(Montréal) Le nombre de porcs en attente d’être abattus atteint un nouveau sommet de 196 000 bêtes chez Olymel, tandis qu’une série de vents défavorables ont frappé le transformateur alimentaire en même temps.

Mis à jour le 12 janvier
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

S’il est normal que le nombre de porcs en attente d’abattage augmente en raison des congés des Fêtes, la pénurie de main-d’œuvre, les absences liées au variant Omicron et les retards accumulés en raison d’un conflit de travail de quatre mois, l’été dernier, ont « aggravé » ce phénomène cyclique, explique le premier vice-président de l’entreprise, Paul Beauchamp. « Ce n’est pas un évènement, c’est une série d’évènements dont les effets se sont cumulés au cours des 12 derniers mois », précise le dirigeant.

En temps normal, le nombre de bêtes en attente d’abattage, qui avoisine une moyenne d’entre 25 000 et 30 000, monte à 40 000 au retour des Fêtes. Le bond à 196 000 est inhabituel et représente près de cinq fois la moyenne.

La nouvelle a d’importantes conséquences pour les éleveurs du Québec. Olymel est le plus important transformateur de porcs au Canada. Elle détient 80 % de la capacité industrielle de transformation au Québec, selon l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Les retards dans l’abattage entraînent une énorme pression financière sur les éleveurs, déplore William Lafond, copropriétaire de la ferme Méloporc à Saint-Thomas, près de Joliette, dans Lanaudière. « J’ai 2000 porcs qui attendent de se faire abattre. C’est environ 16 % de ma production. »

Pour Méloporc, cela représente environ 500 000 $ de revenus en suspens. Pendant ce temps, ces 2000 cochons en trop lui coûtent cher. « Ce sont des porcs qui sont très coûteux à produire, car comme ils sont plus gros, ils mangent beaucoup de moulée et la moulée est très dispendieuse en raison de l’augmentation des prix. »

La moulée pour la « dernière phase », soit la moulée consommée par les porcs avant l’abattage, coûtait environ 370 $ la tonne en 2019-2020. « Ce matin, le prix était de 500 $. »

M. Lafond raconte qu’il se fait parfois dire de produire moins de porcs par des gens qui ne connaissent pas l’industrie. C’est mal connaître la réalité des éleveurs, répond-il. « Ça prend un an faire un cochon. Je n’ai malheureusement pas de boule de cristal. »

La crise actuelle est du « jamais vu », reconnaît David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec. « Nous avons des discussions quotidiennes avec Olymel, nous insistons pour mettre en place un plan adapté aux prochaines semaines et nous continuons de travailler avec nos partenaires pour alléger la situation. »

Des espoirs pour mars

M. Beauchamp estime que la situation s’améliorera et deviendra « plus acceptable » à partir de la mi-mars.

Pour désengorger le réseau, Olymel a redirigé près de 15 000 porcs provenant de l’Ontario vers des usines en Ontario, en Alberta ou aux États-Unis afin de donner la priorité aux éleveurs québécois dans les cinq usines qui font de la transformation de porcs au Québec.

L’entreprise a aussi décidé d’effectuer des coupes de viandes primaires plutôt que des coupes à valeur ajoutée. Autrement dit, l’entreprise fait des coupes qui s’effectuent plus rapidement (avec moins de désossage, par exemple), mais qui génèrent des marges moins élevées.

Olymel sacrifie ainsi des revenus pour privilégier les abattages de manière à pouvoir réduire les porcs en attente.

On le fait, mais il y a des limites à ce qu’on peut faire compte tenu de l’impact financier. Quand on le fait, c’est un coût économique important.

Paul Beauchamp, premier vice-président d'Olymel

Olymel doit aussi composer avec la pénurie de main-d’œuvre. L’entreprise « serait capable » d’embaucher 3000 personnes pour l’ensemble de ses activités au Québec, si la main-d’œuvre était disponible. L’employeur dit avoir bonifié les conditions de travail pour attirer et retenir des travailleurs.

L’entrée en vigueur, lundi, d’un nouveau seuil d’embauche de travailleurs étrangers temporaires, de 10 % à 20 %, par le gouvernement fédéral représente un coup de pouce bienvenu, mais il faudra attendre la fin de l’été avant que l’entreprise ait terminé le processus d’embauche des employés dont elle a besoin.

Pire que la grève ?

Le nombre de porcs en attente d’abattage se trouve à un seuil encore plus élevé qu’au moment du conflit de travail à l’usine de Vallée-Jonction, en Beauce, qui avait entraîné une hausse de la liste d’abattage à près de 160 000 porcs après un conflit qui avait duré quatre mois.

Olymel assure qu’il n’a pas été nécessaire d’euthanasier des porcs. « On fait tout ce qui est humainement possible pour éviter de le faire. »

Durant le conflit de travail, les Éleveurs de porcs du Québec avaient tiré la sonnette d’alarme quant au bien-être des animaux entassés avant d’être abattus. « Bien que la situation soit différente pour nos animaux puisque nous ne traversons pas des canicules actuellement, celle pour certains éleveurs demeure inchangée et est très éprouvante », commente M. Duval.