« Ça prend du courage pour arrêter un processus d’inscription en Bourse. Ça aurait été facile de le faire pareil. Mais on l’aurait fait dans des conditions qui n’étaient pas gagnantes », dit le fondateur et PDG de Lumenpulse, FX Souvay.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

L’entrepreneur à la tête de l’entreprise de Longueuil spécialisée dans l’éclairage DEL de haute performance soutient que le « timing » n’est simplement plus aussi bon qu’il l’aurait été l’hiver dernier pour aller en Bourse. Lumenpulse, qui se présente aujourd’hui sous le nom de LMPG, n’était pas tout à fait prête à ce moment. « La fenêtre était beaucoup plus ouverte en février, mais elle s’est refermée. Tu ne veux pas juste être une bonne compagnie, tu veux aussi être un bon titre boursier », dit-il.

« Avec les marchés à un sommet historique, j’avais des craintes que le spectre de l’inflation fasse peur aux investisseurs, raconte FX Souvay. C’est parce que les marchés sont au sommet qu’il y a un risque de correction palpable par les investisseurs et ils veulent dérisquer en demandant une entrée au capital plus conservatrice. Je le ressentais dans les questions et les inquiétudes par rapport à l’inflation. Les gens craignent une montée des taux d’intérêt qui aurait un impact sur la consommation avant d’ultimement provoquer une correction boursière. Beaucoup de gens essaient de jouer au devin. Les investisseurs sont nerveux. »

Lumenpulse avait annoncé au début de juin qu’elle souhaitait revenir en Bourse quatre ans seulement après la fermeture du capital, en 2017. Si ce retour ne se fera finalement pas ce printemps, ce n’est que partie remise. « Je veux remettre ça au printemps prochain, à l’automne 2022, ou au plus tard au premier trimestre 2023 », dit FX Souvay.

Les appréhensions du PDG augmentaient ce printemps au fur et à mesure qu’il entendait parler d’autres transactions ayant plus de difficultés à se réaliser dans le haut de la fourchette espérée.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

FX Souvay, PDG de LMPG

On a quand même eu une réponse intéressante, mais pas à une valorisation qui nous convenait. On était au plancher de notre fourchette espérée ou même en bas. Étant donné qu’on n’avait pas d’urgence à faire une transaction, on se disait qu’on n’allait pas vendre au rabais.

FX Souvay, PDG de LMPG

L’entreprise espérait fixer le prix initial de l’action dans une fourchette de 15 $ à 17,50 $.

FX Souvay souligne néanmoins que des investisseurs sophistiqués, comme BC Investment Management Corp, étaient à l’aise avec l’évaluation proposée et disposés à s’engager pour 250 millions dans un placement privé conjoint au premier appel public à l’épargne.

LMPG est en « bonne santé financière », selon son fondateur et principal dirigeant. « On n’a jamais généré autant de flux de trésorerie. Des gens se sont référés à la perte nette, mais c’est une perte comptable. Pas une perte d’opération. On a des amortissements qui sont venus dans la compagnie au moment de la privatisation en 2017. L’action était alors autour de 11,40 $. On a privatisé à 21,25 $. L’écart entre les deux a créé des actifs intangibles à amortir qui n’ont pas d’impact sur les activités, mais sur le net. »

Si l’entreprise a enregistré une baisse de 15 % de ses revenus l’an passé, à 268 millions, les commandes, elles, n’ont pas diminué. « C’était simplement l’effet de la fermeture des chantiers durant la pandémie qui nous empêchait de livrer, précise FX Souvay. On est dans un secteur favorable. On participe aux investissements en infrastructure [aéroports, ponts, développement urbain]. Environ 80 % de nos revenus sont aux États-Unis. Il y a quatre ans, c’était moins de 50 %. On est positionné pour capturer les opportunités. »

LMPG espérait obtenir 150 millions en faisant le saut en Bourse, et Power Corporation devait profiter de l’occasion pour vendre environ 80 % de sa participation.

Le PDG soutient que Power Corporation – son plus important actionnaire – ne met pas de pression malgré le fait que la direction a dit publiquement qu’elle entendait se concentrer sur les services financiers. « La relation avec Power est excellente. Je n’ai jamais senti l’urgence pour donner de la liquidité à Power », dit FX Souvay.

On a beaucoup d’opportunités comme consolidateur et le marché boursier nous donnait accès à des liquidités plus rapidement pour exécuter. On aurait très bien pu remplacer Power par d’autres investisseurs, ce qui pourrait être une alternative aux marchés publics. On a des opportunités pour le faire.

FX Souvay, PDG de LMPG

Power Corporation avait injecté environ 285 millions en 2017 lors de la fermeture du capital, une opération de rachat par endettement qui avait donné une valeur de près de 600 millions à Lumenpulse. En revenant en Bourse ce printemps, l’évaluation recherchée aurait donné à LMPG une valeur de 900 millions à 1,1 milliard.

« Notre dette demeure à un niveau acceptable, mais j’en profitais pour l’éliminer en allant en Bourse pour ensuite utiliser notre levier afin de réaliser des acquisitions avec notre capacité d’emprunt, étant donné que les taux sont bas », dit FX Souvay.

En 2017, les revenus dépendaient en grande partie de l’éclairage extérieur. La volatilité d’un trimestre à l’autre dans les résultats était plus grande, ce qui pouvait effrayer des investisseurs. « On a depuis développé les produits d’intérieur et l’éclairage urbain, ce qui donne une plus grande stabilité aux revenus et nous rend un meilleur candidat pour réussir en Bourse », dit FX Souvay.

« On a optimisé nos opérations et éliminé de façon permanente 14 millions dans nos coûts annuels. On a notamment rapatrié au Québec la R&D qu’on faisait à Boston. On a droit à des crédits d’impôt ici et le salaire moyen est beaucoup plus bas en dollars canadiens. On a automatisé davantage notre production et centralisé nos opérations manufacturières en Angleterre pour les ramener à Longueuil. »

Les actionnaires sont Power Corporation (60 %), FX Souvay (18 %) et Nicolas Bélanger (13 %). Michel Ringuet et le Fonds FTQ détiennent la balance.