(Montréal) Si Air Canada est restée dans le rouge au troisième trimestre – au cours duquel elle a reçu 103 millions de la subvention salariale du gouvernement fédéral –, l’entreprise semble voir le bout du tunnel. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, le transporteur aérien a cessé de brûler quotidiennement des liquidités.

Mis à jour le 2 nov. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Signe que la demande reprend de l’altitude dans un contexte où les restrictions sanitaires s’assouplissent dans le monde, la plus importante compagnie aérienne au pays a notamment légèrement révisé à la baisse les annulations de commandes d’A220 annoncées il y a un an.

Air Canada reprendra ainsi deux appareils A220-330, assemblés chez Airbus Canada, à Mirabel, avant d’être livrés en 2024. C’est finalement 10 avions qui sont retirés du contrat de 45 appareils annoncé en 2016.

« Bien que la pandémie continue d’avoir un impact sur l’industrie, les résultats du troisième trimestre démontrent que notre compagnie effectue de grands progrès et qu’elle est maintenant dans une phase de reprise », a commenté mardi son président et chef de la direction, Michael Rousseau, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes.

Il a également profité de sa tribune pour plaider en faveur du retrait de l’obligation de subir un test de dépistage de la COVID-19 avant de monter à bord d’un avion. M. Rousseau estime que cette mesure décourage les voyageurs.

Au troisième trimestre terminé le 30 septembre, la performance d’Air Canada a dépassé les attentes des analystes. L’action a ainsi terminé la séance à 24,01 $, en hausse de 1,01 $, ou 4,4 %, mardi, sur le parquet de Bay Street.

Pour la période de trois mois ayant pris fin le 30 septembre, la perte nette de l’entreprise s’est chiffrée à 640 millions, ou 1,79 $ par action, un résultat qui tient compte d’une perte de change de 136 millions.

Au troisième trimestre il y a un an, Air Canada avait perdu 685 millions, ou 2,31 $ par action.

Stimulés par une augmentation des réservations, une augmentation de sa capacité et ses activités de fret aérien, les revenus du transporteur aérien ont presque triplé pour s’établir à 2,1 milliards. Les analystes sondés par la firme Refinitiv anticipaient des recettes de 1,8 milliard.

Malgré cette progression, le chiffre d’affaires accuse un recul de 62 % par rapport à ce qui avait été généré par Air Canada au troisième trimestre de 2019 – avant l’arrivée du nouveau coronavirus.

La perte d’exploitation – liée aux activités de la compagnie – a été réduite de plus de moitié, à 364 millions. Mais surtout, Air Canada a généré des liquidités de 153 millions, une nette amélioration alors qu’elle s’attendait à puiser de 280 à 460 millions dans ses réserves.

Air Canada cessera d’offrir des prévisions sur sa consommation de trésorerie.

« Nous interprétons cela positivement puisque l’entreprise estime qu’elle a les reins assez solides […] pour cesser de divulguer cette information à chaque trimestre », a souligné l’analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans une note.

Pour accélérer la reprise

S’il s’est félicité des récents assouplissements sanitaires, M. Rousseau croit qu’Ottawa devrait aller encore plus loin en mettant fin à l’obligation, pour les voyageurs, de subir un test de dépistage.

« Nous estimons qu’avec les politiques mises en place et les taux de vaccination élevés au sein de la population, le test de dépistage avant le départ n’est pas nécessaire, a-t-il fait remarquer. Nous allons plaider en faveur de son élimination. »

Pour entrer au pays par la voie des airs, les passagers doivent subir un test de dépistage dans les 72 heures avant leur retour. Cette mesure, d’après le grand patron d’Air Canada et d’autres acteurs de l’industrie, décourage certains voyageurs en raison du coût de ces tests.

L’abolition de cette exigence stimulerait la demande, selon M. Rousseau, qui est cependant incapable d’en chiffrer l’impact.

« Premièrement, nous ne pensons pas que cela soit nécessaire du point de vue de la sécurité, a-t-il dit en réponse à la question d’un analyste. Nous pensons que cela aiderait, mais nous n’avons tout simplement pas d’estimation quant à l’impact. »

Jusqu’à présent, la reprise de la demande s’observe essentiellement dans le créneau touristique, notamment dans le marché des destinations soleil, mais la clientèle d’affaires se fait toujours attendre.

La vice-présidente générale et chef des affaires commerciales Lucie Guillemette anticipe un rééquilibrage l’an prochain.

« Nous avons bon espoir qu’il y aura un retour dans les bureaux en 2022, ce qui devrait stimuler les voyages d’affaires, a-t-elle dit. Mais sans aucun doute, ce segment accuse un certain retard. »

Air Canada prévoit augmenter sa capacité d’environ 135 % au cours des trois derniers mois de son année financière par rapport à il y a un an, puisqu’elle continue d’ajouter des destinations.

Par rapport au quatrième trimestre de 2019, cette capacité sera toutefois inférieure de 47 %.

Employés non vaccinés suspendus

Plus de 800 employés d’Air Canada sont actuellement suspendus sans solde puisqu’ils ne sont pas adéquatement vaccinés. En vertu des règles décrétées par le gouvernement Trudeau, les employés des compagnies aériennes devaient avoir reçu leurs deux doses de vaccin en date du 30 septembre pour éviter une mise à pied ou un éventuel licenciement. Plus de 96 % des quelque 27 000 salariés d’Air Canada ont reçu leurs deux doses de vaccin. Chez Transat A. T., 18 employés sont en « suspension administrative », a fait savoir son porte-parole Christophe Hennebelle. L’effectif du voyagiste est d’environ 2700 personnes. Selon les informations rapportées par le Globe and Mail, près de 300 des 7300 travailleurs de WestJet ne sont pas adéquatement vaccinés.