Le maillon du recyclage se greffe à la filière québécoise des batteries avec la construction, par Recyclage Lithion, d’une première usine de récupération des batteries pour véhicules électriques dans la région de Montréal grâce à des millions de dollars offerts par Québec.

Mis à jour le 1er avril
André Dubuc
André Dubuc La Presse
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Confirmé vendredi, ce projet se déclinera en deux phases. La première consiste à implanter un site de broyage lithium-ion à un endroit qui reste à déterminer pour traiter 7500 tonnes de batteries par année, soit l’équivalent d’environ 25 000 véhicules électriques. L’usine devrait être fonctionnelle en 2023. Le deuxième volet table sur la construction d’une usine de 300 millions.

Pour la jeune pousse fondée en 2018 et établie dans l’arrondissement montréalais d’Anjou, ce passage vers la phase commerciale marque la fin de la « traversée du désert », selon son président Benoit Couture.

« Passer du laboratoire à la commercialisation, c’est une marche très haute à monter, explique-t-il en entrevue avec La Presse. Dans le développement d’une entreprise techno comme la nôtre, on dit que cette période-là est la traversée du désert où c’est très difficile d’avoir les fonds pour travailler. »

Au cours des deux prochaines années, Recyclage Lithion investira plus de 80 millions de dollars dans cette première phase. Les activités de l’entreprise devraient générer à terme près de 160 emplois.

LA PRESSE PHOTO PATRICK SANFAÇON

Exemple de batteries qui feront d'un recyclage.

L’appui financier du gouvernement Legault a été confirmé en conférence de presse par le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, son collègue à l’Environnement Benoit Charrette et Bicha Ngo, première vice-présidente exécutive chez Investissement Québec (IQ) – le bras financier de l’État québécois.

Avec cet investissement, Québec deviendra actionnaire à hauteur de 20 % de Recyclage Lithion en injectant 15 millions. Cet appui s’accompagne de subventions totalisant 7,5 millions. Pour la compagnie, il s’agit de la deuxième tranche d’un financement de 125 millions de dollars. La première tranche a été annoncée en janvier dernier.

La compagnie compte déjà Hyundai Canada parmi ses clients et discute avec plusieurs autres clients potentiels, selon M. Couture.

Un créneau névralgique

La stratégie du gouvernement Legault en ce qui a trait aux batteries prévoit des projets à toutes les phases de développement, de la mine à la batterie. Le volet du recyclage est le plus récent projet à être annoncé. Dans l’immédiat, Lithion est le seul joueur connu de l’écosystème dans le recyclage de batteries pour véhicules électriques au Québec.

« Je suis un gros croyant que les mines vont être urbaines dans 15 ans, a confié le ministre Fitzgibbon lors d’une rencontre éditoriale avec La Presse, lundi dernier. Le jour où l’adoption des véhicules électriques va atteindre un plateau, fort probablement que le recyclage des batteries pourrait suffire pour avoir les composantes de lithium, graphite, cobalt et nickel, par exemple. On pourrait techniquement ne plus exploiter de mines. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon.

Dans un deuxième temps, Recyclage Lithion ouvrira un centre de R & D sur place qui sera chargé de l’ingénierie détaillée d’une future usine d’hydrométallurgie, dont la construction doit commencer l’an prochain.

Cette seconde installation servira à raffiner et à extraire de la poudre noire de l’usine de broyage le graphite, le nickel, le lithium, le cobalt et le manganèse. Grâce à sa technologie, soutient l’entreprise, elle pourra récupérer jusqu’à 95 % des composants de batteries, qui pourront ensuite être réutilisés par les fabricants de batteries.

La compagnie a l’œil sur le parc industriel de Bécancour et tout indique que Québec contribuera à cette expansion, où les besoins financiers pourraient se chiffrer à 300 millions.

Québec avait octroyé une aide de 5 millions à Recyclage Lithion en 2019 lors de la construction de son usine-pilote à Anjou. L’entreprise appartient à IQ, IMM Investment Global, de Corée, ainsi que Fondaction. D’autres partenaires s’ajouteront dans les prochains moins, selon M. Couture.

Méconnue, IMM Investment Global possède des liens d’affaires avec les fabricants coréens de cathodes et de cellules de batteries, notamment LG, Samsung, SKI, Ecopro et POSCO, et avec le fabricant d’automobiles Hyundai.

En janvier dernier, Recyclage Lithion a confirmé l’octroi d’une licence d’exploitation exclusive de sa technologie de recyclage de batteries lithium-ion sur le marché coréen à IS Dongseo Company.

Hydro-Québec n’aura pas suffisamment d’énergie pour dire oui à tous les projets industriels et la filière batteries n’échappe pas à ce principe. « À ce jour, il n’y a pas eu beaucoup de conflits, mais […] effectivement, certains projets, peut-être, dans le futur, ne verront pas le jour parce que l’allocation d’hydroélectricité serait plus bénéfique ailleurs pour le Québec », a dit M. Fitzgibbon, en marge de l’annonce. L’ère des surplus tire à sa fin au sein de la société d’État et le ministère de l’Économie suit la situation de près. Le ministre dit être en « harmonie complète » avec Hydro-Québec pour éviter que « le plafond de verre de l’économie soit le manque d’électricité ».

En savoir plus

  • 2018
    Année de fondation de Recyclage Lithion, qui exploite une usine pilote dans l’arrondissement d’Anjou, à Montréal, depuis janvier 2020.
    recyclage lithion
    22 personnes
    Effectif actuel de Recyclage Lithion
    recyclage lithion