(Ottawa) Le géant pharmaceutique Moderna a fait son choix. Montréal accueillera l’usine de production de vaccins à base d’ARN que la société de biotechnologie compte ouvrir au Canada, a appris La Presse. Un dénouement qui entraînera la première rencontre sur la même tribune entre Justin Trudeau et François Legault depuis les élections fédérales du 20 septembre 2021.

Mis à jour le 27 avril
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Montréal dame ainsi le pion à la région de Toronto, qui était également dans la course pour obtenir les « centaines de millions de dollars » en investissements que la société compte effectuer au pays au cours des prochaines années.

Cette nouvelle, qui était attendue depuis quelques mois par l’industrie pharmaceutique, sera confirmée vendredi dans la métropole par le premier ministre Justin Trudeau, son homologue québécois François Legault et le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, selon nos informations.

Des ministres influents des deux capitales seront aussi présents à cette annonce, notamment le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, et le ministre de l’Économie du gouvernement Legault, Pierre Fitzgibbon.

« Moderna a choisi Montréal », a confié à La Presse une source bien au fait du dossier, qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement de l’annonce de vendredi. Au gouvernement Legault, on bombe le torse. « Le Québec a gagné sur l’Ontario ! », s’est félicitée une source.

Cette annonce se veut l’aboutissement de plusieurs mois d’échanges et de pourparlers entre M. Champagne et le PDG de Moderna. Elle représente une étape déterminante dans les efforts du gouvernement Trudeau visant à reconstruire le secteur de la biofabrication et des sciences de la vie au pays. Elle permettra de consolider l’écosystème de l’industrie pharmaceutique dans la région de Montréal.

Rappelons que Moderna est l’un des deux grands fabricants de vaccins à base d’ARN messager contre la COVID-19 dans le monde – l’autre étant Pfizer/BioNTech. Les vaccins fabriqués par ces deux sociétés ont été utilisés par bon nombre de pays pour vacciner leur population, notamment le Canada et les États-Unis. Au Canada, les provinces ont aussi utilisé le vaccin à base de protéine fabriqué par le groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca, au début de la campagne de vaccination.

Tout indique que le gouvernement fédéral s’engagera à acheter une quantité des vaccins fabriqués dans les nouvelles installations de Moderna au cours des prochaines années, entre autres choses.

La pandémie de COVID-19 a fait ressortir la vulnérabilité du Canada à plusieurs égards, notamment l’absence de production locale de vaccins efficaces contre le coronavirus et l’absence de production d’équipements de protection individuelle par des entreprises canadiennes, entre autres choses.

Dès le départ, Montréal avait une certaine longueur d’avance sur les autres villes canadiennes pour accueillir les nouvelles installations de Moderna. L’importance du secteur pharmaceutique dans la métropole québécoise jouait évidemment en sa faveur.

Le PDG de la société pharmaceutique avait annoncé en août dernier, à Montréal, l’intention de Moderna de s’établir au Canada. Mais Stéphane Bancel avait indiqué qu’il souhaitait évaluer les avantages et les inconvénients qu’offraient les villes en lice avant d’arrêter sa décision.

La société avait fait par la suite une demande de financement de son projet au gouvernement québécois, sans garantir que Montréal serait choisi ultimement. Investissement Québec est ainsi impliqué dans le montage financier du projet.

Une décision était attendue avant la fin de l’année 2021, mais Moderna a été contrainte de reporter le tout en raison de la virulence d’une nouvelle vague de COVID-19 qui frappait alors le continent, dominée par le variant Omicron.

En plus de son vaccin contre la COVID-19, Moderna compte déjà 24 vaccins et produits thérapeutiques en développement, y compris des vaccins contre la grippe, le VRS, le cytomégalovirus, le Zika et le VIH, en plus de produire des traitements contre les cancers et les maladies cardiaques.

Le choix de Montréal provoque une annonce qui ne manque pas de piquant d’un point de vue politique. Sept mois après les élections fédérales, Justin Trudeau et François Legault se retrouveront pour la première fois à la même tribune. Durant la campagne, dans une intervention rarement vue de la part d’un premier ministre du Québec, M. Legault avait exprimé son penchant pour un gouvernement conservateur minoritaire. Il avait demandé aux Québécois de se « méfier » de Justin Trudeau, dont le programme est « centralisateur » et « dangereux ». Sa sortie avait évidemment scandalisé les libéraux fédéraux.

Dans une entrevue accordée à La Presse, en août, à l’occasion de l’annonce de Moderna, le ministre François-Philippe Champagne affirmait que son intention était de s’assurer que le Canada ne soit plus jamais dépendant de la production de vaccins dans des usines établies à l’étranger dans le cas où une autre pandémie surviendrait.

« Nous n’avons pas choisi le temps de la pandémie. C’est évident que nous ne choisirons pas non plus le moment de la prochaine. Mais il y a une chose que nous pouvons choisir, c’est d’être mieux préparés et d’être plus résilients. Et c’est exactement ce que nous faisons », avait-il fait valoir.

« Tous les pays du G7 voudraient voir ces compagnies s’installer chez eux. Moderna est bien installée aux États-Unis, mais ce sera la première fois que la société accepte d’installer un centre d’excellence dans les vaccins ARN dans un autre pays. Quand on parle de vaccins ARN, c’est l’avenir. Oui, il y a le vaccin contre la COVID-19. Mais elle fait aussi des recherches pour traiter le cancer et d’autres maladies. Avoir cela chez nous, dans l’écosystème de production locale, c’est assurément un gain majeur pour le Canada », avait-il aussi avancé.

Le gouvernement fédéral a investi l’an dernier 126 millions de dollars dans la construction du nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada à Montréal, où la société Novavax fabrique son vaccin contre la COVID-19. Ce vaccin à base de protéines a été autorisé par Santé Canada en février et il est maintenant utilisé au Québec. Novavax produit environ 2 millions de doses par mois de son vaccin dans les installations montréalaises.