Le plus gros investisseur institutionnel du Québec vient de révéler avoir réduit substantiellement son exposition aux grandes banques canadiennes avant le début du mois de juillet. La Caisse a aussi diminué de moitié son investissement dans Rogers en vendant pour plus de 300 millions de dollars d’actions de l’entreprise qui tentait d’acheter Cogeco.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

L’exposition aux grandes banques canadiennes réduite substantiellement

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Bureaux de la Banque Scotia, à Toronto

La Caisse de dépôt et placement du Québec vient de révéler avoir réduit substantiellement son exposition aux grandes banques canadiennes avant le début du mois de juillet.

Le plus important investisseur institutionnel de la province a notamment commencé juillet avec 3,7 millions d’actions de la Banque Royale en moins qu’au début du mois d’avril. C’est l’équivalent d’une réduction de 25 % de son placement dans la plus grande banque au pays.

Le document déposé vendredi auprès de la Securities and Exchange Commission indique aussi que la Caisse a abaissé de plus de 20 % la taille de son investissement en actions dans la Scotia (- 3,7 millions d’actions). Même chose pour la participation détenue dans la Banque de Montréal (- 2,5 millions d’actions) et dans la Banque TD (- 1,9 million d’actions).

Les dates des transactions ne sont pas précisées hormis le fait qu’elles ont été réalisées du 1er avril à la fin de juin.

Les grandes banques canadiennes ont toutes enregistré une forte progression en Bourse au cours de la dernière année. Depuis le creux atteint le 23 mars l’an passé, elles ont généré un rendement moyen d’environ 100 %.

Dans certains cas, le rendement s’avère largement supérieur à 100 %. Les activités des banques liées aux marchés financiers et à la gestion de patrimoine ont enregistré de bons résultats et aident à comprendre la performance boursière.

Rappelons qu’au cours des trois premiers mois cette année, la Caisse avait notamment ajouté 3,1 millions d’actions de la BMO dans son portefeuille et réduit de 2,8 millions d’actions sa participation dans la TD.

À l’instar de la Caisse, l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP) – l’un des grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au pays – a lui aussi diminué son exposition à plusieurs grandes banques canadiennes au deuxième trimestre. Des documents soulignent que les investissements dans la CIBC et dans la Scotia ont été charcutés d’environ 80 %, tandis que celui dans la Royale a été abaissé de 12 %.

PSP a cependant bonifié de 4 % son placement dans la TD le printemps dernier avec l’ajout de 159 820 actions en portefeuille.

Du côté de Jarislowsky Fraser, le placement dans la TD a de nouveau été abaissé. Après une diminution de 50 % avec la vente de 10,9 millions d’actions durant les trois premiers mois de l’année, cet investissement a été abaissé de 20 % supplémentaires durant le trimestre printanier. La TD était en début d’année la plus grosse position chez Jarislowsky. Elle comptait pour environ 7 % du portefeuille.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Bureaux de la TD, à Montréal

Le gestionnaire d’actifs montréalais Letko Brosseau avait, quant à lui, réduit de 15 % à 20 % ses placements dans le big 5 (Royale, TD, Scotia, BMO et CIBC) durant les mois de janvier, février et mars.

Par ailleurs, la Caisse de dépôt a également diminué de 43 % l’importance de son investissement en actions dans Manuvie au deuxième trimestre, l’équivalent de 15 millions d’actions en moins en portefeuille au début de juillet par rapport au niveau du début d’avril.

Il n’a pas été possible de savoir ce qui a motivé cette gestion active dans le secteur financier puisque la Caisse ne commente jamais ses décisions d’investissement pour des raisons de stratégie et de compétitivité sur les marchés.

Toutefois, la Caisse de dépôt publie ce mercredi ses résultats de mi-année, et la direction sera appelée à commenter ses portefeuilles liquides.

Les grands investisseurs institutionnels sont tenus de déclarer à la Securities and Exchange Commission chaque trimestre le contenu de leurs portefeuilles d’actions qui s’échangent sur les marchés américains. Les titres de nombreuses entreprises canadiennes et québécoises se négocient aux États-Unis, ce qui rend intéressants les documents déposés par les institutionnels d’ici.

Les transactions significatives

Les grands investisseurs institutionnels québécois ont multiplié les transactions au cours du deuxième trimestre. Voici quelques gestes significatifs.

Caisse de dépôt

Chef des marchés liquides : Vincent Delisle

Siège social : Montréal

Fait saillant : réduction substantielle de la position dans Rogers

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Achat de 1,8 million d’actions de Telus

Vente de 4,7 millions d’actions de Restaurant Brands

Vente de 15 millions d’actions de Manuvie

Le plus gros investisseur institutionnel du Québec a charcuté de 50 % son investissement dans Rogers Communications en vendant pour plus de 300 millions de dollars d’actions de cette entreprise qui a tenté d’acheter Cogeco au cours de la dernière année. La participation dans Restaurant Brands (Tim Hortons) est abaissée de 85 %. Ce placement vaut dorénavant 70 millions. La Caisse a par ailleurs bonifié ses positions détenues dans Facebook (+ 125 %), Microsoft (+ 55 %), Amazon (+ 85 %) et Apple (+ 220 %).

