Le thème de l’électrification est de plus en plus à la mode, mais les jeunes pousses peinent à obtenir le financement nécessaire afin d’alimenter leur croissance, constate une étude réalisée par Propulsion Québec dont les résultats seront présentés ce vendredi. Obtenu par La Presse, le document brosse un portrait des besoins en plus de proposer des pistes de solution, dont la création d’un fonds d’investissement privé pour permettre aux acteurs du milieu d’appuyer sur l’accélérateur. Tour d’horizon.

Publié le 3 déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

57 %

Il s’agit de la proportion des entreprises du secteur des transports électriques et intelligents (TEI) qui en sont aux phases d’amorçage et de démarrage, où l’on effectue de la recherche, le développement de produits et la commercialisation initiale.

« C’est à cette étape que les investissements de série A sont très importants pour réaliser par exemple un prototype, explique la présidente-directrice générale de Propulsion Québec, Sarah Houde. Il faut plus [d’investisseurs] pour ces stades. Il y a un trou. »

Letenda (autobus à propulsion électrique) et Theron (VTT électriques) sont des exemples d’entreprises au premier stade de leur développement. Concept GeeBee (mobipodes électriques) et RVE (infrastructures de recharge) sont au stade du démarrage, tandis que la Compagnie électrique Lion est considérée comme une entreprise en « croissance ».

L’étude a déterminé seulement 9 % d’entreprises à l’étape « post-démarrage », qui correspond généralement au financement de série B et à la phase de croissance.

1,4 milliard

La grappe des TEI évalue que le déficit total à combler pour satisfaire les besoins en capital des entreprises du secteur est de 1,4 milliard pour les trois à cinq prochaines années. Les étapes de la croissance (800 millions) et du démarrage (420 millions) sont celles où les besoins sont les plus criants.

Le secteur regroupe cinq sous-secteurs : les véhicules autonomes et connectés, les véhicules à émission zéro, les infrastructures, les services de mobilité et tout ce qui entoure les batteries et le stockage d’énergie.

100 millions

Pour combler une partie du manque à gagner, Propulsion Québec suggère la création d’un fonds d’au moins 100 millions qui émanerait du secteur privé, notamment grâce à la contribution d’investisseurs institutionnels et de firmes d’investissement. Il s’agit en quelque sorte d’un appel au marché, a expliqué Mme Houde.

« C’est une solution concrète pour répondre aux difficultés des entreprises en phase d’amorçage, souligne-t-elle. Ce fonds devrait générer un rendement. Il devrait y avoir un gestionnaire. On veut faire le tour de tout le monde au Québec pour voir qui pourrait s’impliquer. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Sarah Houde, présidente-directrice générale de Propulsion Québec

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Une entreprise québécoise est en moyenne âgée de 10 ans lorsqu’elle réalise sa quatrième étape du financement de démarrage (série C). Il lui faut en moyenne quatre années de plus pour franchir ce jalon par rapport à une société américaine.

« Ça frappe l’imaginaire, lance la présidente-directrice générale de Propulsion Québec. C’est sûr que ça fait une différence. Ce sont les présidents et les chefs de la direction financière qui s’occupent de ces étapes. C’est très prenant. Pendant qu’on fait cela, on ne travaille pas sur d’autres choses. »

Au Québec, la taille moyenne d’un financement de série C, destiné à « accroître ou maintenir » la position de marché d’une entreprise, est généralement de 66 millions, selon l’étude.

33 %

Pour 100 entreprises qui obtiennent un financement d’amorçage, seulement 33 atteignent l’étape du tour de financement de série A. Aux États-Unis, cette proportion est de 75 %.

« Cette analyse démontre que les entreprises américaines semblent avoir des besoins en capitaux beaucoup plus importants que leurs homologues canadiennes, mais également qu’il existe une volonté d’investir et une tolérance au risque des investisseurs sensiblement plus importantes aux États-Unis qu’au Québec », souligne l’étude.

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C’est le nombre d’enjeux et de défis à relever qui sont mis en relief dans le document de 36 pages. Un des constats : peu d’investisseurs québécois semblent enclins à jouer le rôle d’investisseur principal lorsqu’une entreprise des TEI effectue un tour de financement.

« Peu d’investisseurs locaux ont une connaissance approfondie du secteur, ce qui les incite très souvent à vouloir trouver un autre investisseur plus chevronné pour mener la ronde de financement », écrit-on.

Propulsion Québec a mandaté la firme EY pour la réalisation de l’étude. Plus de 60 entreprises ont été contactées dans le cadre du processus. Des entrevues ont été menées avec une quarantaine de dirigeants d’entreprises ainsi que des investisseurs locaux et internationaux. Au moins 3000 transactions ont été analysées.