Après avoir tiré sa révérence à la tête de Transat A.T. l’an dernier pendant que le voyagiste était toujours secoué par la pandémie, Jean-Marc Eustache a empoché, d’un seul coup, son régime de retraite, ce qui lui a valu un chèque de 21 millions.

Publié le 1er avril
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Les détails entourant cet important paiement effectué à l’un des cofondateurs de la société mère d’Air Transat figurent dans la circulaire de sollicitation envoyée aux actionnaires en vue de l’assemblée annuelle prévue le 27 avril, qui se tiendra virtuellement.

« Aucune indemnité de départ ne lui a été versée, mais [M. Eustache] a immédiatement reçu la valeur des prestations de retraite accumulées au titre de ses 42 années au service de la société, dont il était un fondateur », explique-t-on, dans le document d’environ 135 pages.

La circulaire indique également que la direction du voyagiste, qui a subi plusieurs changements l’an dernier, a vu sa rémunération globale – qui tient compte du salaire et des autres avantages comme les primes et les régimes de retraite – s’établir à environ 11,4 millions.

Après avoir reçu un soutien financier d’Ottawa, le voyagiste, qui sollicite un nouveau prêt gouvernemental pour renflouer ses coffres, avait vu son architecte des quatre dernières décennies céder les commandes de l’entreprise à Annick Guérard le 26 mai dernier.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Annick Guérard est présidente et cheffe de la direction de Transat A.T. depuis la fin de mai 2021.

Au 1er novembre 2020, la valeur du régime de retraite de M. Eustache, âgé de 73 ans au moment de son départ, était de 18,5 millions. Puisqu’il est demeuré en poste un peu plus longtemps que prévu, le gestionnaire a bénéficié d’une révision actuarielle positive de 2,6 millions.

« Le montant forfaitaire versé à notre fondateur et chef de la direction de longue date lui appartient et n’appartient pas à la société », a souligné le président du conseil d’administration de Transat A.T., Raymond Bachand, dans une déclaration envoyée à La Presse en réponse à une question visant à savoir pourquoi M. Eustache avait demandé un seul versement.

Le cofondateur du voyagiste détient aussi 430 000 actions de l’entreprise, selon la firme de données financières Refinitiv.

La réserve était prête

Selon le voyagiste, le paiement effectué à M. Eustache n’a « aucun impact » sur la trésorerie de la société, qui continue de fondre étant donné que l’entreprise perd de l’argent. La somme en question avait déjà été cédée en nantissement.

Au 31 janvier dernier, les liquidités du voyagiste, qui puise environ 30 millions par mois dans ses réserves pour asseoir sa relance, totalisaient 341 millions.

« Le caractère exceptionnel du montant tient compte de la longévité de M. Eustache au poste de président », affirme François Dauphin, directeur de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP).

On voit rarement des montants comme cela, cependant. Les présidents ne restent pas aussi longtemps en poste.

François Dauphin, directeur de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques

Dans l’ensemble, la paye globale de hauts dirigeants de Transat A.T. respecte les conditions qu’a imposées le gouvernement Trudeau l’an dernier avant de mettre près de 750 millions à sa disposition.

Les primes en argent sont restées en suspens, à l’instar des attributions sur des actions ainsi que sur des options. La présidente et cheffe de la direction Annick Guérard a eu droit à une rémunération globale de 1,3 million, ce qui tient compte d’un salaire de base de 540 132 $. La valeur de son régime de retraite a presque triplé (600 000 $) pour refléter ses nouvelles fonctions.

Abstraction faite de la somme de 3,6 millions représentant la valeur des régimes de retraite des patrons, la rémunération de la haute direction de Transat A.T. totalise 7,7 millions. Cette somme tient compte d’un montant de 2,6 millions versés en indemnités de départ à deux cadres qui ont quitté l’entreprise en 2021.

M. Eustache a aussi eu droit à une somme de 1,3 million pour des « vacances accumulées non prises » et à un salaire de 500 000 $ l’an dernier pour son travail de janvier à mai.

À la Bourse de Toronto, l’action de Transat A.T. a clôturé, vendredi, à 5,11 $. Depuis le début de l’année, le titre affiche une progression de 18,8 %, ou 81 cents.

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    Transat est toujours dans le rouge. L’an dernier, sa perte d’exploitation s’est chiffrée à 74 millions.
    SOURCE : Transat