Le covoiturage domicile-travail qui avait fait le succès de Netlift depuis 2014 n’est plus. Aux prises avec une baisse de 95 % de son chiffre d’affaires en 2020, l’entreprise montréalaise annonce ce mercredi sa transformation en « plateforme de mobilité corporative », utilisant sa technologie pour concocter des réseaux de transport sur mesure pour ses entreprises clientes.

Publié le 3 nov. 2021
Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

L’annonce vient en fait boucler une année de transformation au cours de laquelle on a expérimenté avec profit ce modèle. « En 2021, nous avons eu une hausse de 466 % du chiffre d’affaires, on a largement dépassé ce qu’on faisait en 2019, se réjouit Marc-Antoine Ducas, cofondateur et PDG de Netlift. On écoute le marché, on s’ajuste, on repositionne la compagnie. »

Cauchemar logistique

Le télétravail et les confinements qui ont marqué l’année 2020 ont pratiquement tué le modèle classique de covoiturage, où un travailleur proposait avec sa voiture un transport contre rétribution, généralement entre la banlieue et Montréal.

« Au plus fort de la pandémie, même les employés du système de santé, parmi les rares qui devaient se rendre sur les lieux de travail, se voyaient déconseiller le covoiturage par la Santé publique », rappelle M. Ducas.

La campagne de vaccination, qui a officiellement commencé au Québec le 14 décembre 2020, a alors ouvert un nouveau marché pour Netlift. La logistique du transport des patients, des vaccins et des employés était un casse-tête pour lequel le réseau de la santé n’était pas préparé. « Des hôpitaux nous ont dit qu’ils étaient dépassés, raconte le PDG. Ils ont utilisé notre plateforme, qui n’avait pas été créée dans ce but. Ils ont essayé de prendre un tournevis pour planter des clous, et ça a marché. »

Il donne en exemple un des clients de la première heure, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

On parle de 16 sites, de milliers de personnes déplacées dans le contexte de la pandémie, de dépistage. Ils avaient des autobus, du taxi collectif, c’était un défi logistique colossal. Nous, on était la plateforme qui prenait les commandes et redistribuait tout ça. Sans les bons outils, les gens auraient passé leurs journées au téléphone.

Marc-Antoine Ducas, cofondateur et PDG de Netlift

Il s’agissait d’un marché totalement « insoupçonné » pour Netlift, souligne-t-il, qui a permis de mettre à profit tous les outils de géolocalisation, d’organisation des horaires, de prise de rendez-vous et de facturation déjà utilisés. « Pour être très candide, on ne savait pas qu’on était bons à ce point là-dedans. »

Réseau sur mesure

Ce sont ensuite d’autres employeurs, notamment du secteur manufacturier, qui ont fait appel à Netlift pour coordonner le navettage de leurs employés. Une entreprise manufacturière de Drummondville qui devait faire venir tous les jours des employés de Montréal a ainsi utilisé cette plateforme pour organiser leur transport en misant essentiellement sur le covoiturage, mais en incluant le temps de déplacement dans les heures de travail.

Nous, maintenant, on crée un réseau de transport pour l’employeur, on utilise des autos, des taxis, des autobus. On peut par exemple passer des contrats avec des entreprises gérant des autobus comme La Québécoise ou Galland. On devient vraiment un intermédiaire.

Marc-Antoine Ducas, cofondateur et PDG de Netlift

L’ancienne formule de Netlift, basée sur des engagements entre consommateurs, n’est plus viable, estime le PDG. « C’est impossible d’être profitable. Il n’y a pas de consommateur qui va vouloir payer 40 $ pour son trajet, et les automobilistes ne vont pas faire des lifts à 1,59 $. On a essayé de trouver une formule avec le gouvernement du Québec, en vain. Il n’y a pas d’appétit au Québec pour des solutions comme celle-là. »

La transformation officielle de l’entreprise montréalaise survient deux jours après l’annonce de Revenu Québec obligeant tout chauffeur d’une entreprise de transport comme Uber, Eva ou Netlift à remettre une facture à ses clients. M. Ducas assure qu’il s’agit d’« un hasard du calendrier » et que cette obligation n’entrave pas les activités de Netlift. « On n’a pas décidé d’adapter nos affaires là-dessus. »