Investissements PSP

Chef des placements : Eduard van Gelderen

Siège social : Ottawa (bureau principal à Montréal)

Fait saillant : réduction substantielle de la participation dans la Scotia

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Vente de 1,1 million d’actions du CN

Vente de 1,3 million d’actions de CAE

Achat de 1,1 million d’actions de Tilray

L’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP) – l’un des grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au pays – a lui aussi bonifié de 50 % son investissement dans Microsoft, alors que celui dans Apple a été majoré de 30 %. Si la participation dans le CN avait été bonifiée de 45 % (+ 473 303 actions) entre les mois de janvier et avril, elle a été diminuée de 71 % avec la vente de 1,1 million d’actions entre avril et juillet. L’investissement dans CSX a bondi de 475 % avec l’achat de 1 million d’actions. Le placement dans Pfizer (+ 66 %) et Johnson & Johnson (+ 93 %) a été amplifié.

Fiera Capital

Chef des placements, division canadienne : Nicolas Papageorgiou

Siège social : Montréal

Fait saillant : bonification du placement dans Telus

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Achat de 3 millions d’actions d'Enerplus

Achat de 1,2 million d’actions d'Orla Mining

Achat de 146 000 actions de CGI

Contrairement à la Caisse et à PSP, Fiera a majoré son investissement dans Brookfield Asset Management au deuxième trimestre. La Caisse a réduit son exposition à Brookfield Asset Management de 35 % (- 6,4 millions d’actions), tandis que PSP l’a de son côté abaissé de 77 % (- 1,2 million d’actions). Fiera a majoré de 5 % ses investissements dans CGI (+ 146 000 actions) et Telus (+ 502 837 actions).

Jarislowsky Fraser

Co-chefs des actions : Charles Nadim et Kelly Patrick

Siège social : Montréal

Fait saillant : autre réduction de la position dans CAE

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Achat de 1,5 million d’actions du CN

Vente de 13,7 millions d’actions d'Enbridge

Vente de 2,4 millions d’actions de la TD

L’importance de CAE continue de diminuer. Après la vente de 1,7 million d’actions durant les trois premiers mois de l’année, le placement dans le spécialiste montréalais des simulateurs de vol a baissé de 26 % avec la vente de 5,4 millions d’actions durant les mois d’avril, mai et juin. Après avoir initié une participation de 1,2 million d’actions dans Franco-Nevada en début d’année, ce placement a été bonifié de 134 % au printemps avec l’ajout de 1,2 million d’actions. L’investissement dans Shopify a de son côté été bonifié de 40 % (+ 166 000 actions).

Letko Brosseau

Responsables des placements : Peter Letko et Daniel Brosseau

Siège social : Montréal

Fait saillant : diminution de la participation dans Cenovus

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Achat de 1,4 million d’actions de Macerich Company

Vente de 1,3 million d’actions de Hudbay Minerals

Achat de 6,1 millions d’actions de Companhia Paranaense de Energia

Le gestionnaire d’actifs montréalais abaisse de 7 % supplémentaires son placement dans Hudbay Minerals. Après la vente de 6,5 millions d’actions en début d’année, c’est 1,3 million d’actions de plus qui viennent d’être vendues. Le placement dans Cenovus recule de 10 % avec la vente de 3,4 millions d’actions, alors que la position initiée dans West Fraser Timber en début d’année a été abaissée de 20 % avec la vente de 450 000 actions. Une position dans Maxar est initiée avec l’achat de 487 000 actions.

Hexavest

Chef des placements : Vital Proulx

Siège social : Montréal

Fait saillant : autre réduction de la participation dans Microsoft

Autres gestes significatifs au deuxième trimestre de 2021

Vente de 121 209 actions de Bristol Myers Squibb

Vente de 238 149 actions de Freeport McMoRan

Vente de 300 000 actions d'AES

L’exposition aux institutions financières américaines est réduite pour le troisième trimestre de suite par le gestionnaire d’actifs montréalais qui fait dorénavant partie du Mouvement Desjardins. La réduction de la taille des placements dans JPMorgan, Bank of America, Wells Fargo et autres Morgan Stanley est de l’ordre de 15 %. L’investissement dans Costco est bonifié de près de 20 % alors que celui dans Walmart est abaissé de 15 %. Une position est initiée dans Cardinal Health. Pfizer et Merck ont de leur côté un poids 20 % plus important en portefeuille. L’exposition à Microsoft, Amazon, Alphabet (Google) et Apple baisse de 15 à 20 %, selon le titre.

Méthodologie

Les grands investisseurs institutionnels sont tenus de déclarer à la Securities & Exchange Commission tous les trimestres le contenu de leurs portefeuilles d’actions qui se transigent sur les marchés américains. Les titres de nombreuses compagnies canadiennes et québécoises se négocient aux États-Unis, ce qui rend intéressants les documents déposés par les institutionnels québécois. Ces déclarations sont surveillées afin d’obtenir des signaux révélant où les grands investisseurs identifient des valeurs. Les documents portant sur le deuxième trimestre de 2021 ont été déposés dans les derniers jours, ce qui permet de voir comment les gros investisseurs de la province se sont positionnés pour l’été.