Baisse de la clientèle, complications dans la gestion des réservations et non-reconnaissance du code QR en papier comptent parmi les difficultés éprouvées par de nombreux propriétaires d’établissement, notamment les restaurateurs, deux semaines après le déploiement du passeport vaccinal. À la suite d’une période d’ajustement, des sanctions allant de 1000 à 6000 $ seront imposées aux commerçants et aux clients fautifs à compter de ce mercredi.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Les restaurants, les bars, les salles de cinéma et de conditionnement physique figurent sur la liste des lieux où le passeport vaccinal est obligatoire. Après 14 jours, l’obligation de présenter un code QR bouscule déjà les façons de faire, si bien que certains restaurateurs ont même décidé de ne plus prendre de réservations.

C’est le cas de Sandra Forcier, copropriétaire du Ratafia, bar à vin et dessert situé sur le boulevard Saint-Laurent. « Dans une soirée, on court après notre queue. Et il y a une soirée en particulier où je venais juste de faire payer des gens pour qu’ils quittent et que je puisse prendre la table qui était réservée. Finalement, je me retourne et je vois sur la tablette que la réservation est annulée. Courir comme ça pour que finalement, en bout de ligne, ça ne fonctionne pas et que je doive refuser des gens pour rien… »

Pour Mme Forcier, l’arrivée du passeport vaccinal a été le coup de grâce. La gestion de réservations devenait insoutenable. Elle n’en prend donc plus depuis deux semaines. Est-ce plus simple de fonctionner ainsi ? « Tellement, tellement, tellement, répond-elle sans hésitation. Je renvoie tellement de gens qui n’ont pas de passeport, qui n’ont pas de pièce d’identité. [Dans ces conditions], c’est sûr qu’il y aurait des réservations qui ne rentreraient pas. »

Une décision qui ne surprend pas l’Association Restauration Québec (ARQ).

C’est normal que l’industrie réagisse lorsqu’elle est victime d’une situation qui lui nuit. Le passeport vaccinal vient ajouter une contrainte.

François Meunier, vice-président aux affaires corporatives et gouvernementales de l’ARQ

« Nous avons pris la décision de ne plus accepter les réservations au Pastaga, vins nature & restaurant », pouvait-on également lire sur la page Facebook du chef propriétaire, Martin Juneau, dans un message publié le 31 août, la veille de l’entrée en vigueur du passeport vaccinal. « Nous allons honorer celles qui ont été prises jusqu’à maintenant. Nous avons réfléchi, et nous avons conclu que c’était la seule façon de pouvoir continuer d’opérer notre établissement, avec la situation actuelle. »

« C’est la première fois en 10 ans que je laisse tomber le concept de réservation, précise Martin Juneau en entrevue téléphonique. Le passeport, ça nous rajoute une étape de plus. »

Des clients sans passeport

Après deux semaines, certains clients se pointent toujours au restaurant sans code QR et pièce d’identité, affirme pour sa part Sandra Forcier. « Le premier week-end, c’était traumatisant de voir à quel point il y avait beaucoup de gens qui s’essayaient, raconte-t-elle. Il y a des gens qui arrivent de certains endroits et nous disent que là-bas, on ne leur a pas demandé leur passeport. »

Résultat : au cours de la première semaine d’entrée en vigueur, elle a dû refuser environ 20 % des gens qui se présentaient chez Ratafia et 15 % la semaine suivante. Certains clients appellent même au restaurant pour demander s’ils sont obligés de présenter la fameuse preuve vaccinale.

Du côté du Gym Le Vestiaire, qui exploite une succursale dans le quartier Villeray à Montréal et une autre à Boisbriand, la copropriétaire Emmanuelle Blais note aussi une baisse de la clientèle de l’ordre de 5 à 10 %.

Difficultés avec le papier

Par ailleurs, des restaurateurs ont signalé avoir des problèmes avec la lecture de la version papier du code QR. Plusieurs commentaires publiés sur la page Facebook de l’ARQ allaient en ce sens. Une difficulté également éprouvée par Sandra Forcier. « Le papier fraîchement imprimé, ça va, dit-elle. À partir du moment où il y a un pli dedans, il n’y a rien à faire. Ça ne marche pas. »

Pour les utilisateurs de téléphones Android qui éprouvaient des difficultés, François Meunier confirme qu’une mise à jour de l’application est offerte depuis mardi.