Le plus récent tour de vis sanitaire du gouvernement Legault n’impose pas de fermetures aux restaurateurs, mais cela n’empêchera pas ceux à la recherche d’une table de se buter à des portes closes au cours des prochains jours. Prudents, les détaillants anticipent néanmoins une hausse de leurs ventes pendant le temps des Fêtes.

Publié le 22 déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Des restaurants avaient opté pour une pause en raison des nombreuses annulations provoquées par la flambée des cas de COVID-19, alors que les autorités déconseillaient les rassemblements.

Copropriétaire du restaurant montréalais Mon lapin, Marc-Olivier Frappier a décidé de faire une croix sur les journées qui précèdent Noël cette année. La pause a été décrétée samedi dernier. Dans le contexte actuel, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Marc-Olivier Frappier, copropriétaire du bar à vin Mon lapin

« Les nouvelles [de mercredi] ne sont pas si mauvaises, mais cela ne change rien pour nous, dit-il. Un resto qui fonctionne à 50 % de sa capacité et qui doit fermer à 22 h, c’est impossible que ça soit rentable. Tant que ça sera comme cela, on ne pourra pas aller bien loin. »

M. Frappier s’attend à prendre une pause jusqu’au 10 janvier. Il espère qu’il y aura des assouplissements d’ici là pour éviter d’avoir à trouver des « revenus alternatifs » pour continuer de faire travailler ses 25 employés.

Au Bar Saint-Denis, il y a eu des cas de COVID-19 parmi les employés. Une pause s’est imposée, explique la copropriétaire de l’établissement Emily Homsy. Cela s’ajoute aux annulations de nombreux groupes.

On veut que les employés et les clients soient à l’aise. On prend cela au jour le jour. Je pense que nous allons rouvrir en janvier. Nous avons estimé que c’était mieux pour tout le monde de fermer.

Emily Homsy, copropriétaire du Bar Saint-Denis

Avec les rumeurs des derniers jours, Francine Brûlé, présidente fondatrice des restaurants Les enfants terribles, a été « bien surprise » par le gouvernement Legault, qui restreint à six personnes ou « deux bulles familiales » les rassemblements autour d’une table à compter du 26 décembre.

« On dirait que tout le monde a la COVID-19, lance la femme d’affaires, faisant allusion à l’augmentation des cas. Les gens craignent d’aller au restaurant. Est-ce qu’on va rester ouverts ? Ça dépendra de l’achalandage. »

Le contexte sanitaire a provoqué de nombreuses annulations, et les limites imposées par Québec sont contraignantes, souligne Mme Brûlé.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Francine Brûlé, présidente fondatrice des restaurants Les enfants terribles

« Nous pouvons fonctionner dans nos restaurants si le 50 % de capacité est plein et que ça tourne deux fois, précise-t-elle. Sinon, on n’y arrive pas. Je dois décortiquer beaucoup de choses. On devra tenir des réunions et prendre des décisions. »

Garder les employés

Du côté de l’Association Restauration Québec, le directeur des affaires publiques et gouvernementales Martin Vézina se disait néanmoins « soulagé » de voir que les salles à manger demeureront ouvertes.

Les prochaines semaines s’annoncent difficiles et bon nombre de restaurants ne seront « pas rentables », mais ils pourront aussi conserver des employés.

Oui, on perd des revenus, mais on va pouvoir conserver des travailleurs clés. La grande crainte, c’est que beaucoup d’employés se disent : “C’est instable, la restauration.” Nous aurions perdu une main-d’œuvre qui n’aurait probablement plus été au rendez-vous par la suite.

Martin Vézina, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec

Contrairement aux bars, les restaurants peuvent poursuivre leurs activités.

M. Vézina a également salué la décision du gouvernement Trudeau d’élargir les critères de ses programmes d’aide afin de permettre à des entreprises de toucher des subventions salariales et des aides au loyer, par exemple.

Des détaillants soulagés, pour le moment

Plusieurs détaillants craignaient de rejouer dans le même film qu’il y a un an lorsque les commerces non essentiels avaient été obligés de fermer leurs portes pendant deux semaines.

Ils sont soulagés d’être épargnés, du moins pour le moment.

C’est certain que mon chiffre d’affaires va être meilleur. Il va y avoir [la frénésie du 26 décembre]. Les gens vont utiliser leurs cartes cadeaux. S’ils ont une carte de 40 $, ils vont peut-être acheter pour 60 $ sur place.

Benoît Doyon, propriétaire de la librairie Imaginaire

Le propriétaire de la librairie Imaginaire, Benoît Doyon, s’était préparé un « plan B » parce qu’il anticipait de mauvaises nouvelles. Surpris de la tournure des évènements, M. Doyon, propriétaire de cinq boutiques (Montréal, Québec, Lévis, Trois-Rivières et Sherbrooke), reste sur ses gardes. Il est conscient que de nouvelles restrictions pourraient être annoncées si la situation sanitaire se détériore.

« On ne ferme pas le 26 décembre, mais est-ce que ce n’est que partie remise ? », se demande-t-il.

La capacité d’accueil des magasins avait récemment été réduite par Québec. Le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, Jean-Guy Côté, a poussé un soupir de soulagement en écoutant la conférence de presse du premier ministre François Legault.

« On constate déjà une réduction importante de l’achalandage dans nos commerces, mais nous allons pouvoir rester ouverts dans les prochains jours, qui sont très importants », affirme-t-il.

M. Côté prévient toutefois que les consommateurs devront s’armer de patience. Dans bien des cas, la clientèle devra renouer avec les files d’attente en raison des restrictions actuelles.