Moins de cinq mois après avoir officiellement accroché Bombardier Transport à ses wagons, Alstom plie bagage à Sorel-Tracy, où son atelier devait pourtant profiter des engagements pris par le géant français dans le cadre de la transaction.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Faute de nouveaux contrats, la multinationale ne renouvellera pas le bail des installations où elle est présente depuis 2013. Les activités seront déplacées vers les installations de Saint-Bruno-de-Montarville, en banlieue sud de Montréal, et de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, qui appartenaient autrefois à Bombardier.

Inquiets depuis plusieurs semaines déjà, les travailleurs ont appris la mauvaise nouvelle mercredi après-midi au cours d’une rencontre avec l’employeur.

« Les employés étaient démolis, attristés et frustrés, a laissé tomber au bout du fil le président syndical Pierre-Luc Pigeon-Rivard. On passe par toute la gamme des émotions. On a tous des maisons et des familles. C’est stressant. »

On dénombrait environ 90 travailleurs dans l’atelier, mais il y avait eu une quinzaine de mises à pied à la fin avril puisque le carnet de commandes était plus mince. Selon M. Pigeon-Rivard, la plupart des mécaniciens devraient avoir quitté l’atelier d’ici le mois d’août, tandis que certains soudeurs pourront conserver leur gagne-pain jusqu’à la fin décembre.

L’atelier d’Alstom à Sorel-Tracy s’occupait de la construction des bogies pour la seconde commande des voitures Azur du métro de Montréal, en plus d’effectuer du travail sur des contrats de véhicules légers sur rail destinés à Ottawa et à Toronto. Des soudeurs sont également mis à contribution pour un projet d’Amtrak aux États-Unis.

« Malgré plusieurs efforts, nous n’avons pas réussi à augmenter la charge de travail, ce qui aurait prolongé le cycle de vie de cet atelier », a expliqué dans un courriel une porte-parole d’Alstom, Taïssa Hrycay.

Celle-ci a ajouté que l’objectif du géant français était de « transférer le plus grand nombre d’employés possible dans d’autres emplacements dans l’organisation », et que plus de 140 postes étaient actuellement vacants dans l’organisation.

Alstom avait pris une série d’engagements dans le cadre de l’acquisition de Bombardier Transport, une transaction en vertu de laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec était devenue le plus important actionnaire de la multinationale française, avec une participation d’environ 14 %, selon la firme de données financières Refinitiv.

Selon les détails qui avaient été diffusés en février 2020 par le bas de laine des Québécois, au moment de l’annonce de la transaction, « une expansion des activités des sites de La Pocatière et de Sorel-Tracy » étaient du nombre.

Un porte-parole de la Caisse, Maxime Chagnon, a toutefois estimé qu’Alstom respectait ses engagements puisque ses activités sont actuellement « en croissance » au Québec.

« Il y a une centaine de postes en recrutement actuellement, plus que le nombre de postes dont il est question à Sorel, a-t-il expliqué. On sent une réelle volonté d’Alstom de relocaliser un maximum de personnes. »

M. Chagnon a ajouté que le siège social des Amériques de la multinationale avait déménagé de New York à Saint-Bruno-de-Montarville. Le centre de design et d’ingénierie du géant français s’installera bientôt en banlieue sud de Montréal, a-t-il ajouté.

Malgré tout, le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, avait une autre interprétation de la tournure des évènements. Au cours d’un entretien téléphonique, il a eu du mal à cacher sa déception et sa colère, estimant que l’atelier d’Alstom aurait pu être mieux épaulé.

« Est-ce que le gouvernement peut mettre autant d’énergie pour la sauvegarde de nos installations ici à Sorel qu’il le fait à La Pocatière ? », s’est-il demandé, en référence au prêt de 56 millions obtenu par Alstom auprès du gouvernement Legault pour moderniser cette ancienne usine de Bombardier Transport.

La multinationale n’aura pas à rembourser la somme si le site compte environ 400 employés en 2026 et 350 les trois années suivantes.

M. Péloquin a expliqué que ses échanges avec Alstom depuis la transaction avec Bombardier Transport suggéraient que Sorel-Tracy continuait de figurer dans les plans de la multinationale. Il a dit vouloir tenter de trouver une solution pour sa municipalité pour tenter de « faire partie du futur avec Alstom ».