la transaction au point d’ajouter 175 millions US de valeur boursière à Repare en une journée et ainsi faire passer l’évaluation de l’entreprise à plus d’un demi-milliard US.

L’accord de licence et de collaboration entre les deux entreprises porte sur le développement et la commercialisation du produit camonsertib (aussi connu sous l’appellation RP-3500) pour le traitement de tumeurs très ciblées.

On parle de traitement parce qu’en général pour les médicaments en oncologie, c’est une question de durée de survie ou de ralentissement de la progression de la maladie.

L’entente avec Roche prévoit un paiement initial de 125 millions US à Repare. L’entreprise montréalaise est aussi admissible à recevoir jusqu’à 1,2 milliard US à l’atteinte de différents jalons cliniques, réglementaires et commerciaux.

Roche assumera le développement du camonsertib avec la possibilité d’étendre le développement à d’autres tumeurs et à de multiples études de combinaison.

Le produit est toujours au stade d’essais cliniques. Sa commercialisation n’est pas attendue avant plusieurs années encore, et c’est pourquoi la taille du marché demeure difficile à évaluer.

« Lorsqu’un produit est commercialisé, la première maladie spécifique pour laquelle le produit est approuvé passe normalement par quelque chose de plus petit avant d’aller de l’avant avec des indications plus larges », explique en entrevue Steve Forte, directeur financier de Repare.

PHOTO FOURNIE PAR REPARE

Steve Forte, directeur financier chez Thérapeutiques Repare

L’entreprise a récemment présenté des données préliminaires en lien avec le cancer des ovaires et de la prostate, mais il y a un potentiel plus grand pour le produit, précise Steve Forte.

L’intérêt d’un partenariat avec Roche est lié à l’envergure, aux ressources et à la portée internationale qu’apporte la société pharmaceutique pour faire cheminer le projet efficacement.

Steve Forte estime que c’est une belle nouvelle pour l’industrie en général, surtout au Canada et au Québec. « Nous effectuons de la recherche de pointe dans un sous-créneau d’un créneau déjà spécialisé. Nous sommes non seulement en oncologie, mais aussi en oncologie de précision. »

C’est une belle transaction pour Montréal de voir qu’une entreprise mondiale comme Roche se tourne vers Montréal.

Steve Forte, directeur financier chez Thérapeutiques Repare

Selon lui, l’entente en dit beaucoup sur les compétences des chercheurs au Québec, et en particulier chez Repare.

Avis d’analystes

L’analyste David Martin, chez Bloom Burton, soutient que Repare obtient enfin le respect qu’elle mérite. « Cette entente vient valider la valeur de Repare », souligne-t-il dans une note envoyée à ses clients.

Cet expert rappelle qu’il avait précédemment qualifié le camonsertib de « Rodney Dangerfield des médicaments oncologiques » parce qu’il estimait que le marché n’accordait pas au produit le respect qu’il méritait. La situation s’expliquait notamment, selon lui, par des attentes exagérées et la faiblesse générale observée dans le secteur.

Chez Guggenheim, l’analyste Charles Zhu estime que le « sentiment tiède » des investisseurs envers le camonsertib a souvent été mal aligné avec l’enthousiasme des cliniciens dans le passé même après la publication de données prometteuses.

Son collègue Joseph Catanzaro, de la firme Piper Sandler, qualifie de son côté l’entente de « bonne affaire » pour Repare parce qu’elle permet à l’« utilité potentielle du produit d’être pleinement explorée » tout en déchargeant les coûts de développement et en conservant la possibilité de participer au potentiel à long terme.

« De plus, ajoute-t-il, l’accord finance Repare jusqu’en 2026 et lui permet d’avancer agressivement avec le reste de sa gamme de produits en développement en oncologie de précision. »

David Martin ajoute que cette entente est l’une des plus importantes attributions de licences dans le secteur biopharmaceutique qu’il a vues au cours des 18 derniers mois.

Après avoir fixé le prix initial de son action à 20 $ US lors de son premier appel public à l’épargne en juin 2020, l’action de Repare avait dépassé la barre des 40 $ US en janvier l’an passé avant de reculer jusqu’à 8 $ en mai dans une descente reflétant celle du marché boursier dans son ensemble en lien avec le contexte macroéconomique, les craintes inflationnistes et la montée des taux d’intérêt.

Repare a été fondée en 2016 par les chercheurs et professeurs Daniel Durocher, Frank Sicheri et Agnel Sfeir.

En date du début d’avril, les liquidités de Repare s’élevaient à un peu plus de 300 millions US. L’entreprise a essuyé une perte nette de 21 millions au cours du premier trimestre de l’année.

Sur les 10 analystes ayant l’œil sur Repare, 9 recommandent l’achat de l’action.