« Nous sommes une alternative au Big Six », a lancé la PDG de la Banque Laurentienne vendredi en faisant part sa vision de l’institution financière pour le futur et de sa très attendue stratégie visant à générer une « croissance rentable à long terme ».

Mis à jour le 10 déc. 2021
Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Rania Llewellyn a présenté un plan de trois ans où elle prévoit une année d’exécution pour 2022, une année de croissance en 2023 et une année de croissance accélérée en 2024.

Celle qui a succédé à François Desjardins l’an passé à la tête de la Laurentienne vise une croissance minimum de 5 % des profits par action en 2022 et de 7 à 10 % à « moyen terme ».

Le moteur de croissance demeure les services aux entreprises (financement d’équipement, d’inventaires, etc.), qui constitue 42 % de l’ensemble des activités de la banque. La direction entend bonifier l’importance de ces activités avec une diversification dans de nouveaux secteurs, comme la technologie, les petites entreprises de construction et l’équipement conformes aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Pour relancer l’organisation et la distinguer davantage des grandes banques au pays, le secteur des services bancaires aux particuliers est repositionné en banque numérique et se tournera notamment vers des segments qualifiés de « sous-desservis » comme les nouveaux immigrants et les étudiants.

« Les nouveaux immigrants n’ont pas de liens ici. C’est donc plus facile de les attirer que d’amener un client d’une autre banque à changer d’institution bancaire », dit Rania Llewellyn en entrevue. La banque entend offrir de nouveaux produits et se tourner vers des partenaires qui n’offrent pas de services financiers, mais qui encadrent les nouveaux immigrants pour obtenir des références et gagner des clients.

CAPTURE D’ÉCRAN

Rania Llewellyn

Rania Llewellyn veut aussi apporter une approche plus « humaine ». « La plupart des clients des grandes banques canadiennes n’ont pas de conseillers attitrés. Tous les clients de la Banque Laurentienne auront un conseiller attitré et auront une évaluation financière une fois par année en personne ou virtuellement », dit-elle.

La banque compte aujourd’hui une soixantaine de succursales, des établissements baptisés « cliniques financières » dans les dernières années en raison d’une transformation de ces emplacements où le conseil financier est devenu la raison d’être de ces lieux physiques. Pour ces raisons, Rania Llewellyn estime trompeur de parler de « succursales » étant donné que le côté transactionnel a été abandonné et dit ne pas aimer l’expression « clinique financière » parce que le mot clinique laisse entendre qu’on doit consulter parce que quelque chose ne va pas. « Nous allons trouver une autre appellation », dit-elle.

Rania Llewellyn ajoute qu’à l’aide de la nouvelle plateforme numérique de la banque, les conseillers virtuels permettront à la Laurentienne d’avoir une plateforme « nationale ».

La direction entend également combler des « écarts fondamentaux clés » en lançant entre autres choses la carte de débit sans contact alors que le virage numérique s’accentue avec le lancement d’une application mobile ce mois-ci et la modernisation du site web de la banque au cours de la prochaine année.

Rania Llewellyn s’engage par ailleurs à ce que la Laurentienne ne finance dorénavant plus de façon directe les projets d’exploration, de production ou de mise en valeur du charbon, du pétrole et du gaz.

Elle affirme que c’est un « élément clé » distinguant la Laurentienne des autres banques canadiennes, ce qui, espère-t-elle, l’aidera à attirer des entreprises qui s’efforcent d’accélérer leur transition vers l’énergie verte ainsi que des clients et des gens de talent pour qui le développement durable est une priorité.

Hausse du dividende

En dévoilant ses résultats de fin d’exercice vendredi, la Laurentienne a annoncé une bonification de 10 % du dividende et révélé son intention de racheter jusqu’à 2 % de ses actions à des fins d’annulation au cours de la prochaine année. La hausse du dividende est particulièrement intéressante dans le contexte où ce dividende avait été coupé de 40 % au printemps l’année dernière.

Pour les mois d’aout, de septembre et d’octobre, la banque a généré une perte de 102,9 millions essentiellement attribuable à des charges de dépréciation et de restructuration liées à l’examen stratégique des activités à la dépréciation du secteur des services bancaires aux particuliers.

En excluant ces charges, les activités ont généré un bénéfice de 47,8 millions durant le trimestre de fin d’exercice, ou 1,06 $ par action, un résultat supérieur aux attentes des analystes, qui prévoyaient un bénéfice par action ajusté de 92 cents.

Le bénéfice ajusté généré au quatrième trimestre est en hausse de 13 % sur un an, mais en baisse de 19 % par rapport au trimestre précédent.

Si la banque souhaite que l’amélioration espérée de la rentabilité se reflète éventuellement dans l’évaluation boursière, les investisseurs ont bien réagi vendredi aux annonces du jour. L’action de la Laurentienne s’est appréciée de 5,7 %, à 40,19 $, à Toronto.

« La direction stratégique de la banque est beaucoup plus importante que la performance de fin d’exercice dévoilée vendredi », a indiqué l’analyste Darko Mihelic, de RBC, dans une note envoyée à ses clients.

Un seul des dix analystes qui suivent les activités de la banque recommandait l’achat du titre avant les annonces de vendredi.