(New York) Le géant américain du pétrole et du gaz ExxonMobil s’est engagé mardi à ce que ses opérations atteignent la neutralité carbone d’ici 2050, un objectif qui n’emballe pas les défenseurs de l’environnement puisqu’il ne vise pas les produits énergétiques utilisés par ses clients.

Publié le 18 janvier
Juliette MICHEL Agence France-Presse

ExxonMobil a précisé dans un communiqué avoir pour ambition de parvenir d’ici une trentaine d’années à zéro émission nette pour ses rejets de gaz à effet de serre de niveau 1 et 2 (scope 1 et 2), s’engageant ainsi, en gros, à ce que ses opérations absorbent autant de carbone qu’elles n’en émettent.  

Contrairement à d’autres géants pétroliers comme TotalEnergies, BP ou Royal Dutch Shell, l’entreprise américaine ne s’est en revanche pas avancée sur les émissions dégagées par l’utilisation des hydrocarbures qu’elle produit, comme l’essence brûlée dans les voitures.  

« S’occuper des émissions de niveau 1 et 2 est nécessaire, mais absolument pas suffisant puisque la vaste majorité des émissions des compagnies de pétrole et de gaz vient des produits qu’elles vendent », a réagi auprès de l’AFP Mark Brownstein, de l’ONG américaine Fonds de défense de l’environnement (EDF).

Le cabinet GlobalData estime pour sa part que les émissions de niveau 3 d’ExxonMobil « sont au moins cinq fois plus importantes » que celles de niveau 1 et 2 et qu’elles « devraient augmenter d’environ 15 % au cours des cinq prochaines années ».  

Avec des objectifs moins ambitieux que ses grands concurrents européens, ExxonMobil « risque de perdre du terrain […] au fur et à mesure que la transition vers une consommation énergétique plus propre s’accélère », avance dans une note Will Scargill, spécialiste du secteur pour GlobalData.

Pour bien faire, il faudrait non seulement que l’entreprise s’occupe des émissions de niveau 3, mais s’engage aussi sur les émissions des entreprises avec lesquelles elle travaille en coopération sur des projets particuliers, estime M. Brownstein.  

Surtout, une fois que la major aura détaillé sa feuille de route, normalement en 2023, « il faut qu’elle soit transparente afin que nous puissions vérifier si l’entreprise fait bien des progrès », ajoute-t-il.

Le groupe prévoit dans un premier temps de donner la priorité aux mesures d’efficacité énergétique, à l’atténuation des émissions de méthane, aux mises à niveau des équipements et à l’élimination des opérations régulières de brûlage des gaz.

ExxonMobil table ensuite sur des projets de cogénération d’électricité et de vapeur et sur l’électrification de ses opérations via des énergies renouvelables ou à faibles émissions.

Apaiser la société civile

Le groupe mise par ailleurs beaucoup sur ses investissements dans les projets de capture et stockage de carbone, l’hydrogène et les biocarburants, autre sujet de contentieux majeur avec les écologistes.

Il faut avant tout limiter l’utilisation des hydrocarbures, affirme ainsi Kelly Sheehan de l’ONG Sierra Club dans un message à l’AFP.

« Sans un engagement à limiter les activités qui sont à l’origine de la crise climatique, le plan climatique d’Exxon n’est qu’une nouvelle tentative pour apaiser ses actionnaires et le grand public sans avoir à changer ses pratiques commerciales dangereuses », estime-t-elle.  

ExxonMobil a, de fait, accéléré ses initiatives environnementales en réaction aux pressions grandissantes de citoyens et investisseurs inquiets du changement climatique.

La compagnie s’est notamment vue imposer l’an dernier l’arrivée à son conseil d’administration de trois représentants de la société d’investissement Engine N° 1, qui pousse pour mettre l’accent sur les énergies renouvelables.

Pour le centre de réflexion InfluenceMap, le lobbying de l’entreprise continue par ailleurs à poser problème.  

Pour pouvoir atteindre ses nouveaux objectifs, ExxonMobil met en avant le besoin de politiques gouvernementales permettant « d’accélérer le déploiement de technologies clés au rythme et à l’échelle requis pour soutenir un avenir à zéro émission nette ».

Or selon les analystes d’InfluenceMap, ExxonMobil « surclasse toutes les majors du secteur pétrolier » en termes d’influence négative sur les politiques climatiques, remarque Ed Collins, l’un des responsables de cette organisation, dans un message à l’AFP.  

La major a notamment « fait pression pour bloquer ou affaiblir les politiques climatiques conçues pour réduire les émissions conformément aux objectifs de l’Accord de Paris », affirme-t-il.