Syndicats et employeurs qualifient de « jamais vues » les demandes actuellement formulées par les travailleurs en quincaillerie. Les salariés ne semblent plus hésiter à demander des assouplissements comme des congés pour douleurs menstruelles ou encore une diminution du nombre d’heures obligatoires à l’horaire.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

« J’ai des douleurs menstruelles, j’aimerais ça avoir des congés additionnels. » Cette demande provenant d’une jeune travailleuse de quincaillerie a pour le moins déstabilisé Steeve Bégin, représentant syndical pour les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC Canada). Son syndicat représente 46 quincailleries au Québec – sous différentes marques, comme Réno-Dépôt, Rona, Patrick Morin ou BMR – pour un total de 3700 membres.

« Ce n’est pas simple, parce que ce n’est pas quelque chose qui existe beaucoup en Amérique du Nord. Mais ça suscite des discussions aux tables de négociations. On aborde de nouveaux sujets. C’est intéressant. En même temps, on est loin de notre train-train quotidien », convient-il au cours d’une entrevue en mode virtuel.

La pénurie de main-d’œuvre actuelle fait en sorte que les jeunes – qui travaillent à temps partiel – sont plus « dégourdis » et hésitent moins à demander des assouplissements, selon lui. Autre changement, les consultations avec les syndiqués se font maintenant par courriel. Un modus operandi qui n’a rien à voir avec les assemblées en « présentiel » auparavant organisées et qui attiraient environ 30 % des membres. « Maintenant, ce sont 100 % des membres qui font leurs demandes. »

« Avant, on exigeait [des employés à temps partiel] 24 heures de disponibilité, dont trois soirs ainsi que le samedi et dimanche, explique-t-il. Maintenant, je négocie qu’ils peuvent donner un soir, samedi, dimanche. Et ils peuvent indiquer le maximum d’heures qu’ils désirent travailler. Pendant la période des travaux et des examens, ils peuvent aussi indiquer un nombre d’heures inférieur à 8 heures. J’ai même un texte [un article dans la convention collective] de congé sans solde l’hiver. Je n’avais jamais vu ça. » M. Bégin estime que ces changements ouvrent la porte à de meilleures conditions de travail pour « ceux qui arrivent ».

Salaires et congés

À Sept-Îles, sur la Côte-Nord, Dominic Larouche, directeur général de la quincaillerie Lauremat, constate, lui aussi, une plus forte demande dans les congés. « Je prends une semaine à partir de demain », voilà une demande qui est plus fréquente qu’avant, indique M. Larouche, qui note que le nombre de « journées manquées » est beaucoup plus élevé.

Les employés, en raison des diverses occasions d’emploi, veulent également négocier un meilleur salaire. « Je n’ai personne au salaire minimum, souligne-t-il. On donne des prix employés même à ceux qui ne travaillent pas 32 heures. Les gens veulent plus de temps pour eux, et on le comprend. »

Alors que beaucoup se questionnent sur la pertinence de fermer les commerces le dimanche, Dominic Larouche est passé à l’acte il y a déjà un an et demi. La quincaillerie Lauremat est fermée le dimanche ainsi que le jeudi et le vendredi soir.

Et ses ventes ? « Elles sont demeurées stables », affirme-t-il. M. Larouche compte une cinquantaine d’employés à l’intérieur du commerce de 22 000 pieds carrés.

Du côté de BMR, Julie Crevier, directrice des communications, confirme également que « le marché de l’emploi évolue et que les attentes des employés évoluent ». « Notre plus grand défi, c’est d’essayer de trouver des façons de ne pas perdre de bons candidats, d’être aussi flexibles que possible, mais pas au détriment de l’équité. Les gens qui sont avec BMR depuis 3, 4, 5, 10 ans, ils ont BMR tatoué sur le cœur et ils veulent faire partie de la solution, mais je ne peux pas leur demander de faire tous les week-ends parce que les autres ne veulent pas le faire. Au-delà de l’embauche, il s’agit d’avoir une équité et un bon esprit d’équipe. »